Affichage des articles dont le libellé est Mythes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mythes. Afficher tous les articles

lundi 22 avril 2013

Challenge Destins de Femmes #12: Fleur de Tonnerre, de Jean Teulé.




Bonjour aux Livroscopiens!


Aujourd'hui, je vous propose de partir sur les routes de Bretagne pour ma nouvelle lecture pour le Challenge Destins de Femmes. Comme vous pouvez le constater, je me rapproche de mon objectif de seize livres pour ce Challenge, un vrai bonheur pour moi, pas très habituée autrefois à faire attention aux rôles des personnages féminins dans les romans, les pièces de théâtre et autres. J'ai cherché à varier au maximum mes lectures en vous proposant des biographies, des comics, contes, ou encore romans, comme c'est le cas pour cet article: j'ai choisi le tout dernier roman de Jean Teulé, Fleur de Tonnerre, sorti le mois dernier. J'aime tout particulièrement Jean Teulé, et je suis donc ravie de vous présenter l'un de ses romans pour le Challenge. Bonne lecture!


Quelques mots sur Jean Teulé: 



Jean Teulé est un auteur à succès, né en 1953. Si on le connait surtout pour ses romans (dont je dirais un mot dans un instant), il a d'abord commencé dans la bande-dessinée via l'Echo des Savanes, une revue spécialisée. Il s'y consacre pendant 10 ans, avant de privilégier l'écriture au dessin. 

En 1990, il se lance dans l'écriture de romans, avec tout d'abord Rainbow pour Rimbaud. Depuis, Jean Teulé connait un beau succès auprès des lecteurs et des critiques, et certaines de ses histoires sont même adaptées au cinéma et au théâtre, comme Darling, ou le Magasin des Suicides


(le trailer du film le Magasin des Suicides)


Certains de ses romans sont basés sur des personnages et/ou des faits réels, comme Ô Verlaine!, Charly 9, ou encore Je, François Villon. Fleur de Tonnerre, son dernier roman, suit ce principe, en s'inspirant de l'empoisonneuse française Hélène Jegado.


Fleur de Tonnerre:

(la couverture du livre)


Petit résumé de l'histoire:




Hélène Jegado, surnommée Fleur de Tonnerre, née à Plouhinec, en Bretagne, n'est encore qu'une enfant lorsqu'elle découvre la légende de l'Ankou, un personnage terrifiant qui vient pour récolter les morts, se faisant entendre par sa charrette grinçante. Une légende qui la traumatise, et la pousse, dès le plus jeune âge, à tuer tous ceux qu'elle trouve sur son passage, en les empoisonnant par la nourriture, tantôt avec de la belladone, tantôt avec de l'arsenic.

(l'ankou, sauce Kaamelott)


Pendant des années, elle va donc voyager sur les routes de Bretagne, proposant ses services de cuisinière dans toutes les villes où elle se rend, tuant sans que personne ne semble s'en rendre compte... Un périple qui se terminera sur l'échafaud en 1852.


Hélène, un personnage féminin très fort:

L'un des points forts de Jean Teulé, selon moi, c'est qu'il choisit toujours pour ses romans des personnages qui marquent, par leur caractère, leur façon d'être, leurs actions hors normes. C'est le cas encore une fois dans Fleur de Tonnerre, avec Hélène. 

Jusqu'à aujourd'hui, j'avais plutôt l'habitude de voir chez Jean Teulé des personnages masculins, mais je suis ravie de voir que ses personnages féminins sont aussi intéressants et fouillés. 

Hélène est un personnage fascinant, qui intrigue: comment une petite fille peut-elle tomber dans une telle spirale meurtrière? On la suit le long des chapitres, le long des routes, et plus l'intrigue avance, plus on s'attache au personnage: Hélène est "drôle", car pour tuer, elle veut absolument préparer de bons petits plats, tous plus délicieux les uns que les autres, mais qui foudroient dès la première bouchée. Paradoxal, n'est-ce pas? 

Elle vit sa vie de meurtrière un peu comme une fatalité, une obligation: elle le dit souvent, elle est obligée de tuer. Laisser quelqu'un de vivant là où elle est passée est un vrai drame pour elle! Du début à la fin, elle supplie les gens de la laisser faire à manger, de la laisser les tuer.

Mon avis sur le livre:

Grande fan de Jean Teulé, j'étais impatiente de pouvoir lire son dernier roman. Ma mère, qui aime beaucoup Jean Teulé aussi, l'a lu en premier, et a été déçue par l'histoire. 

Personnellement, je suis assez mitigée aussi: si j'ai beaucoup aimé le personnage d'Hélène, ainsi que certains personnages secondaires (les perruquiers, par exemple), ainsi que l'intrigue de départ, j'ai trouvé que l'histoire devenait vite répétitive. Certes, Jean Teulé a respecté l'image de l'empoisonneuse itinérante, mais la répétition des événements devient un peu lassante: Hélène arrive dans un village, elle fait à manger, quelqu'un meurt, elle va dans un autre village, elle fait à manger, quelqu'un meurt... Au début, j'ai beaucoup aimé, j'ai trouvé que ça ressemblait un peu à Sweeney Todd. Mais à la longue, je me suis un peu ennuyée, d'autant plus que la fin de l'histoire devient très vite évidente.

Malgré ce bémol, le style de Jean Teulé est là, toujours aussi efficace. On sent qu'il s'est énormément documenté pour nous proposer ce roman (j'ai beaucoup aimé la présence de carte au début de chaque chapitre, nous permettant de retracer le chemin d'Hélène). Ce livre, qui se lit vite, n'est pas mon préféré de cet auteur, mais reste quand même sympathique à lire.


Et voilà, un article un peu court, mais on se retrouve très vite pour une nouvelle lecture! N'hésitez pas à me laisser en commentaire votre avis si vous avez lu ce livre, ou tout simplement votre avis sur Jean Teulé!

AnGee Ersatz*

lundi 1 avril 2013

Partenariat éditions Folio et Livraddict: Voodoo Land de Nick Stone.

(un partenariat avec Folio)



Bonjour à tous et à toutes!

