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vendredi 28 février 2014

Challenge Boris Vian #7: L'Automne à Pékin.




Bonjour à tous et à toutes !

Je suis ravie de vous retrouver sur le blog du Livroscope pour le tout dernier article du mois de Février ! Aujourd’hui, je vous propose de continuer notre découverte de l’un des auteurs français que je préfère, à savoir Boris Vian, grâce à une nouvelle lecture pour le Challenge consacré à cet énergumène, lancé par l’Oeil Qui Fume sur son blog. Mais avant tout, je tenais à vous remercier d’avoir été encore une fois si nombreux à visiter le blog ce mois-ci, votre enthousiasme me touche énormément, et j’espère que le mois de Mars vous plaira tout autant ! Bref, revenons-en à notre sujet du jour, à savoir l’Automne à Pékin de Boris Vian : bonne lecture à tous !

Pour découvrir Boris Vian...
Comme Boris Vian est (on peut le dire) un habitué du blog depuis plusieurs mois, je ne vais pas vous ennuyer en répétant l’histoire de sa vie. A la place, je vous propose de suivre le lien ci-dessous pour découvrir tous les articles consacrés à l’auteur J :



L'Automne à Pékin:
Résumé:
Dans ce roman, nous rencontrons plusieurs personnages qu'à priori rien ne relie les uns aux autres. Tout d'abord, Amadis Dudu, qui ne cesse de rater son bus, le 975, pour se rendre au travail. Ensuite, Angel, qui est amoureux de la petite copine de son ami Anne (contrairement à ce qu'on pourrait croire, Anne n'est pas une fille mais bien un garçon), Rochelle. Claude Léon, un employé soucieux de rendre service à son patron, ou encore Mangemanche, un médecin. Tout ces personnages se retrouvent par coïncidence en Exopotamie pour vivre des aventures absurdes et hors du commun!

L'absurde:
Parmi les thèmes importants de l'histoire, celui qui m'a le plus marqué, c'est celui de l'absurdité et du surprenant. Boris Vian est un auteur qui aime surprendre avec ses histoires et ses personnages, et l'Automne à Pékin en est un excellent exemple!

Penchons-nous d'abord quelques instants sur le titre: chez Boris Vian, les titres ne sont jamais anodins. Ils servent parfois de métaphores à l'histoire que l'auteur raconte, et prêtent aussi à des interprétations aussi diverses qu'insolites. Alors pourquoi avoir choisi comme titre pour son roman l'Automne à Pékin? Vous l'aurez peut-être remarqué dans le résumé, rien ne laisse penser que l'intrigue se passe en Automne ou à Pékin. Et pour cause: ça ne se passe ni en Automne, ni à Pékin... Typique de Boris Vian! En effet, dans le roman, comme vous pourrez le constater dans quelques lignes, l'histoire est basée sur l'absurdité des événements et sur la surprise, tel que Boris Vian sait si bien le faire: quoi de mieux, donc qu'un titre lui aussi absurde et improbable?

Revenons-en à l'histoire: elle n'est pas divisée en chapitres, comme dans la plupart des romans, mais en mouvements, en parties A, B, C... Elle commence par nous présenter un par un les personnages et surtout les raisons surprenantes et absurdes de leur départ pour l'Exopotamie. Amadis Dudu, par exemple, rate sans cesse son bus pour des raisons de plus en plus folles (il se fait notamment tirer dessus par des religieux armés de lances-hosties (et ceci n'est pas une blague), pour finir par en attraper un, mais conduit par un conducteur lui aussi fou qui ne s'arrêtera pas avant l'Exopotamie. Anne doit lui s'y rendre parce qu'il a écrasé un homme, et Charles parce qu'il choisit l'ermitage à la prison. Il y a aussi des chaises qui tombent malades, et Boris Vian ne cesse de nous surprendre avec des éléments un peu dingues: tous les personnages, par exemple, ont des noms relativement simples à retenir, et puis him! Au détour d'une page nous voilà face à Athanagore Porphryrogénète. Surprenant, non?



Dernier point que je tiens à souligner dans cette catégorie: la disparition du second degré. Boris Vian joue avec les mots et les expressions de la langue française: prenez une expression comme "jeter un oeil"; et bien chez Vian, le personnage jette VRAIMENT un oeil. Mon exemple préféré est tiré d'une conversation entre Atha (je vais pas encore écrire Athanagore. Oh. Wait...) et Amadis Dudu (par contre, je ne me lasse pas d'écrire Amadis Dudu). Grosso modo, ça donne:

Atha: "Je vous donne 28 ans."
Amadis: "Merci mais je ne sais pas quoi en faire."

Voilà. Tout est dit.


Mon avis sur ce livre:
Le mois dernier, lorsque j'ai présenté l'Arrache-Coeur, j'ai reçu un commentaire me parlant de l'Automne à Pékin: comme je possède l'intégrale de Boris Vian, je pensais le lire un jour, sans avoir spécialement prévu de le présenter pour le Challenge (je tire mes lectures au sort le moment venu). Mais ma curiosité a été aiguisée, et j'ai décidé de m'y mettre! 

Au final, je ne suis pas déçue d'avoir lu l'Automne à Pékin. Une nouvelle fois, Boris Vian a su m'embarquer dans son univers unique et prenant, où la logique est réinventée. Son humour et sa fraîcheur m'ont fait beaucoup de bien, et j'ai pris plaisir à lire ce roman. Certains passages sont vraiment savoureux en ce qui concerne les manipulations de la langue française, et il faut parfois les relire deux ou trois fois pour mieux les apprécier.

