Affichage des articles dont le libellé est Documentaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Documentaire. Afficher tous les articles

mercredi 10 janvier 2018

Victorian Bakers (BBC).



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique ! Nous nous retrouvons aujourd’hui pour parler non pas de littérature mais d’Histoire : vous le savez peut-être déjà si vous êtes familiers avec le blog, mais ma période historique préférée est l’ère victorienne. Après l’avoir longtemps étudié à la fac, je continue encore à me pencher régulièrement dessus et à faire des recherches sur de nombreux thèmes concernant cette époque. Depuis plusieurs années, la BBC réalise des documentaires autour de cette période sur différentes thématiques : j’ai déjà eu l’occasion de vous parler de Victorian Farm et de Victorian Pharmacy, deux séries mettant en scène des historiens et professionnels dans la peau de victoriens. Cette fois, c’est Victorian Bakers qui nous intéresse ! En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une très bonne lecture ! :)

Victorian Bakers :
Présentation du documentaire:
Plongeons nous dans le monde des Victorian Bakers avec, pour commencer, une petite présentation de l’émission. Comme c’était déjà le cas pour Victorian Farm et Victorian Pharmacy, il s’agit d’une mini-série documentaire réalisée et diffusée par la BBC. Cette édition comprend quatre épisodes (trois normaux et un épisode spécial Noël, que malheureusement je n’ai pas vu) qui dure environ une heure chacun. Pour animer l’émission, nous retrouvons une équipe de six personnes, composée de deux historiens (Annie Gray et Alex Langlands, qui a déjà participé aux précédents programmes de la BBC sur les Victoriens) et de quatre professionnels de la boulangerie/pâtisserie : John Swift, dont la famille travaille dans la boulangerie depuis cinq générations ; John Foster, industriel ; Harpreet Baura, pâtissière ; et Duncan Glendinning, artisan boulanger.
Le documentaire se découpe de la façon suivante : chaque épisode se focalise, chronologiquement, sur une période du règne de Victoria. A chaque époque est liée une version du métier, comme je vous l’expliquerai plus loin.
A travers ces trois épisodes (plus l’épisode de Noël) sont explorés les défis et challenges que devaient relever les victoriens ainsi que l’évolution du métier de boulanger du début à la fin du règne de Victoria.

La boulangerie à l’ère victorienne :
En 63 ans (la durée du règne de Victoria), l’Angleterre a drastiquement changé. D’un pays principalement rural, elle est devenue une puissance mondiale où la population (qui a énormément augmenté) vit majoritairement dans les villes. L’import de marchandises du monde entier ainsi que son pouvoir colonial font de l’Angleterre une forte économique et politique. Autant le dire, la vie des victoriens n’a pas cessé d’évoluer en plus de soixante ans.

Le premier épisode se focalise sur le milieu rural, campagnard des années 1830s/1840s, représentatif de l’Angleterre de l’époque : en effet, bien avant d’envahir les villes, la population était plutôt concentrée dans les campagnes. On trouvait en général un seul office de baker pour toute une population, ce qui évitait la concurrence : cette occupation prenait de plus tellement de temps dans une journée qu’une production maison était compliquée. Les bakers avaient donc toujours de la clientèle et du travail. La même famille travaillait à la préparation du pain : plusieurs mains étaient nécessaires pour mélanger la pâte, préparée dans un grand baquet, puis pour peser les pains avant de les enfourner dans un fourneau qu’il fallait au préalable allumer. La journée ne s’arrêtait pas à ce long travail épuisant car il fallait aussi parcourir de nombreux kilomètres pour aller apporter le pain aux clients et habitants de la région.

Les années 1870s, sujet du second épisode, sont marquées par un premier changement drastique : on passe de la campagne à la ville. Les industries se multiplient à une vitesse folle et il faut pouvoir nourrir tous les travailleurs. Si le processus de préparation du pain n’a en soi pas vraiment changé, les conditions de vie et de travail des bakers sont quant à elles bien moins enviables : souvent relégués dans des caves sans lumière ni aération, ils travaillent pour un salaire de misère. La pâte est également souvent modifiée pour couper les coûts, en remplaçant par exemple une partie de la farine par de la craie.