Après un mois de Mars grisâtre, Avril démarre enfin! Espérons que le temps sera plus clément, pour ce mois qui promet d'être intense autant dans ma vie (concours, voyage, partiels) que sur le blog, car j'ai un grand nombre d'articles à vous présenter, entre les lectures communes, les Challenges, les partenariats, et d'autres sujets, sans oublier l'anniversaire du Livroscope (et oui, déjà!). J'espère que ce mois vous plaira! Pour commencer, je vous propose de découvrir un roman que j'ai lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Folio, que je remercie d'organiser de tels événements. Pour cet article, je vais procéder de la même façon que pour les Lumières de Haven, le premier partenariat que j'avais fait via Livraddict. Il s'agit de Voodoo Land, de Nick Stone, un roman original, mais à ne pas mettre entre les mains des âmes sensibles... Let's go to Miami!


PS: sur le côté droit du blog, j'ai mis en place un sondage pour choisir le prochain sujet du Mois à Thème... N'hésitez pas à voter!


Pourquoi j'ai choisi ce livre:



Lors de mon premier partenariat avec Livraddict, j'avais porté mon choix sur un livre jeunesse, les Lumières de Haven. Là, j'ai décidé de me tourner vers un style complètement différent avec Voodoo Land, puisque ce roman, policier ambiance thriller glauque, s'adresse davantage à un public plus âgé, aux fans de policiers badass et de meurtres plutôt spéciaux. 

J'ai tout de suite été attirée par la couverture de Voodoo Land, une couverture qui capte l'oeil immédiatement avec son personnage au visage maquillé façon jour des morts mexicain. La couverture est assez importante pour moi, quelque soit le livre: déjà en librairie Voodoo Land attirait mon regard. 

Ensuite, j'avais vraiment envie de lire quelque chose d'un peu différent: ces derniers temps, je n'avais pas trouvé de bons thrillers ou de bons livres policiers à me mettre sous la dent, donc j'ai sauté sur l'occasion!

L'aspect "vaudou" du titre me parlait aussi, car c'est un sujet qui m'intéresse même si je ne suis pas trop au point.


(bon, moi, à part les poupées, le vaudou, je n'y connais rien)



Quelques infos sur Nick Stone:

(Nick Stone)


Personnellement, avant ce partenariat, je ne connaissais pas du tout Nick Stone. J'ai donc fait quelques recherches, comme j'en ai l'habitude lorsque je "rencontre" un nouvel auteur.

Nick Stone est un auteur né en 1966, anglais par son père, et haïtien par sa mère (des racines que l'on retrouve dans ses livres). Après des études à Cambridge, il travaille, avant de se mettre à écrire: il a pour l'instant à son actif trois romans, qui forment une trilogie qui porte le nom de Max Mingus Trilogy, le héros de ces trois romans étant le policier Max Mingus.

Son premier roman, Tonton Clarinette, est sorti en 2006, et a tout de suite rencontré un certain succès auprès des critiques, lui permettant de recevoir plusieurs prix. Il a ensuite publié Voodoo Land en 2007 (sorti en France seulement en 2011...), et en 2011 Cuba Libre qui vient d'arriver chez nous. 

Les romans de Nick Stone sont centrés autour du personnage de Max Mingus (dont je vous parlerai en détails un peu plus loin), et se déroulent entre Haïti, les Etats-Unis, Cuba. 


Et Voodoo Land alors?

(la trilogie sauce VO)


Pour commencer, je vous propose de découvrir le résumé que l'on peut trouver sur la quatrième de couverture:

Au début des années 1980, Miami, l'une des villes les plus violentes et les plus corrompues des Etats-Unis, est le théâtre sanglant du trafic de drogue. Deux flics d'élite, Max Mingus et Joe Liston, sont envoyés au zoo, dans la cage des singes, pour récupérer le cadavre d'un homme. Sa bouche et son nez ont été cousus, il a une carte de tarot dans l'estomac... Mingus et Liston plongent dans la communauté haïtienne, un monde de magie noire, de sacrifices rituels et de sorcellerie vaudous, à la poursuite de l'énigmatique Salomon Boukman. 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce résumé vous met vraiment dans l'ambiance!

Mon petit résumé de l'histoire:

(à votre avis: Dunkerque ou Miami?-photo trouvée sur le net)


Miami. 1980.
Max Mingus, ancien boxer devenu policier, est l'image même du flic torturé: cigarette au coin des lèvres, avec une grosse tendance à la boisson, il se retrouve avec son coéquipier de longue date, Joe Liston, à enquêter sur de sombres affaires de meurtres dans la communauté haïtienne. Le premier, dans un zoo, ressemble fort à un meurtre vaudou, et conduit à un véritable massacre de toute une famille...

Ils décident de se lancer dans une enquête dans le dos d'Eldon, leur supérieur, qui applique parfois une "politique" assez particulière. Sur leur route, Joe et Max tomberont sur un nombre incroyable de cadavres, de prostituées, sur un fond de trafic de drogue, et surtout sur l'ombre de Salomon Boukman, un homme sans visage...

Dans le même temps, on suit également Carmine Desamours, un mac, ainsi que sa mère, Eva, cartomancienne, aux pratiques on ne peut plus étranges...


Les personnages principaux:
L'un des gros points forts du roman: les personnages! Nick Stone joue en effet beaucoup sur ses héros pour renforcer au maximum son histoire. Petite présentation de quelques uns de ces personnages...

Max Mingus: comme l'indique le nom de la trilogie de Nick Stone, Max Mingus est le personnage principal de l'histoire. Max Mingus est une sorte de flic maudit, hanté par les souvenirs d'anciennes affaires. Son aspect de gros dur est une façade: il est d'une loyauté à toute épreuve, en particulier envers Joe, son ami de longue date, et il ne peut envisager de laisser un crime impuni, quitte à rendre justice lui-même... On le découvre aussi romantique lorsqu'il rencontre Sandra, une belle demoiselle qui lui fait tourner la tête. 

Joe Liston: Joe est le coéquipier de Max, et contrairement à lui, il représente davantage de le flic sérieux, aux très fortes valeurs morales, même si il n'hésite pas à mettre les mains dans la boue pour son ami. J'ai beaucoup aimé ce personnage, que j'ai même préféré à Max. 

Eldon: Eldon est le supérieur de Max et Joe, et dès le début, je n'ai pas pu m'empêcher de le trouver très antipathique, une impression qui s'est confirmée à travers le roman. Eldon est un peu (beaucoup) raciste, pourri, magouilleur. 

Carmine: dépeint comme un beau gosse séducteur ultime, capable d'attirer toutes les femmes dans son filet, Carmine est un mac bien organisé qui répartit ses prostituées en "cartes" selon leur beauté et sex appeal. Mais en parallèle, il est aussi un gosse terrorisé par sa mère. 