J'ai également aimé le fait de ne pas savoir où j'allais. Il est assez difficile avec ce genre de romans (et avec Boris Vian, plus simplement) de prédire à l'avance ce qui va se passer à la page suivante: l'imprévu est au rendez-vous, et c'est agréable de tout simplement se laisser porter d'un événement à l'autre, au gré des pages. Les personnages y sont pour beaucoup, avec leur caractère et leurs petites manies. Ils sont assez nombreux mais je suis parvenue assez rapidement à tous les identifier! 

Néanmoins je dois souligner le fait que plus j'avance dans mes lectures de Boris Vian, plus je commence à ressentir un sentiment de lassitude à certains moments. Il me reste encore trois livres à lire pour atteindre mon objectif de dix, et j'espère que ce sentiment ne va pas prendre trop d'ampleur!

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que l'article vous a plu, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires, je me fais un plaisir d'y répondre. Merci encore à tous pour vos visites et mots pendant le mois de Février, et je vous dis à très vite pour une nouvelle chronique, qui sera consacrée au manga xxxHOLiC, par les CLAMP! En attendant, prenez soin de vous :)

AnGee Ersatz*


jeudi 30 janvier 2014

Challenge Boris Vian #6: L'Arrache-Coeur.



Bonjour à tous et à toutes!

J'espère que vous allez bien, chers lecteurs et lectrices, et que vous êtes prêts pour un nouvel article! Avant de conclure notre mois à thème spécial Japon Vendredi avec une dernière chronique manga, je vous propose aujourd'hui de reprendre l'un des rendez-vous du blog, à savoir le Challenge Boris Vian. Depuis plusieurs mois, je me suis lancée dans la mission de vous présenter, grâce à l'Oeil Qui Fume, dix livres de la plume de cet énergumène de la littérature, à l'univers bien particulier. Dans cet article, nous allons aborder l'Arrache-Coeur, un livre qui a une importance toute spéciale pour moi, et que je pensais d'abord présenter en dernier. Mais la tentation est trop forte et j'ai décidé de vous le présenter dès aujourd'hui! Je vous souhaite à tous une bonne lecture de cet article!

Si vous êtes curieux:
Habituellement, je commence mes articles par une petite présentation de l'auteur présenté, mais étant donné que nous sommes dans le cadre d'un Challenge, je préfère vous rediriger vers les autres articles du Challenge: vous pourrez découvrir d'autres de ses livres comme Vercoquin et le plancton, J'irai cracher sur vos tombes...

Boris, par ici!


Quelques infos sur l'Arrache-Coeur:
Entrons dans le vif du sujet avec quelques informations sur le livre en lui-même. Son titre bien particulier est souvent confondu avec celui d'un autre grand classique de la littérature, à savoir L'Attrape-Coeur de J.D Salinger (The Catcher In The Rye en VO), confusion augmentée par leur date de parution: 1951 pour Salinger, et 1953 pour Boris Vian. Mais là s'arrêtent les ressemblances entre les deux ouvrages!

Revenons-en à Boris Vian: ce livre est assez particulier dans sa bibliographie, puisqu'il s'agit du tout dernier roman qu'il a écrit sous son nom de plume. Il avait pour projet initial de lui donner une suite et même d'en faire une trilogie, probablement baptisée Les Fillettes de la Reine, mais Boris Vian ne put jamais faire aboutir son idée, pour deux raisons: la première, c'est une situation financière difficile accompagnée par une baisse du succès de l'auteur (l'Arrache-Coeur est considéré comme un échec commercial, ce qui explique probablement le fait qu'il soit moins connu du public actuel que d'autres romans de Vian); et la seconde, c'est la mort de l'auteur en 1959. Néanmoins, même sans sa suite, l'Arrache-Coeur peut parfaitement se lire seul, comme un "one-shot" (selon l'expression littéraire hype du moment).


L'Arrache-Coeur:
Résumé:
Isolée dans une chambre, Clémentine est en proie à des douleurs infernales, celles de l'accouchement. Elle refuse l'aide de son mari, Angel, qu'elle tient séquestré depuis plusieurs mois. C'est alors qu'arrive Jacquemort, un psy un peu étrange, qui vient en aide à la jeune-femme en faisant venir au monde ses trois garçons, Joël, Noël et Citroën.
Le livre suit donc le parcours de Clémentine, découvrant peu à peu la maternité, et devenant une mère paranoïaque, terrifiée à l'idée que ses enfants puissent être blessés par le monde extérieur; mais surtout nous suivons Jacquemort, psy vide dont le but ultime serait de réaliser la psychanalyse complète d'un individu. Il va donc découvrir un étrange village où l'on vend des vieux sur un marché comme des bêtes, où la religion a un sens bien particulier, et surtout où la honte n'existe (presque) pas...

Les grandes thématiques et leurs personnifications:
L'Arrache-Coeur, comme vous avez pu vous en rendre compte avec le résumé, est très différent dans ses thématiques et personnages des autres livres que j'ai présenté auparavant sur le blog. Le roman aborde beaucoup de thèmes, et je vous propose de nous pencher sur certains d'entre eux.