Heureusement, les années 1900s sont le symbole de temps meilleurs pour les bakers : ils quittent les ateliers sombres et sales des industries pour établir de véritables boutiques et devenir de vrais commerçants. Ils portent des uniformes, composent des vitrines et surtout diversifient grandement leur production pour pouvoir assurer face à la concurrence et attirer les clients fortunés. Gâteaux, pâtisseries, chocolats et tartes aux fruits font leur apparition.

De production familiale et rurale à véritable business aidé par la mécanisation, Victorian Bakers nous montre les incroyables changements de l’un des métiers les plus nécessaires du pays.



Quand la cuisine reflète les conditions sociales :
A travers ses différents épisodes, Victorian Bakers ne se contente pas de nous présenter l’évolution d’un corps de métier : le documentaire s’intéresse aussi grandement à la société qui l’accompagne. Et à travers le portrait des bakers de l’époque, on découvre aussi les conditions sociales parfois terribles de ce temps.
Reprenons l’ordre chronologique des épisodes : à la campagne, la population rencontrait plusieurs défis aux conséquences parfois vitales. La famine rodait souvent et s’abattait sur les familles dès que les récoltes étaient mauvaises. Le pain était la source majeure de calories à l’époque et donc consommé en grande quantité. Pour pouvoir tout de même se nourrir lorsque les finances étaient au plus bas, on s’orientait sur des pains moins chers ou parfois même la nourriture donnée aux poules, le « chicken feed ». 

La précarité devient encore plus problématique avec l’implantation rapide des industries et le développement des villes. Si le travail était déjà difficile à la campagne, les bakers bénéficiaient quand même d’une vie plus saine, avec la possibilité d’avoir le grand air et de produire des compléments utiles pour leur survie (du petit bétail par exemple). Dans les villes, rien de tout ça n’est possible : les bakers, principalement des hommes, travaillent dans des caves qui deviennent de vraies fournaises, transpirant tellement dans la pâte que cela pose des questions d’hygiène pour le consommateur. Les maladies se propagent et avec la dureté des conditions de travail, leur espérance de vie est faible. Les industriels, pour économiser les coûts, n’hésitent pas à exploiter leur main d’œuvre. Tout est insalubre et dangereux. 

Si les bakers appartenaient à la plus basses couches de la main d’œuvre industrielle, parmi les moins payés, ils parviennent à atteindre un tout autre statut au tournant du siècle. En ouvrant leurs propres échoppes, ils deviennent de véritables commerçants de la classe moyenne. Un changement de statut qui s’accompagne d’une apparence bien plus élégante, avec des tenues professionnelles et bien plus hygiéniques. L’activité est facilitée par la mécanisation et diversifiée par des pâtisseries aussi élégantes que « kitsch » à nos yeux. Plus rien à voir avec le pain simple et à but purement nourrissant des débuts…

Ce que j’ai pensé du reportage :
Après avoir adoré le livre de Ruth Goodman, How to be a Victorian, et vu les séries Victorian Pharmacy et Victorian Farm (également des petits coups de cœur), je n’ai pas hésité très longtemps avant de regarder Victorian Bakers. Si le sujet ne parait pas forcément très palpitant à première vue, j’étais sûre que la qualité serait au rendez-vous et que, contrairement aux apparences, j’apprendrais énormément de choses. Trois épisodes plus tard, je peux le dire : j’ai beaucoup aimé Victorian Bakers, un digne successeur de Victorian Pharmacy et Victorian Farm !

Dans cette édition, j’ai particulièrement aimé le casting. Je dois dire que j’étais un peu déçue de ne pas retrouver Ruth Goodman, dont l’humour et la bonne humeur me font toujours beaucoup sourire, mais l’équipe de ce documentaire est tout aussi sympathique. Ce que je trouve réussi, c’est d’avoir pu rassembler des profils différents, ce qui permet d’avoir plusieurs expertises et points de vue. Les historiens, comme ils le disent souvent, apportent les livres et leurs connaissances, tandis que les boulangers utilisent leur savoir et leurs compétences pour faire revivre un morceau d’Histoire.