Un constat s'impose: la majorité des personnages du roman sont des hommes, même si Eva, la cartomancienne, joue un rôle très important. Véritable tyran avec son fils, elle est un très bon contrepoids face aux fortes personnalités masculines du roman. 


Les grands thèmes du roman:
Le roman aborde plusieurs thèmes très intéressants. En voici quelques-uns:

-le vaudou: le titre du livre le montre d'emblée, le vaudou a une place très importante dans l'histoire. La mère de Nick Stone est haïtienne, et on sent que cette origine a influencé l'auteur. Le vaudou est présent tout d'abord à travers les meurtres "rituels", mais aussi les zombies (écrits "zombis" dans le livre, une orthographe que je ne connaissais pas...), les cartomanciennes... Ce thème est bien exploité et renforce le côté "original" de l'histoire. Personnellement, je ne suis pas une experte du vaudou, mais j'ai beaucoup aimé!


-Miami dans les années 80: là encore, je ne suis pas une spécialiste de Miami (hein, pour moi, Miami, c'est des palmiers. C'est assez réducteur, on est d'accord!). Mais j'ai découvert pas mal de choses sur cette ville via le roman: Miami en tant que ville où tout un tas de cultures cohabitent, parfois dans la douleur; la drogue et la prostitution sont de vrais fléaux, qui sévissent dans les rues. Bien entendu, le portrait brossé est celui d'un roman, donc un peu "extrême": néanmoins, j'ai eu envie de découvrir Miami par moi-même.

Mon avis:
Passons à présent à mon avis sur ce roman. 
Il y a beaucoup de choses que j'ai bien aimé dans Voodoo Land: tout d'abord, j'ai été séduite dès les premières pages par l'ambiance noire et particulière de l'histoire. Fan de séries policières, j'aime les histoires où les meurtres sont un peu décalés, étranges, et Voodoo Land le fait parfaitement. Les personnages sont aussi très réussis: Joe et Max forment un très bon duo, efficace, et bien équilibré; Eva me fout littéralement les jetons et Salomon, dans son rôle de personnage un peu mystique, me plait beaucoup aussi. J'ai beaucoup aimé le style de Nick Stone en général, un style fluide et percutant. Certaines répliques sont d'ailleurs très réussies, rejoignant mon panthéon des citations!

Par contre, certaines choses m'ont un peu dérangées aussi: j'ai trouvé certains passages un peu superflus et trèèès longs (je n'ai pas vraiment compris pourquoi Nick Stone insistait autant sur Carmine...), alourdissants inutilement (toujours selon moi) l'intrigue. J'ai aussi été choquée par une énorme faute dans le texte, qui ne vient pas de Nick Stone mais de la traduction: "il n'a jamais était interrogé" (p.503). Etudiant la traduction, je sais que c'est un exercice difficile, mais une faute pareille pique les yeux...

Globalement, j'ai vraiment apprécié ce livre, j'ai passé un bon moment avec, et je pense lire le reste de la  trilogie très prochainement. Si vous aimez le suspens, les thrillers, les meurtres et les ambiances glauques, Voodoo Land est fait pour vous! En revanche, si vous êtes un peu sensibles, tournez vous vers quelque chose d'autre. 


Pour accompagner votre lecture:

En lisant ce livre, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à un film que j'aime beaucoup, Angel Heart, avec Mickey Rourke et Robert de Niro. Si l'histoire n'est pas la même, j'ai trouvé que les ambiances se ressemblaient, et que Max Mingus est assez proche du personnage interprété par Mickey Rourke.

(Angel Heart, un très chouette film)


J'ai aussi beaucoup écouté le groupe Dead Man's Bones en lisant Voodoo Land, et je trouve que la musique de ce groupe allait très bien avec l'histoire. (Je préviens à l'avance, Ryan Gosling est un des membres du groupe. Donc voilà, si vous avez une tendance à vous enflammer pour Ryan Gosling, attention à vous). 




Et voilà, une chouette découverte grâce à ce partenariat avec Folio, je ne peux que vous conseiller de tenter, si vous avez un blog, votre chance pour pouvoir découvrir vous aussi de nouveaux auteurs! Je vous retrouve très vite pour de nouveaux articles, en attendant porter vous bien!

AnGee Ersatz*



mardi 17 juillet 2012

Oh oh oh, et une bouteille de Rhum!: embarquez sur notre navire pirate!

(pavillon noir!)


Aujourd'hui, comme c'est les vacances (et qu'il fait plutôt beau, pour une fois!), je vous propose un voyage sur les mers et les océans! Plutôt alléchant, n'est-ce pas? Mais ce voyage risque de ne pas être de tout repos, puisque je vais vous parler des pirates en littérature. En effet, les pirates ont vraiment existé et ont fasciné leurs contemporains, avant de se transformer en légendes mystérieuses qui captivent encore aujourd'hui, comme le montre le succès de la saga Pirates des Caraïbes au cinéma. Enfilez donc votre bandeau sur l'oeil, votre jambe de bois, et embarquez pour notre petit voyage!

Parce qu'il y a "pirate" et "pirate": petite étude du terme!


(l'image la plus connue du pirate!)


Lorsque je vous dis "pirate", la première image qui vous vient en tête est certainement celle de Jack Sparrow, l'emblématique capitaine du Black Pearl dans Pirates des Caraïbes, ou un personnage équivalent, avec un tricorne, un perroquet sur l'épaule, une jambe de bois et un pistolet ou un sabre à la main. Et pourtant, le pirate est bien plus vieux que ça!

En effet, le terme "pirate" date de l'Antiquité: déjà chez les Grecs et les Romains, on trouvait un mot équivalent, qui signifiait "celui qui tente la fortune" ou "celui qui part à l'aventure". Le côté marin du pirate était déjà présent: la majorité du commerce de l'Antiquité se faisait via la mer, les pirates étaient donc dans des bateaux qui pillaient les navires marchants... Mais les pirates désignaient plus généralement des voleurs, ou les tricheurs.

Par la suite, le terme a légèrement évolué au Moyen-Âge pour désigner uniquement les pirates "marins". L'image du pirate s'est développée avec les grands voyages des explorateurs et la découverte des nouvelles terres, comme les Amériques, et surtout les Caraïbes (qui connaitront une floraison de pirates jamais égalée ailleurs!). Les pirates étaient ou des voleurs qui cherchaient à échapper à la justice en restant sur les mers, ou des rescapés de naufrages récupérés par des navires pirates. On voit donc apparaître les premiers pirates devenus célèbres, comme Jack Rackham (dont nous reparlerons plus tard), John Gow ou encore le flibustier Henry Morgan, et les premiers mythes (celui du Hollandais Volant, par exemple).