Commençons par le vide, notion représentée par le personnage de Jacquemort. Il se présente de lui-même comme une personne vide, sans fonds, qu'il faut remplir. Curieux choix de "héros", n'est-ce pas? Habituellement, nous sommes, en tant que lecteurs, en présence de héros avec une personnalité, des caractéristiques particulières qui contribuent à notre attachement à lui. Alors que là, Jacquemort se caractérise par son vide, son manque et sa quête de sens. On sait cependant quelques informations le concernant, par exemple le fait qu'il est psychiatre: mais cette information renforce surtout sa quête de "remplissage" qui ne peut se faire qu'à travers une psychanalyse complète d'une autre personne. On le suit donc dans sa quête, allant de personnage en personnage dans l'espoir de trouver un sujet potentiel pour son projet. Le choix d'un personnage vide est intéressant, étant donné qu'on voit tout à travers ses yeux.

Mais le gros thème du roman, c'est évidemment la honte. Jacquemort dans sa quête découvre les habitudes très étranges du village: le meilleur exemple, c'est la foire aux vieux, durant laquelle des vieux sont exposés comme des bêtes, on leur fait montrer les dents pour en juger la santé, on les palpe, et le public repart, sans se sentir le moins du monde honteux, avec un petit vieux ou une petite vieille. Cette première expérience entraîne notre héros à la rencontre de la Gloïre, personnage capital du roman. Si vous souhaitez lire ce livre, je vous conseille de sauter au paragraphe concernant mon avis histoire de ne pas vous faire spoiler. On entre en zone spoilers.

La Gloïre, donc, est un personnage très important: vivant dans une barque sur un cours d'eau, il a pour but de récupérer de façon assez particulière (que je ne vais pas vous spoiler par contre) ce qui représente la honte des habitants, jeté dans l'eau. Il représente la honte dans le roman, permettant aux autres de ne pas la ressentir...

Mon avis sur ce livre:
Vous avez pu le lire plus haut, l'Arrache-Coeur est un livre très particulier pour moi, pour ne pas dire important. Pourquoi? Parce qu'il s'agit du tout premier roman de Boris Vian que j'ai lu, et je m'en souviens comme si c'était hier. J'ai découvert Boris Vian au collège, grâce à ma mère et à sa chanson (à Boris Vian, pas à ma mère) le Déserteur que j'ai étudiée pour un cours (probablement d'Histoire, ou peut-être de musique). Devant mon intérêt pour l'auteur, ma mère m'a donc prêté l'Arrache-Coeur, que je me suis empressée de dévorer.



Sur l'adolescente d'une quinzaine d'années que j'étais alors, le livre a eu l'effet d'une bombe: jamais de ma vie, je n'avais lu un livre pareil. Le style était très, très différent de ce que j'avais pu lire jusqu'alors (de la fantasy, de la SF, principalement, et des classiques de Victor Hugo ou Molière), mais ce dont je me souviens avec certitude, c'est le sentiment de dégout mêlé d'admiration que j'ai ressenti pendant ma lecture. Parce qu'il faut le dire, certains passages sont quand même très durs dans ce qu'ils décrivent: la foire aux vieux en est un exemple frappant. Alors, on pourrait mettre cette impression sur le compte de mon jeune âge et de ma méconnaissance d'alors en ce qui concerne Boris Vian: mais même presque sept ans après ma première lecture (outch, déjà), je ressens toujours les mêmes émotions en tournant les pages de l'Arrache-Coeur. Il m'arrive souvent que les relectures perdent un peu la saveur et la fraîcheur ressenties lors de la découverte de l'oeuvre, mais avec l'Arrache-Coeur, je n'ai encore jamais eu de "baisse", même légère, de mes sentiments. Je pense que cela montre à quel point, en tout cas sur mon expérience en tant que lectrice, ce roman a un pouvoir puissant.

Mais cela ne répond pas à la grande question que vous vous posez sûrement: l'Arrache-Coeur, j'aime ou pas? Et bien, chers lecteurs, ce roman, je l'adore. Je l'adore parce qu'il contient tout ce que j'aime chez Boris Vian, et encore plus. Tout d'abord, son style, très travaillé mais également très agréable à lire, bourré de jeux de mots et de tournures qui font plaisir à l'oeil. Ensuite, son côté "absurde" et improbable: on ne sait jamais trop à quoi s'attendre avec un roman de Boris Vian, et c'est également le cas ici. Entre le psychiatre qui se décrit comme un contenant vide qui doit être rempli par la psychanalyse, les enfants qui volent en avalant des insectes, l'absence de réel repères chronologiques et la découverte d'un univers complètement différent de celui que nous connaissons, nous allons de surprise en surprise! Mais je trouve que ce roman va encore plus loin, notamment dans son traitement des thématiques: je pense en particulier à celui de la honte, que j'ai développé plus haut, mais aussi de la relation mère-enfants, par exemple. Jusqu'à présent, je vous ai surtout présenté des romans écrits sous le nom de Vernon Sullivan, et qui eux aussi traitaient de thématiques assez dures, comme le racisme ou l'identité: mais le traitement de ces thématiques passait par le sexe et la violence physique, les personnages étant amenés à se battre de façon plutôt hardcore ou même à tuer. Ici, le traitement de la honte passe par la personnification de celle-ci en un personnage, la Gloïre, ou dans une violence qui est plutôt morale (la vente d'êtres humains) que directement physique, ce que je trouve, personnellement, plus efficace.