Cette équipe est donc très dynamique et joue vraiment le jeu : on voit les boulangers travailler d’arrache-pied et se mettre autant que possible dans les conditions de l’époque. Ils malaxent, piétinent, pèsent, coupent, découpent sans répit. On sent aussi que l’expérience est à la fois passionnante et éprouvante pour eux, qu’ils apprennent beaucoup de choses tout en découvrant de nouvelles facettes de leur métier. Pour eux, qui conçoivent du pain tous les jours, c’est une vraie découverte.

Pour ce qui est du spectateur, nous apprenons également énormément avec ce programme. On ne se contente pas de simplement regarder des gens faire une pâte à pain. A travers la réalisation des fournées, nous découvrons les multiples facettes du métier de boulanger, l’évolution qu’a pu connaître cette profession en 60 ans, et aussi, tout simplement, comment est fabriqué le pain. J’ai par exemple trouver le processus pour prélever le « yeast » de la bière vraiment intéressant, c’est quelque chose que je ne connaissais absolument pas. On en apprend aussi sur les coutumes alimentaires de l’époque : le troisième épisode intéressera particulièrement les fans de pâtisseries, avec des préparations victoriennes bien différentes de ce que nous pouvons trouver aujourd’hui en rayon.

Tout l’aspect social qui se cache derrière que je trouve palpitant. Je l’ai déjà dit, mais je suis vraiment passionnée par cette période, et tout ce qu’on peut apprendre dans ces documentaires est le bienvenu. Il est facile de se figurer une version fausse de l’époque victorienne avec des femmes en belles robes et des messieurs au visage austère, parce que c’est ce qu’on nous montre le plus souvent. Cependant, l’ère victorienne est aussi marquée par une population très précaire, une explosion de la criminalité et des conditions de vie terriblement lugubres. 

Pouvoir découvrir un morceau d’Histoire avec un morceau de pain, c’est une idée que j’ai trouvée intéressante. Le pari est réussi pour la BBC qui nous propose une fois de plus un documentaire passionnant et prenant, loin d’être ennuyant. Une petite pépite que je recommande à celles et ceux qui aiment l’Histoire de la cuisine ou l’époque victorienne !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette incursion dans le monde des Victoriens vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire, je vous réponds toujours avec plaisir ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

mercredi 31 août 2016

Challenge Tudors #6: Tudor Monastery Farm (2013).



Bonjour à tous et à toutes!

Je suis AnGee du Livroscope! J'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique! On se retrouve aujourd'hui pour le dernier article du mois, qui portera sur une nouvelle étape du Challenge Tudors de Shelbylee et Titine. Après avoir parlé du roman The Taming of the Queen de Philippa Gregory, je vous propose de nous pencher sur une série documentaire de la BBC, intitulée Tudor Monastery Farm. A travers six épisodes d'une heure, nous découvrons la vie d'une ferme tenue par un monastère de l'époque des Tudors. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture! :)

Le Challenge Tudors:
Pour commencer cette chronique, je tiens à vous donner quelques informations sur le Challenge Tudors. Il s'agit d'un Challenge lancé par deux blogueuses, Titine de Plaisirs à Cultiver et Shelbylee de Shelbylee is daydreaming. Passionnées par les Tudors, elles ont décidé de proposer un Challenge mettant en avant cette dynastie. Chaque mois, je vous propose donc un petit article autour des Tudors. Si vous avez envie d'en savoir plus sur ce Challenge ou (re)lire mes précédentes chroniques, je vous laisse suivre les liens ci-dessous!