(le Hollandais Volant)


Aujourd'hui, le pirate existe toujours, mais sous différentes formes: le pirate "marin" sévit encore dans certaines parties du monde, notamment dans les régions les plus pauvres du Globe (la Somalie par exemple). On appelle également "pirate" le vilain internaute qui cherche à tuer l'industrie du cinéma et de la musique en téléchargeant (alors qu'il vaudrait peut-être se poser la question de ce qu'on propose au public, et à quel prix...). Il existe même des "partis pirates", notamment en Allemagne, des partis politiques qui cherchent à défendre les droits des internautes!

(des membres du parti pirate allemand, qui connaît déjà un certain succès en politique)


Bien entendu, cet article va traiter du pirate des mers, bien plus représenté en littérature!

Pirates en littérature enfantine: méchant emblématique ou personnage sympathique?

Commençons par nous pencher sur le cas de la littérature pour enfants! Tout comme le grand méchant loup ou le croque-mitaine, le pirate est un personnage qui génère la peur: historiquement, déjà, la peur du pirate habitait les enfants qui vivaient des des villes portuaires. Ce sentiment est par exemple représenté par Jim Hawkins dans l'Île au Trésor de Stevenson: le jeune héros est à la fois fasciné et terrifié par les pirates, et surtout par Billy Bones, qui vient dans l'auberge familiale...


Il est donc normal de trouver dans la littérature enfantine des représentations du pirate en méchant terrifiant et sanguinaire. On peut citer en exemple le conte de Perrault, Barbe-Bleue (1697): Barbe-Bleue n'est certes pas un véritable pirate, mais le personnage en a tout les atouts (la cruauté, la barbe, son goût pour les femmes et pour le sang). Son départ en voyage dans le conte a fait naître chez certains l'idée que Barbe-Bleue était une sorte de pirate...

(Barbe-Bleue)

Mais la meilleure représentation du pirate dans les livres pour enfants est sans nul doute le capitaine Crochet, le méchant de Peter Pan, de J.M Barrie, écrit en 1911. Crochet est l'ennemi juré de Peter Pan, cherchant à tout prix à le détruire et à détruire ses amis. Face au gentil et candide Peter Pan, Crochet est l'incarnation du mal, avec son bras qui se termine par un crochet. Si dans l'adaptation de Disney, Crochet est tourné au ridicule à de nombreuses reprises, le livre le montre sous un jour cruel et terrifiant, comme dans d'autres films: Hook, ou la Revanche du Capitaine Crochet, par exemple.

(Crochet dans le dessin animé Disney)

A savoir qu'il existe aussi un appendice aux histoires de Peter Pan, baptisé Les Terribles Aventures du Futur Capitaine Crochet, qui nous raconte l'adolescence et la jeunesse du pirate, où il est déjà cruel. Plus qu'un méchant d'histoire, il est la représentation de la terreur éprouvée vis à vis des pirates...

(la couverture de l'appendice dédié à Crochet)

Mais le pirate n'est pas qu'un monstre sanguinaire chez les enfants! En effet, il est aussi l'incarnation de l'aventure et d'une vie nouvelle. Beaucoup de livres proposent aux enfants de se mettre dans la peau d'un pirate ou présentent la vie de ces voleurs des mers: on trouve par exemple chez Larousse le livre Si j'étais...Pirate, ou encore une encyclopédie des pirates. Dans d'autres livres ou dessins animés, le pirate apparaît comme un personnage plutôt joyeux, image qui contraste avec l'autre visage du pirate terrifiant: on peut citer le dessin animé La Famille Pirate, qui montre le pirate comme un personnage plutôt sympathique! Dans Albator, le dessin animé culte, Albator cumule ces deux visages, mystérieux, mais fascinant!

En bref, chez les enfants, le pirate fascine: il est à la fois un monstre sanguinaire et un personnage dont les aventures nourrissent les imaginations...

Romans et traités: un essor chez les contemporains!


Si la littérature pour enfants sort régulièrement des titres proposant les aventures de pirates, on ne peut pas en dire autant de la littérature pour adultes. En effet, la majorité des ouvrages consacrés aux pirates sont sortis à leur grande époque, même si on en trouve quand même encore aujourd'hui, notamment dans les rayons de Science-Fiction.


A partir de la fin du 17ème siècle, les pirates ont débarqué dans la littérature, notamment dans les traités (très en vogue à l'époque, on trouvait des traités d'à peu près n'importe quoi!). On peut citer, comme exemple plutôt marquant, celui de Daniel Defoe, auteur passé à la postérité avec Robinson Crusoe (décidément, Defoe aimait le monde marin...): il a écrit, de 1724 à 1728, Histoire générale des plus fameux pyrates, dans lequel il raconte la vie de pirates de son temps, qui vivaient dans la colonie de Libertalia à Madagascar. Un ouvrage peu connu et que certains trouvent parfois un peu romancé, mais qui a le mérite de présenter les habitudes pirates: Daniel Defoe parle par exemple d'Henry Every, un flibustier célèbre pour ses prises en mer. En 1724 sort un autre ouvrage sur les pirates, A General Histoy of thé Robberies and Murders of the most notorious Pyrates, qu'on attribue à un certain Charles Johnson.

(Henry Every)

Avec le développement du roman, le pirate vient naturellement l'un de ses protagonistes: en 1821, Walter Scott, l'auteur d'Ivanhoé, publie le Pirate, un des romans tirés des Waverley Novels, dans lequel il raconte la vie du pirate John Gow (que l'on retrouve dans le traité de Charles Johnson). Mais c'est surtout avec R.L Stevenson que le pirate prend sa place dans le roman: le célèbre l'Île au Trésor, publié en 1881, mélange aventures, piraterie et règles de la piraterie, trésor et personnages emblématiques (Billy Bones notamment). Ce roman s'adresse autant aux adultes qu'aux enfants (qui lisent déjà bien), le héros étant âgé de seulement 12 ans au début de l'histoire. Le livre a été de nombreuses fois adapté au cinéma et à la télévision, la version la plus célèbre (et la seule que j'ai vue...) datant de 1990, avec Christian Bale tout jeune.