A mes yeux, l'Arrache-coeur est donc le meilleur roman de Boris Vian, bien loin devant l'Ecume des Jours, son livre le plus connu. Je ne me lasse pas de le lire et de le relire, année après année. Quant à savoir si je le conseille, oui, mais... Ce livre contient beaucoup de passages violents et dérangeants: si vous êtes quelqu'un de plutôt sensible ou de jeune, il risque de vous déplaire, voire de vous dégouter. Attention, donc :)

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que l'article vous a plu, on se retrouve dès demain pour le dernier article du mois qui sera consacré, une nouvelle fois, à un manga! En attendant, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires et avis, je suis toujours ravie de vous lire! Prenez soin de vous,

AnGee Ersatz*

dimanche 29 décembre 2013

Boris Vian #5: Vercoquin et le Plancton.




Bonjour à tous et à toutes!

J'espère que mes lecteurs adorés vont bien! Je suis heureuse de vous retrouver sur le blog aujourd'hui, avec l'avant-dernier article du mois (et de l'année, n'oublions pas). Comme je vous l'avais annoncé, j'ai décidé de parler d'un livre lu dans le cadre d'un Challenge auquel je participe depuis plusieurs mois, à savoir le Challenge Boris Vian lancé par l'Oeil qui fume sur son blog: ce livre, c'est Vercoquin et le Plancton, livre assez peu connu de l'auteur. Ce titre me faisait de l'oeil depuis longtemps, et je ne pouvais pas passer à côté! Je vous souhaite une bonne lecture de cet article!

Pour les curieux:
Habituellement, sur le blog, je commence l'article par présenter un peu l'auteur, mais je fais une exception ici: c'est le cinquième article consacré à Boris Vian, du coup pour éviter de me répéter, je vous conseille tout simplement de suivre le lien suivant qui vous amènera directement aux articles Boris Vian :).




Vercoquin et la Plancton:
Résumé:
Ce soir, le Major donne une surprise-partie chez lui. Toutes les conditions sont réunis pour passer une bonne soirée: de l'alcool, de la bonne musique et des filles. En parlant de filles, le Major tombe, en une fraction de seconde, sous le charme d'une jeune fille baptisée Zizanie. "Aidé" (c'est une aide bien particulière ^^) de son ami Antioche, il va séduire la demoiselle puis oeuvrer à l'obtention de sa main auprès de son oncle, un homme très, très spécial...


C'est quoi ce titre?
Comme souvent chez Boris Vian, nous avons droit à un titre qui accroche l'oeil, qui surprend, bref, difficile à oublier. En le voyant au début, je me suis demandée à quelle type d'histoire j'allais m'attaquer: une histoire sous-marine avec une baleine? Une fable de la Fontaine revisitée? Bref, je me suis posée beaucoup de questions sur sa signification tout en sachant pertinemment qu'avec Boris Vian, il y a aurait TOUT sauf ce à quoi je pouvais penser. Et je pense que le résumé ci-dessus le prouve.

Mais ce bavardage ne résout en rien le mystère du titre... Certes, l'un des personnages s'appelle bien Vercoquin (Fromental de Vercoquin, c'est le moment de remercier vos parents), mais son rôle est honnêtement mineur dans l'intrigue. J'ai cherché pour vous le sens du titre, et j'ai trouvé sur plusieurs articles en ligne une théorie selon laquelle Vercoquin désignerait en fait la jeunesse qui fait la fête (ce qui colle bien avec le thème de la fête présent dans le livre). Plancton désignerait à l'inverse les adultes, en opposition à ce monde de jeunes. D'autres théories privilégient l'idée d'un titre qui serait tout simplement choisi pour être aussi farfelu que l'histoire. A vous de vous faire votre opinion!

Un livre inspiré de son époque:
Si il y a bien une chose qui m'a frappée en lisant ce livre, c'est son originalité si décalée typique de Boris Vian. Mais un autre aspect se dégage de l'histoire: on peut constater que Boris Vian, comme souvent, s'est inspiré de son époque pour raconter la rencontre de Zizanie et du Major.



Il y a d'abord les surprises-parties, qui constituent le coeur du roman, puisque celui commence et se termine avec une surprise-partie. Bon, je sais, le jeune swag de 2013 ne dit pas "surprise-partie", mais que voulez-vous, à 21 ans je suis trop vieille pour être swag. Donc je dis surprise-partie. Surprise-partie. Voilà. Mais bref, revenons-en au sujet: le livre a été publié en 1947, soit deux ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, période où ce genre de fête était très répandue. Boris Vian décrit d'ailleurs assez fréquemment des fêtes dans ses livres.

Autre élément, un peu moins festif: le CNU, ou le Consortium National de l'Unification, où travaille l'oncle de Zizanie. Cette organisation est extrêmement réglée, comme sur du papier à musique, très rigide mais où en fait rien n'a de sens. Pour cela, Boris Vian s'est inspiré de l'AFNOR (Association Française de Normalisation), créée en 1926 et dont le but est de s'assurer que tout ce qui est commercialisé correspond aux normes françaises. L'auteur y a travaillé plusieurs années, et il a probablement utilisé son expérience pour le livre. Ma mère m'a d'ailleurs fait découvrir sa chanson Complainte du Progrès qui parle aussi de ce monde de consommation.



Mon avis sur ce livre:
Vercoquin et le Plancton est un livre, il faut le dire, assez peu connu: quand on pense à Boris Vian, on pense surtout à l'Ecume des Jours et à ses romans écrits sous le nom de Vernon Sullivan. Mais je me suis fixée comme mission de découvrir aussi les oeuvres un peu moins célèbres de l'auteur, et Vercoquin et le Plancton m'intriguait grandement... Rien que le titre m'attirait! Mais le reste alors?