(l'Île au trésor)

(Christian Bale dans l'Île au trésor!)

Plus tard, c'est chez John Steinbeck que le pirate fait son retour, dans la Coupe d'Or, en 1929. Ce roman, assez peu connu du public (il faut dire que d'autres, comme A l'Est d'Eden, l'ont un peu écrasé), raconte une version romancée de la vie d'un des plus célèbres pirates, Henry Morgan, connu pour sa violence, et qui fut l'un des "pirates des caraïbes" et l'un des auteurs du Code de la Piraterie. Je vous conseille la lecture de ce roman, dont le style est moins ancien, et donc plus lisible.

(Henry Morgan)


Jack Rackham: le pirate le plus utilisé!
Les pirates, par leurs vies dissolues et leurs nombreuses prises, ont inspiré bien des ouvrages: nous avons cité plus haut Henry Morgan ou encore John Gow, mais le plus célèbre est sans nul doute Jack Rackham. Il est connu pour avoir sillonné les mers et pour sa liaison avec Anne Bonny, l'une des femmes pirates les plus célèbres. On le trouve donc dans le roman Mary Tempête d'Alain Surget, qui raconte la vie d'une autre pirate, Mary Read. Mais c'est surtout dans l'univers de la bande-dessinée que le pirate apparaît: on le retrouve chez Hergé, dans les aventures du très connu Tintin, dans le Secret de la Licorne et dans le Trésor de Rackham le Rouge. La référence est flagrante ici, et Rackham le Rouge s'inspire du pirate, par son nom, mais aussi par sa tenue: Jack Rackham était connu pour ses tenues voyantes, en calicot, souvent de couleur rouge... Ce détail laisse donc à penser que Barbe-Rouge, un autre personnage de bande-dessinée belge (une série de 35 volumes!), est inspiré du célèbre pirate...

(Rackham le Rouge rencontre l'ancêtre du capitaine Haddock)

One Piece: la Piraterie en manga!
Je ne pouvais pas parler de pirates sans évoquer l'un des mangas les plus célèbres et dont les héros sont des pirates! Il s'agit bien entendu de One Piece, avec le célèbre Luffy et son chapeau de paille! Le but des personnages: trouver le One Piece, un trésor du Seigneur des Pirates! Je ne m'étendrai pas plus sur la série, ayant déjà consacré un article complet au monde du manga. Vous pouvez néanmoins regarder le film Strong World, plutôt pas mal!
Les pirates sont présents dans d'autres mangas, mais je ne citerai que mon préféré, à savoir Fairy Tail, où on retrouve dans le tome 1 Bora de Prominens, un pirate peu scrupuleux!


Pirates des Caraïbes: le retour glorieux du pirate!


(l'arrivée de Jack Sparrow)

En 2003 surgit sur les écrans un étrange personnage: le Capitaine Jack Sparrow, joué par l'excellentissime et grandiossissime Johnny Depp, debout sur un bateau en miettes, arrive à Port Royal, dans le but de récupérer son bien aimé Black Pearl. C'est le début de la saga Pirates des Caraïbes, une série de quatre films basée sur une attraction de Disney éponyme. Le succès, que l'on doit d'abord aux personnages captivants et à l'histoire bien trouvée, relance la mode du pirate (Bryan Lee O'Malley s'en moquera un peu dans le premier tome de Scott Pilgrim, avec le personnage de Matthew Patel). Mais ce qu'il faut savoir, c'est que les films se basent sur de véritables légendes et traditions pirates, ce qui est suffisamment rare pour être noté. Passons en revue quelques-uns de ces détails:


-Le drapeau pirate du Black Pearl: le pavillon du Black Pearl, le navire que Jack Sparrow cherche à récupérer dans le premier épisode (la Malédiction du Black Pearl) représente une tête de mort surmontant deux épées. Et bien ce drapeau était à l'origine celui de Jack Rackham, et sa simplicité et ses symboles sont restés dans l'esprit collectif comme l'image du pirate par excellente...

-La mort par pendaison et la chasse des gouverneurs: à plusieurs reprises, le destin funeste des pirates est montré au spectateurs: la mort par pendaison. En effet, la pendaison était le moyen de tuer les pirates le plus plébiscité par les gouverneurs: la pendaison était apparentée à une suicide, et le mort n'avait donc pas accès au paradis; de plus, les corps étaient bien souvent laissés à l'air libre, condamnés à de se décomposer, les privant de toute sépulture terrestre... Quant aux gouverneurs, si certains rejoignaient le monde de la piraterie en devenant flibustiers, d'autres menaient une chasse aux pirates sans pitié.

-La marque noire: dans le deuxième volet de la saga, Jack Sparrow se retrouve avec une marque noire sur la main, qui doit lui rappeler la dette qu'il a envers Davy Jones. Cette marque apparaît déjà dans le roman de Stevenson, remise à Billy Bones par l'un de ses compères pirates. Cette marque, qui prend dans le film la forme d'une blessure à la main, était à la base un morceau de papier maculé de noir; l'utilisation dans l'Île au Trésor de ce procédé n'est pas anodin: il s'agissait en effet d'une tradition pour prévenir le pirate de sa mort prochaine, une sorte de compte à régler entre pirates!

(la marque de Jack Sparrow)

-Les trésors maudits: dans La Malédiction du Black Pearl, les pirates sont maudits pour avoir volé un trésor auquel ils n'auraient pas du toucher. Les trésors sont souvent sujets à légendes de ce genre, et elles sont nombreuses: on parle de navires qui sombrent au fond de l'océan après avoir volé des trésors, par exemple...

-Le code des pirates: Elizabeth Swann connait beaucoup de traditions pirates, notamment celles qui entourent le Code des Pirates, qu'elle n'hésite pas à utiliser en situations dangereuses. Il existait bel et bien un Code des Pirates, destiné à donner quelques règles à la vie sur un navire et entre pirates.

-La légende du Hollandais Volant: Davy Jones est le capitaine du Hollandais Volant, un navire bien mystérieux. Dans l'histoire des pirates, le Hollandais Volant est une véritable légende, la plus connue des légendes de vaisseaux fantômes. Dans la légende, l'équipage du Hollandais Volant est condamné à l'immortalité la plus atroce pour leurs crimes; le capitaine du navire aurait même passé un pacte avec le Diable! On raconte alors que tous les navires ayant sombrés en mer auraient rencontré sur leur route le Hollandais Volant... Ce navire mythique, avant de se retrouver dans Pirates des Caraïbes, a inspiré Heinrich Heine et Richard Wagner.