Et bien j'ai adoré Vercoquin et le Plancton! Franchement, j'ai passé un excellent moment avec ce livre. Je vais donc commencer par les points positifs. Tout d'abord, j'y ai retrouvé ce que j'appelle "la folie Boris Vian": il est connu pour être unique en son genre, plutôt excentrique et fou, avec un univers bien à lui qui peut aussi déstabiliser et déplaire. Vercoquin et le Plancton m'a fait penser à une de ses premières oeuvres, à savoir Conte de fées à l'usage des moyennes personnes, ou encore à l'Arrache-Coeur (le premier livre que j'ai lu de Boris Vian, un coup de coeur pour moi). Les mêmes personnages si loufoques, les mêmes situations improbables mais qui ont toutes leur logique dans ce monde à part. J'étais contente de retrouver l'humour, le côté décalé que j'aime tant chez Boris Vian.

Ce côté décalé, je l'ai particulièrement aimé avec le passage détaillant les diverses façons dont on doit s'y prendre pour conclure en soirée, un passage assez hilarant, avec tout un tas de méthodes, de propositions... Rien que pour ce passage, je vous conseille de lire Vercoquin!


Ce qui est intéressant aussi, c'est le fait que certains éléments de l'histoire s'inspirent directement d'éléments que Boris Vian connaissait, comme la CNU qui est un détournement de l'AFNOR (même si, je l'avoue, c'est en faisant quelques recherches sur le livre que j'ai appris cela): comme dans ses autres romans où il parle notamment du racisme, l'auteur se montre ancré dans son temps, même si ça ne se voit pas forcément au premier coup d'oeil. 

Bref, vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre. Je n'ai pas vraiment de points négatifs à relever, il a été pour moi une vraie bouffée d'air frais entre deux Zola. J'ai beaucoup rigolé, et en plus de ça le livre est très court (moins de 200 pages, selon les éditions). Si vous aimez les univers décalés, ou si vous appréciez l'oeuvre de Boris Vian, je vous conseille donc ce livre, en espérant qu'il vous plaira autant qu'à moi!






Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! On se retrouve le 31 pour le tout-dernier article de 2013 qui sera l'occasion pour moi de clôturer non seulement l'année, mais aussi le Challenge Rougon-Macquart, avec le roman le Docteur Pascal. En attendant, prenez soin de vous, et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire!

A très vite,

AnGee Ersatz*


dimanche 17 novembre 2013

Challenge Boris Vian #4: Les morts ont tous la même peau, de Boris Vian.




Bonjour à tous et à toutes!

J'espère que vous allez bien et que vous êtes tous prêts pour un nouvel article. Alors oui, cet article arrive un peu plus tard que prévu, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas: j'ai un peu du mal à m'organiser en ce moment, entre les cours, le blog et tout le reste. Mais passons, le voici, le voilà, le tout nouvel article! Aujourd'hui, je vous propose de poursuivre notre petit parcours à la découverte de ce grand auteur qu'est Boris Vian, découverte initiée par le Challenge de l'Oeil qui fume, sur son blog. Pour ma quatrième lecture, j'ai décidé de lire un roman qui me faisait de l'oeil depuis longtemps, et dont le titre m'intriguait, à savoir Les morts ont tous la même peau. Trêve de bavardages, je vous souhaite une bonne lecture de cet article!

Liens vers les autres chroniques:
Contrairement à d'habitude, je ne vais pas vous présenter Boris Vian, étant donné que je lui ai déjà consacré trois articles. Si vous voulez en savoir plus sur son oeuvre, voici les liens de mes précédentes chroniques:


Les morts ont tous la même peau:


Résumé:
Dans ce récit qui mixe première et troisième personnes du singulier, nous découvrons Dan, videur dans un bar. Alors qu'il mène une vie bien rangée entre travail, famille (monsieur est marié et a un enfant)... Seul problème: son frère Richard surgit sans crier gare et chamboule tout son univers. Pourquoi? Parce que Richard est noir, et Dan est lui métisse, même si personne ne s'en est aperçu autour du lui. Dans une société divisée par le racisme, Dan voit son monde s'écrouler. Va t'il s'en sortir? Va t'il s'effondrer?

Un autre Vernon Sullivan:
Des thèmes similaires...
Parmi les quatre livres de Boris Vian déjà présentés sur ce blog j'ai, plus ou moins consciemment choisi trois des quatre romans qu'il a écrit sous le nom de plume de Vernon Sullivan. Pour rappel, il utilisait ce nom afin de publier des romans assez sulfureux, tout en se faisant passer pour le traducteur dudit Sullivan. Déjà, il y a des similarités au niveau de la construction: nos héros sont tous des hommes, parlant à la première personne. Ils vivent dans les Etats-Unis fantasmés de Boris Vian. Et avec le recul de ces trois lectures, j'ai pu constater que certains thèmes étaient récurrents chez "Vernon".


Le premier, et qui alimenta très probablement la controverse autour de l'auteur, c'est le sexe. Que ce soit dans Elles se rendent pas compte, J'irai cracher ou Les Morts, nous avons plusieurs passages autour de ce thème: notre héros s'en donne souvent à coeur joie, l'excitation sexuelle joue un rôle très important dans l'intrigue. Et dans les Morts, on y a droit: une bonne partie du roman y est consacré, puisque Dan a des relations sexuelles avec plusieurs demoiselles, et il se pose aussi beaucoup de questions concernant sa vie sexuelle.