(le Hollandais Volant a inspiré un opéra à Wagner)


-Barbe-Noire: pour terminer sur Pirates des Caraïbes, voici Barbe-Noire! Les références aux pirates réels étaient nombreuses dans la série, mais nous avons dans le quatrième volet le personnage de Barbe-Noire, un pirate d'origine britannique qui sévissait au début du 18ème siècle sur les mers!


En bref, il est rare que je vous parle autant d'un film ou d'une série de films, mais je trouvais important de montrer le travail de recherche qui avait été fait pour Pirates des Caraïbes!

Après la littérature et le cinéma, les jeux vidéos!
Pour conclure cet article, je vous propose de nous pencher sur le cas du jeu vidéo! En effet, le pirate est un personnage très prisé des développeurs de jeux vidéos, et on en trouve un peu partout. Mais plutôt que de continuer cet article déjà très long, je vous propose de regarder la vidéo du 3615 Usul consacré aux pirates, Usul et son équipe étant mieux placés que moi pour vous en parler...


(Usul vous parle des pirates!)


3615 USUL-Les Pirates


En bref, voilà un article sur les pirates que j'ai voulu le plus complet possible! Aujourd'hui, le pirate vit encore de belles heures de gloire dans la littérature enfantine, et à travers le cinéma, mais aussi, comme j'ai cherché à vous le montrer, dans les jeux vidéos et dans les dessins animés. J'espère que cet article vous aura plu, et je vous donne rendez-vous très vite avec de nouveaux articles, dont un sur la littérature pour enfants avec la Bibliothèque Rose, et un sur les voyages dans le temps!


AnGee Ersatz*



mardi 10 juillet 2012

Bible et Littérature: petite plongée dans la religion.




Aujourd'hui, j'ai décidé de vous présenter dans cet article un sujet, ou plutôt un ouvrage, particulièrement intéressant: la Bible.
En effet, notre culture européenne est en partie modelée par la religion, en particulier la chrétienté, et elle a été, au Moyen-Âge notamment, une composante importante de l'identité et du quotidien: la religion tenait beaucoup de place dans la vie de tous les jours, et son influence était visible dans les affaires politiques, créant des alliances ou des oppositions entre les différents royaumes. Si aujourd'hui, le poids de la religion a fortement baissé face aux nombreuses réponses apportées par la science (même si on assiste toutefois à une montée de certains mouvements religieux parfois proches des sectes), la religion reste quand même présente dans de beaucoup de domaines, dont la littérature. En effet, les symboles et les histoires (parfois appelées aussi mythes, même si ce terme est peu utilisé dans la Bible en elle-même) bibliques sont présents dans beaucoup d'ouvrages, tout d'abord dans les nombreux traités qui paraissent chaque année, mais aussi même si parfois on ne s'en aperçoit pas forcément, en poésie, dans les romans ou les pièces de théâtre. Je vous propose donc aujourd'hui de nous intéresser à cet ouvrage religieux intéressant qu'est la Bible, ainsi et surtout à son utilisation en littérature.

Qu'est ce que la Bible, et pourquoi la lire?
Tout d'abord, rappelons brièvement ce qu'est la Bible: il s'agit de l'un des trois grands ouvrages des religions monothéistes les plus répandues (avec la Torah et le Coran). Elle est composée de deux éléments, l'Ancient Testament qui va de la Création du Monde jusqu'à la naissance de Jésus en passant par l'Exode des Juifs dans le désert, naissance qui démarre le Nouveau Testament, dans lequel on trouve également les quatre Evangiles et l'Apocalypse.


(la naissance de Jésus, dans le Nouveau Testament)

La Bible est l'un des ouvrages les plus diffusés dans le monde, tout d'abord par le nombre de croyants, mais aussi pour d'autres raisons: on peut citer en exemple certaines chaînes d'hôtel américaines placent dans les chambres de leurs clients des bibles dans les tables de chevet. De plus, la Bible fut le premier livre imprimé par Gutenberg, signe de son importance.

(la Bible de Gutenberg)

La Bible, tout comme les autres livres religieux, présente un intérêt particulier: je vous conseille donc de les lire, ou du moins d'en lire certains extraits, même si comme moi, vous n'êtes pas croyants. Pourquoi? Tout d'abord afin d'en connaître les nombreux symboles: vos lectures en seront plus appréciables! L'intérêt est aussi qu'il s'agit d'un moyen de mieux connaître les autres cultures. J'espère pouvoir lire le Coran et la Torah un jour!
Si vous avez des enfants, sachez qu'il existe aussi des éditions adaptés aux enfants! Et si vous même êtes intéressés, la Bible est disponible en ligne sur ce lien:

La Bible en ligne.

La Bible: un objet littéraire en lui-même!
Commençons par parler de la Bible en elle-même. Si la Bible a en premier lieu une vocation religieuse, pour enseigner aux croyants les principes de la religion, on peut également dire d'elle qu'elle est aussi un objet littéraire. En effet, on parle de "narration" biblique: la Bible regorge de passages narratifs, face à d'autres passages en forme de listes (servant à récapituler tous les membres des différentes familles par exemple(, dans lesquels on trouve les "aventures" de nombreux personnages, comme David, qui devient roi, ou de familles, comme celle de Noé. Deux théories s'opposent face à ces histoires. La première: les histoires racontées dans la Bible sont des histoires réelles, ou du moins rendues réelles grâce à la présence de personnages historiques ou d'événements qui se sont réellement produits: on pense par exemple à l'expansion romaine, présentée dans le Nouveau Testament. La seconde: ces histoires ont été inventées pour intéresser davantage les croyants, pour mieux faire passer les préceptes de la religion, et les protagonistes de ces histoires sont des incarnations de divers défauts ou qualités (la bonté, la naïveté, la méchanceté...) que le croyant se doit de devenir ou non. On peut citer en exemple la Tour de Babel, un épisode qui correspond plutôt bien à cette seconde thèse, pour expliquer les différentes langues et cultures existant dans le monde. Ainsi, la petite histoire marche bien mieux que la longue leçon de morale. Quoiqu'il en soit, je vous laisse choisir celle qui vous convient le mieux!



"Mythes" et symboles: la Bible en littérature.
Lorsque vous lisez un livre, il est parfois très clair que des références bibliques y sont placées. Mais parfois, l'utilisation est bien plus subtile. Je vous propose donc un petit tour d'horizon des utilisations de la Bible en littérature, même si, bien entendu, vous n'y trouverez pas l'intégralité des ouvrages parlant de la Bible!