Autre thème, que l'on trouvait déjà dans J'irai cracher sur vos tombes: le racisme. Boris Vian choisit une nouvelle fois un héros "noir à l'intérieur mais blanc à l'extérieur" qui parvient à se fondre dans un monde de blanc sans que personne ne se doute de rien. On a également un regard très clair sur la façon dont les noirs sont perçus par cette société: du mépris, de la haine, un sentiment de supériorité.

On peut le dire, les Vernon Sullivan, c'est musclé!

Et pour finir, troisième thème récurrent: la violence. Dans J'irai cracher sur vos tombes, notre héros veut se venger de la mort de son frère, et il est prêt à utiliser la violence pour ça. Dans Elles se rendent pas compte, nos héros, deux frères, se bagarrent, sont séquestrés, renversent des tables dans des bars... Bref,   ils jouent des poings! Et donc, dans notre roman du jour, on retrouve également ce moteur: Dan est, tout d'abord, videur, métier qui exige d'être un peu ferme, ou même violent lorsqu'il le faut. En plus de ça, il va vite choisir la violence comme moyen de se sortir des griffes de son frère.

Mais un traitement différent:
Vous l'aurez compris, Boris Vian utilise des thèmes similaires dans ses différents romans. Néanmoins, on peut noter qu'il choisit de les traiter de façon un peu différente dans les Morts ont tous la même peau. Voyons comment.

Commençons par le sexe: je vous l'ai dit, on a droit à plusieurs reprises à des passages décrivant (sans non plus moult détails) des actes sexuels, comme dans les autres romans de l'auteur déjà mentionnés plus haut. Mais ici, il introduit un élément assez nouveau: pour Dan, la sexualité est en fait un moyen de s'affirmer comme membre à part entière de la société dans laquelle il vit. Sa femme s'inquiète uniquement lorsqu'il n'est pas "en forme" pour une séance de galipettes nocturnes. Le sexe prouve à sa femme qu'il est bien celui qu'il prétend être.

En ce qui concerne la séparation noirs/blancs, que l'on retrouvait déjà dans J'irai cracher sur vos tombes, là encore il y a une différence de traitement. Nos deux héros sont des métisses, et leur couleur de peau est trompeuse pour la société raciste dépeinte dans les romans: mais là où Lee utilise cet aspect pour mettre sa vengeance à exécution, Dan lui n'a pour intention que de rester inaperçu. Son combat est celui d'un homme qui a peur de tout perdre si l'on apprend qu'il n'est pas ce qu'on attend de lui. On a une autre vue du problème: si Dan avait vécu dans un univers où la couleur de peau n'avait eu aucune importance, il n'aurait pas traversé toutes ses épreuves.

De la même façon, la violence utilisée est portée sur autre chose: il ne cherche pas à sauver quelqu'un ou à venger quelqu'un, non, il cherche à se sauver lui, à se préserver, et à éviter que son monde vole en éclats. Il existe moult exemples en littérature, au cinéma ou ailleurs de personnages qui, dos au mur, ne voient comme solution que la violence pour se tirer de cette galère.





Mon avis sur ce livre:
Depuis ma découverte de Boris Vian au lycée, j'ai lu énormément de livres de l'auteur. Cependant, les Morts ont toujours la même peau faisait partie de ceux que je n'avais pas encore ouverts, mais il fallait bien que je m'y mette un jour! Le livre m'intriguait vraiment, à cause de son titre plutôt particulier et qui fait écho à l'intrigue qui tourne autour de la couleur de peau. Qu'en ai-je donc pensé?



Globalement, j'ai plutôt bien aimé ce livre, qui cumule de nombreux points positifs. Le premier, c'est qu'on ne perd pas de temps: en quelques lignes, nous voilà déjà la tête dans l'intrigue, à la découverte de Dan et de son histoire. Je suis entrée facilement dans l'histoire, et j'ai été tenue en haleine jusqu'au bout. Il se passe beaucoup de choses dans ce court roman, il se lit vite, et je ne me suis pas ennuyée une seconde: j'étais curieuse de voir ce qu'il allait arriver à Dan, si il allait s'en sortir, ce qu'il allait lui arriver... Un bon point pour le livre: je ne me suis jamais ennuyée avec Boris Vian, et encore une fois, ce fut le cas! En plus de ça, le roman est plutôt court (environ 80 pages dans mon édition), donc si vous appréciez les histoires rapides, rythmées, vous risquez d'être séduits! A noter aussi, la fin, très réussie à mon goût!

Au niveau des autres points positifs, on retrouve les éléments importants qui faisaient l'originalité des autres livres de Vernon Sullivan, comme le sexe, la violence, le racisme, le passage de la première à la troisième personne... Tout en proposant un traitement légèrement différent! Ayant beaucoup aimé ces points dans les autres romans de Boris Vian/Vernon Sullivan, j'étais contente de les retrouver ici. Je pense que les Morts plaira aux lecteurs qui apprécient Boris Vian en général!

Je n'ai pas forcément de points négatifs à relever pour ce livre, même si je dois admettre, en toute honnêteté, que je me lasse un petit peu de retrouver ces histoires assez similaires. Je pense que c'est dû en grande partie au fait que j'ai lu beaucoup de Boris Vian les uns après les autres, et surtout des Vernon Sullivan. Pour la suite, je vais me tourner vers ses autres livres de me lancer dans le dernier Sullivan que je n'ai pas encore lu, à savoir Et on tuera tous les affreux (là encore, un titre qui intrigue). 