La Création: un sujet qui fascine!
Commençons par le commencement: la création de la terre et de l'homme par Dieu. Le "mythe" de la Création, qu'on trouvait déjà sous une forme différente dans la mythologie grecque ou romaine, par exemple avec Prométhée et Epiméthée, et captive complètement les auteurs. En effet, on trouve énormément d'ouvrages dans lesquels ce sujet est utilisé.
En poésie, notamment, la création biblique est souvent utilisée comme une métaphore de la création poétique, artistique: chez Apollinaire, dans le recueil Alcools, la religion est un thème récurrent, et cette métaphore est fréquemment employée par le poète. Dans le poème Le Cortège, par exemple, "la naissance" du poète s'apparente à cette création biblique:

Puis sur cette terre il venait mille peuplades blanches
Dont chaque homme tenait une rose à la main
Et le langage qu'ils inventaient en chemin
Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même
On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines

Chez Rabelais aussi, la Création est abordée, dans le chapitre 6 de Gargantua notamment, lorsque celui-ci vient au monde. Bien entendu, comme toujours dans l'écriture de Rabelais, le ton est humoristique, sarcastique: il s'agit donc d'une vision plutôt décalée de la Création.


Enfin, on peut citer une dernière oeuvre: Frankenstein de Mary Shelley. Le sous-titre est certes "Le Prométhée Moderne", et s'apparente par cette référence donc bien plus à la mythologie grecque. Mais cette création d'un homme à l'image de l'homme rappelle tout de même la Bible: tout comme Adam, la créature de Frankenstein a besoin d'une femme pour combler sa solitude, et c'est la raison pour laquelle il poursuit son créateur. En plus des nombreux films adaptés du livre (souvent dans le registre de l'horreur, avec par exemple les réalisations de Terence Fisher, qui ont marqué des générations de cinéphiles!), la série Buffy contre les vampires propose une version de cette histoire, avec le personnage d'Adam, (comme le premier homme!) dans la saison 4, un personnage crée de toutes pièces, qui se pose des questions sur son identité et son origine.


(Frankenstein et Adam, métaphore du premier homme?)

La Chute du Paradis: Abel et Caïn, deux personnages toujours vivants en littérature.
L'un des passages les plus célèbres de la Bible est sans nul doute celui du Péché Originel, dans lequel Adam et Eve sont chassés du Paradis par Dieu pour avoir mordu le fruit interdit, celui de la Connaissance:







 L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
 Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.
 Il dit à la femme: J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
 Il dit à l'homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre: Tu n'en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie,
 il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs.
 C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.


(Le Péché Originel)







Arrivés sur la terre, ceux-ci donnent naissance à deux garçons: Caïn, l'aîné, et Abel. Caïn tue son frère, dont l'offrande a été préférée par Dieu: ce meurtre est le premier de l'humanité, et a inspiré de nombreux auteurs à travers les siècles.
Mais revenons d'abord sur la Chute du Paradis: on trouve une allusion à ce passage dans Candide, de Voltaire. En effet, le premier chapitre nous présente Candide, un garçon qui a tout pour être heureux, mais qui, en commettant le Péché "Originel" en embrassant Cunégonde, sa bien-aimée, est chassé du lieu paradisiaque où il vivait pour connaître une vie semée d'embuches.

(Candide chassé de son "Paradis")


Cependant, c'est le mythe d'Abel et Caïn qui suscite le plus d'adaptations de la part des auteurs. Ces deux frères sont en quelque sorte le symbole de la malédiction sur les hommes qui se poursuit de génération en génération...
Déjà, en poésie, avec Baudelaire, qui évoque très souvent la Bible dans ses poèmes (notamment par des métaphores sur la création poétique, comme Apollinaire), qui a écrit un poème qui porte le nom des deux frères, dans la partie Révolte des Fleurs du Mal:

I

Race d'Abel, dors, bois et mange;
Dieu te sourit complaisamment.

Race de Caïn, dans la fange
Rampe et meurs misérablement.

Race d'Abel, ton sacrifice
Flatte le nez du Séraphin!

Race de Caïn, ton supplice
Aura-t-il jamais une fin?

Race d'Abel, vois tes semailles
Et ton bétail venir à bien;

Race de Caïn, tes entrailles
Hurlent la faim comme un vieux chien.

Race d'Abel, chauffe ton ventre
A ton foyer patriarcal;

Race de Caïn, dans ton antre
Tremble de froid, pauvre chacal!

Race d'Abel, aime et pullule!
Ton or fait aussi des petits.

Race de Caïn, coeur qui brûle,
Prends garde à ces grands appétits.

Race d'Abel, tu croîs et broutes
Comme les punaises des bois!

Race de Caïn, sur les routes
Traîne ta famille aux abois.

II

Ah! Race d'Abel, ta charogne
Engraissera le sol fumant!

Race de Caïn, ta besogne
N'est pas faite suffisamment;

Race d'Abel, voici ta honte:
Le fer est vaincu par l'épieu!

Race de Caïn, au ciel monte,
Et sur la terre jette Dieu!



Encore en poésie, Victor Hugo évoque le personnage de Caïn dans quelques vers de La Légende des Siècle. Mais si le mythe vous intéresse, je vous conseille deux livres: Caïn, de Lord Byron, et A l'Est d'Eden de John Steinbeck.

Caïn est une pièce assez courte mais dense de Lord Byron, un auteur que je vous conseille en général tant son oeuvre est fascinante. Dans cette pièce, Caïn, déjà en proie à un malaise intérieur car il ne comprend pas pourquoi il subit les conséquences de l'acte de ses parents, rencontre un être, Lucifer, qui sème le trouble en lui et le pousse à commettre le meurtre de son frère... Une véritable réflexion sur le monde et sur Dieu dans cet ouvrage!