En bref, si vous aimez Boris Vian et que ce livre vous tente, n'hésitez pas! Il y a de grandes chances qu'il vous plaise!

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! On se retrouve la semaine prochaine avec deux nouveaux articles: l'un sur l'Argent de Zola pour le Challenge Rougon-Macquart, et le second concernera Lady Hunt, livre lu pour la rentrée littéraire de PriceMinister (à laquelle je participe pour la deuxième année consécutive). N'hésitez pas en attendant à me laisser vos commentaires, j'adore vous lire et vous répondre!

Prenez soin de vous!

AnGee Ersatz*


mardi 24 septembre 2013

Challenge Boris Vian #3: J'irai cracher sur vos tombes.




Bonjour à tous et à toutes!

Comme vous pouvez le constater avec ce changement d'habillage, le blog se prépare tout doucement pour un mois spécial Halloween! Mais Septembre n'est pas encore fini, et je vous propose de découvrir une nouvelle lecture dans le cadre du Challenge Boris Vian, lancé par l'Oeil qui fume via son blog il y a quelques mois. En Août, je vous présentais Conte de fées à l'usage des moyennes personnes, l'une de ses premières oeuvres. Pour vous aujourd'hui, j'ai (re)lu J'irai cracher sur vos tombes, l'un de ses romans les plus connus... Bonne lecture à tous! :)


J'irai cracher sur vos tombes, par Vernon Sullivan.
Lorsqu'il sort en 1946, J'irai cracher sur vos tombes est d'abord publié avec pour auteur non pas Boris Vian, mais Vernon Sullivan, le nom de plume qu'il utilisait pour certains de ses romans dont l'intrigue se passait aux Etats-Unis, aux thèmes et à l'intrigue assez violents. Boris Vian se présentait alors comme le simple traducteur de ce fameux Vernon Sullivan. Il se servit de cette identité pour la première fois pour J'irai cracher. Et il fit bien, car le roman eut une réception critique particulièrement violente: les thèmes abordés et le style choquèrent grandement, tant et si bien que le livre fut même interdit en 1949 pour cause d'outrage aux bonnes moeurs. Ce scandale en fit néanmoins son succès populaire et explique en partie pourquoi il est devenu l'une des oeuvres majeures de Boris Vian. 
En 1959, le film fut adapté au cinéma. Si le film a plutôt été oublié depuis, il garde en revanche une aura plutôt néfaste: Boris Vian, qui était fermement contre l'idée d'une adaptation cinématographique (à noter qu'il y a également eu une version théâtrale), mourut dans la salle lors de sa toute première projection...



Un livre controversé:
Comme je l'ai dit plus haut, J'irai cracher est un livre que l'on peut qualifier de controversé. Lors de sa sortie, il choqua la critique en raison de ses nombreux passages sexuels (Fifty Shades Of Grey n'a rien inventé!) plutôt crus pour l'époque. Certains considèrent aussi que Boris Vian joue sur la facilité (du sexe et de la violence, il ne nous manque plus que Jason Statham, un building en feu et on peut faire un film!), ou se moquent du côté très caricatural de sa vision de la vie aux Etats-Unis, proche d'un épisode d'Happy Days, mais avec du sexe. 

Fonzy approves!


Néanmoins, l'auteur nous propose surtout une critique sur la condition de la population noire: on le sait, le racisme fait partie de l'Histoire américaine, comme en témoigne la guerre de Sécession, le combat de Malcolm X et le Civil Right Movement (j'en profite pour remercier mes profs de civilisation américaine: merci. Voilà), ou encore aujourd'hui l'élection de Barack Obama. Le racisme est clairement au coeur du roman à travers cette histoire de vengeance.


Résumé du livre:
Le héros, c'est Lee, Lee Anderson. Le roman commence lorsqu'il emménage dans une petite ville des Etats-Unis, où il devient libraire, et où il rencontre une bande de jeunes à laquelle il s'intègre très vite, grâce à ses talents de musiciens, mais aussi ses prouesses sexuelles. Mais Lee n'est pas là pour batifoler. Non. Il est là pour se venger d'un drame qui a couté la vie de son frère, tué parce qu'il était Noir. Blanc dehors mais Noir dedans, notre héros cherche à tout prix un moyen de venger son frère… 

Les grands thèmes:
Penchons-nous à présent sur les grands thèmes du roman! 
Tout d'abord, l'un des éléments les plus importants, utilisé dans de nombreux passages, c'est évidemment le sexe. Boris Vian aborde ce sujet dans beaucoup de romans (Elles se rendent pas compte, notamment), et J'irai cracher sur vos tombes en fait l'un de ses moteurs. Lee couche avec un bon nombre de demoiselles, déploie largement ses armes de séduction, et les passages sexuels sont assez nombreux (si vous n'êtes pas friands de ce genre de choses, passez votre chemin!). Cependant, même si c'est évidement un moyen de choquer le public de l'époque, le sexe n'est pas là uniquement pour vendre et pour faire parler du roman. Au contraire, Lee voit le sexe comme une façon de pouvoir se venger de ce qui est arrivé à son frère: les autres personnages sont assez racistes, même carrément racistes pour certains, ils ne se doutent pas que Lee est en fait Noir... 
Cependant, il faut quand même le préciser, certains chapitres sont assez dérangeants: il y a par exemple un passage autour de la pédophilie, assez cru, qui explique en partie la réaction choquée du public lors de la publication du roman (et même aujourd'hui, ce passage met mal à l'aise). 