(une récente édition de Caïn)


A l'Est d'Eden, quant à lui, est un roman parmi les plus célèbres de John Steinbeck. Déjà le titre est un appel à la Bible: Dieu, en chassant Adam et Eve d'Eden (le Paradis), décide de les faire vivre à l'est d'Eden... Ce livre est une véritable saga, qui raconte toute l'histoire d'une famille, jusqu'à la naissance de deux frères, Cal et Aaron, abandonnés par leur mère qu'ils croient morte, qui occupent la majeure partie du livre, et dont l'histoire est une métaphore de l'histoire de Caïn et Abel. Cal, en effet, est le vilain petit canard de la famille, et n'arrive pas à attirer l'attention de son père, qui semble préférer son frère Aaron, qui en plus a pour fiancée la fille parfaite, Abra. La vie de Cal est un enfer, car même s'il adore son frère, il ne peut s'empêcher de l'envier... Si vous n'avez pas envie de lire le livre, assez long mais magnifique, je vous conseille, comme souvent déjà, le film d'Elia Kazan, A l'Est d'Eden, centré sur ces deux personnages, avec James Dean et Julie Harris. Une nouvelle version du film serait d'ailleurs en préparation...



(A l'est d'Eden, une interprétation moderne du premier meurtre de l'histoire...)


Les Dix Commandements:
Les Dix Commandements sont un point central de la Bible: dix règles, dix préceptes, que les fidèles se doivent de suivre. Les Dix Commandements sont à la base d'une comédie musicale (je ne m'étendrai pas sur le sujet...) et d'un film avec Charlton Heston (un classique du cinéma américain), mais on les retrouve aussi en littérature, notamment dans Dom Juan de Molière: en effet, dans cette pièce où la religion tient une place importante (on pense par exemple à la scène du pauvre qui refuse de jurer pour de l'argent) le personnage central se vante d'avoir transgressé chacun des Dix Commandements. Bien entendu, Dom Juan finit par être puni, Dieu se vengeant de toutes les injures commises par Dom Juan...

(Dom Juan puni par le Commandeur)


Jésus: un personnage plutôt absent...
La vie de Jésus prend une large partie du Nouveau Testament, et il est l'un des personnages les plus emblématiques de la chrétienté; cependant, on le retrouve très peu en littérature, et bien plus au cinéma (dans la Passion du Christ, par exemple), peut-être en raison de son caractère sacré, auquel on ne saurait s'attaquer. Cependant, l'un des objets liés à Jésus suscite un grand intérêt: il s'agit du Saint Graal, c'est à dire la coupe qui a servi à recueillir le sang du Christ. On retrouve la quête du Graal dans de nombreux romans du Moyen-Âge qui racontent les aventures des chevaliers de la Table Ronde et du Roi Arthur, notamment dans les romans de Chrétien de Troyes (Perceval ou le Conte du Graal par exemple). La série française Kaamelott reprend les personnages de ces histoires.

(les chevaliers de la Table Ronde à la recherche du Graal)

On retrouve également Jésus dans un manga, dont je vous parlerai un peu plus loin. Les apôtres quand à eux, inspirent aussi, mais c'est surtout Judas qui tire la couverture à lui, surtout dans le domaine de la musique: Lady Gaga chante son amour pour Judas, William Control vient de sortir un titre baptisé Kiss Me Judas, et un groupe porte même le nom de l'apôtre traître, à savoir Judas Priest...

(Jésus et les Apôtres inspirent les peintres et les musiciens, mais pas la littérature...)


L'Apocalypse: A quand la fin?
L'Apocalypse n'est pas qu'une question biblique: depuis toujours et dans toutes les cultures, l'homme craint la fin du monde, d'où la création du Paradis et de l'Enfer, comme moyen de rassurer les hommes afin de les inciter à adopter une bonne conduite. Si vous ne devez lire qu'un passage de la Bible, je vous conseille l'Apocalypse, dont la charge symbolique est très intéressante, même si ça fait assez peur. Tout d'abord, en raison de tous les nombres qu'on y trouve: les nombres, lorsqu'utilisés en littérature, ont souvent une très forte charge symbolique. On trouve dans l'Apocalypse le 4, avec les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, utilisés chez Agatha Christie dans Le Cheval Pâle, (ou encore comme surnom de Metallica); le 7, le chiffre de la perfection, qui se réfère aux sept jours de la Création, mais aussi aux sept péchés capitaux, avec beaucoup d'éléments au nombre de sept (les Eglises); le 666, le nombre de la Bête (le 7 est le chiffre parfait, donc le 6, juste avant, est le chiffre "imparfait"), un chiffre qui fait toujours peur, chanté par Iron Maiden, par exemple; ou encore le 12, qui représente les premiers peuples Juifs, et donc les élus de Dieu... Pensez-y pendant vos lectures!

(les Cavaliers de l'Apocalypse)

L'Apocalypse fascine particulièrement les croyances populaires, et particulièrement le monde du cinéma, qui propose fréquemment des films sur cette thématique: 2012, par exemple. La série Buffy contre les vampires (qui devient décidément une référence fréquente dans ce blog!) propose même plusieurs apocalypses au cours de la série, dont une pour laquelle l'héroïne de sacrifie...

(Buffy se sacrifie pour sauver le monde de l'Apocalypse...)


La Bible... en dessin!
Pour finir cet article, je vous propose de passer quelques mangas ou bds en revue, dans lesquels la Bible  est représentée:

-D-Gray Man: pour commencer, les personnages de D-Gray Man sont des exorcistes chargés de détruire les Akuma, des créatures maléfiques. Leurs principaux opposants sont directement inspirés de la Bible: ils se nomment en effet les Descendants de Noé, et on retrouve même dans l'un des volumes une métaphore de l'Arche... Un manga certes axé sur la bastion, mais où la Bible occupe une place assez importante, avec des interprétations intéressantes...

(les exorcistes de D-Gray Man)


-Les Vacances de Jésus et Bouddha: un manga humoristique dans lequel Jésus et Bouddha découvrent notre monde après tous ces siècles passés dans le leur. L'intérêt est la mixité des cultures, et aussi les histoires, drôles et bien trouvées. Un manga très drôle, idéal pour vos vacances, qui vous apprend des choses!

(Jésus et Bouddha découvrent notre monde!)


-Passe moi l'ciel: une bande-dessinée française qui se passe après la mort, avec en personnage principal Saint Pierre. C'est une bd drôle, pour passer un bon moment.


Pour conclure, j'espère vous avoir montré, ne serait-ce qu'un peu, l'importance de la Bible en littérature. Bien entendu, beaucoup d'autres livres abordent des thèmes bibliques, ou mettent la religion en premier plan: on peut citer en exemple le Da Vinci Code de Dan Brown, dont le succès est en grande partie expliqué par son interprétation de la religion! Je vous propose de laisser vos suggestions en commentaire, de livres, films, ou bandes-dessinées!

AnGee Ersatz*





Si vous avez aimé...

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...