Ensuite, ce qui est intéressant, c'est la façon dont Boris Vian perçoit les Etats-Unis. Sa connaissance ce ce pays se limitait principalement à la musique, surtout au Jazz, dont il est un grand amateur. L'intrigue se passe donc dans un univers assez caricatural, avec des personnages aux caractéristiques assez poussées... On pourrait faire un article entier sur la façon dont Boris Vian utilise les Etats-Unis.

Mais le thème le plus important du roman, c'est bien évidemment le racisme. Nous avons des personnages racistes, forcément, et surtout une intrigue qui évolue autour de ce sujet. Lee est guidé par la vengeance de son frère, victime du racisme et de la ségrégation. Son choix de héros, un Blanc qui est Noir "de sang", sert à montrer que les préjugés et la haine sont au final inexpliqués. Mais que l'on soit Noir ou Blanc, peut-on faire justice soi-même?

Petit parallèle avec Elles se rendent pas compte:



Il y a quelques mois, je vous avais présenté Elles se rendent pas compte, un autre roman de Boris Vian originellement publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Je me suis dit qu'il serait intéressant de comparer ces deux romans!
Tout d'abord, on retrouve dans les deux certains éléments: une narration à la première personne, une intrigue qui se passe aux Etats-Unis, des thèmes communs (le sexe, entre autres), un univers assez violent et assez sexiste. Boris Vian a vraiment cherché à donner l'impression que les différents livres du type "Vernon Sullivan" était bien écrit par le même auteur, et utilise donc des éléments semblables dans ceux-ci. Je pense vous présenter encore l'un des deux autres romans de Vernon Sullivan (Les morts ont tous la même peau ou Et on tuera tous les affreux), je ferais donc un parallèle avec ce 3ème livre à ce moment-là!
Néanmoins, là où Elles se rendent pas compte cultive beaucoup l'humour, les situations cocasses, qui allégeaient un peu l'ensemble, J'irai cracher privilégie l'humour noir, un ton un peu plus sérieux qui va aussi avec les thèmes abordés qui sont plus sombres. On sent que Boris Vian voulait faire passer son message d'une façon légèrement différente...

Mon avis:
J'irai cracher sur vos tombes est l'un des tous premiers romans de Boris Vian que j'ai lus, lorsque j'ai découvert cet auteur. Il m'avait profondément frappée par sa violence, sa crudité (au niveau des thèmes abordés, par les carottes râpées)… J'avais donc très envie de le relire pour ce Challenge, quatre ans après ma première lecture… Voici donc ce que j'en ai pensé:

-Commençons par l'histoire. L'une des choses que j'aime énormément dans ce roman, c'est le mystère autour du personnage principal: certes, on comprend très vite que des drames se sont produits dans sa vie, et qu'il cherche à se venger de ce qui est arrivé au "gosse" (fréquemment mentionné au cours des chapitres). Mais ce n'est que petit à petit que l'on perce le mystère de ce héros: son nom, par exemple, n'apparaît qu'au bout de plusieurs pages, et il se dévoile au fur et à mesure. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié cet aspect qui nous tient en alerte du début à la fin: on apprend qui est le gosse, on apprend le secret de Lee, mais c'est une découverte qui se fait de page en page.

-En parlant de Lee, j'ai énormément apprécié ce héros. Il n'est pas rare que Boris Vian utilise la première personne pour ses romans (c'était déjà le cas dans Elles se rendent pas compte, par exemple), et je trouve que c'est un bon moyen de créer du contact avec son lecteur. Je sais que la première personne dérange certains lecteurs, mais dans mon cas, ça a fonctionné! La personnalité de Lee m'a captivée, j'avais vraiment de savoir ce qu'il voulait, si il allait y arriver... J'ai aussi beaucoup aimé les soeurs Asquith, Lou et Jean, même si Boris Vian a surtout mis sur l'accent sur Lee.


-Je l'ai déjà dit, mais je suis très sensible au style de Boris Vian. Je ne m'ennuie jamais en lisant ses textes, il manie à la fois humour, suspens, scandale, le tout dans un même roman. Dans J'irai cracher, une violence supplémentaire s'ajoute à ce mélange, et même si certains passages mettent clairement mal à l'aise, j'ai néanmoins apprécié son travail et sa façon d'écrire! 



Néanmoins, j'ai moins aimé cette relecture que ma première découverte du roman. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'ai été un peu moins emportée par l'histoire, par le style, même si je pense qu'il s'agit de l'un des Boris Vian à lire si on s'intéresse à cet auteur. Cependant je ne le conseille pas à tout le monde: si vous êtes un peu jeune, ou un peu sensible, passez votre chemin, vous risquez d'être profondément déstabilisé!




J'en arrive donc à à peu près un tiers du Challenge (10 livres!). Je vais le mettre entre parenthèses le mois prochain, histoire de ne pas faire une overdose de Boris Vian ^^. Je n'ai pas encore choisi le prochain titre à chroniquer, donc si vous avez envie de voir un roman en particulier sur le blog, n'hésitez pas à me laisser vos suggestions! On se retrouve très vite pour de nouveaux articles, en attendant prenez soin de vous!

AnGee Ersatz*

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