Tudor Monastery Farm:
Le principe:
Au début du mois, je vous ai présenté le livre How to be a Victorian de Ruth Goodman, et j'en avais profité pour vous parler un peu de deux séries documentaires pour la BBC: Victorian Farm et Victorian Pharmacy. Tudor Monastery Farm est une série sur le même principe. Nous faisons un voyage dans le temps, remontant plusieurs siècles en arrière, pour découvrir avec des intervenants historiens la vie telle qu'elle pouvait être à l'époque dans une ferme gérée par un monastère.
Nous suivons donc trois intervenants: Ruth Goodman, historienne, Peter Ginn et Tom Pinfold, archéologues. A travers six épisodes d'une heure, nous découvrons les différentes activités: gestion du bétail, culture, ménage, devoir religieux mais aussi loisirs, voilà les principaux sujets abordés.
Peu après la diffusion de la série, un épisode spécial Noël fut également diffusé. 
A présent, penchons nous un peu sur ce qu'on peut trouver dans cette petite série. 

Une petite présentation des épisodes:
Comme je l'ai mentionné un peu plus haut, Tudor Monastery Farm comprend six épisodes, d'une heure chacun environ. A travers ces épisodes, on en apprend énormément sur la vie d'une ferme monastique de l'époque des Tudors.
Ce n'est pas une simple ferme qu'on nous propose de découvrir mais une ferme monastique, ce qui signifie qu'elle est gérée par un monastère. Cette mini-série est l'occasion de nous rappeler qu'avant le règne d'Henry VIII, qui chamboula de façon assez dramatique le fonctionnement religieux en Angleterre, la religion catholique représentait un pouvoir non négligeable. Les monastères étaient considérés comme un pouvoir fort, gérant d'une main de maître les campagnes. La religion est donc un sujet important: on découvre le rôle du monastère dans la gestion de l'agriculture mais aussi de la culture et de la cuisine. C'est dans le monastère qu'on trouvait les machines les plus avancées de l'époque pour faire du tissu, presser des livres, faire du papier. C'était aussi le monastère qui gérait une partie du commerce. La vie des paysans était également construite en fonction des fêtes religieuses. Autant dire que la religion était très importante à l'époque!



En ce qui concerne l'agriculture, on découvre de nombreuses choses. A l'aide de manuels publiés à l'époque sur la gestion du bétail ou des champs, Peter Ginn et Tom Pinfold tentent de faire pousser des graines, de soigner les animaux et apprennent aussi à tondre les moutons, dont la laine représentait un incontournable de l'époque. 

Ruth s'occupe plutôt de tout ce qui concerne la maison. Elle file la laine, presse du fromage et s'occupe du ménage, de la cuisine, de la lessive et des remèdes. Elle nous montre ainsi que malgré une science très hésitante et une technologie assez peu développée, les Tudors savaient faire preuve d'ingéniosité dans leur vie quotidienne. La réalisation du fromage, dans une pièce conçue spécialement pour ça, en est un bon exemple.
La série aborde aussi les plaisirs de la vie quotidienne. Car même si le travail était important, les Tudors ne passaient pas non plus toute la journée au champ. C'est intéressant de constater que la religion était d'ailleurs souvent associée à des événements sociaux joyeux et conviviaux, ce qui tranche avec l'image très "sérieuse" qu'on peut en avoir. Pièces, marchés, fêtes, on ne s'ennuyait pas!

Ce que j'en ai pensé:
Grande fan d'Histoire, et plus particulièrement d'Histoire britannique, j'aime regarder à l'occasion des séries ou des documentaires. Et comme ma préférence va à l'ère victorienne, j'avais d'abord regardé Victorian Farm et Victorian Pharmacy, que j'avais adorés. C'est donc sans aucune hésitation que j'ai ensuite décidé de me lancer dans le visionnage de Tudor Monastery Farm, tant pour satisfaire ma curiosité que pour avoir quelque chose d'un peu différent à vous présenter sur le blog. Qu'en dire? Et bien si vous vous intéressez à l'époque des Tudors, je vous recommande chaudement cette mini-série, tout simplement passionnante.


Le premier point fort de Tudor Monastery Farm réside dans ces intervenants, qui sont non seulement très intéressants mais qui donnent aussi vie au programme. Je connaissais déjà Ruth Goodman et Peter Ginn, pour les avoir vus dans les autres programmes, et je les ai trouvés (ainsi que Tom Pinfold) investis dans ce qu'ils faisaient, expliquant de façon simple et concise les différentes activités. J'apprécie en particulier Ruth Goodman, dont la bonne humeur est vraiment communicative. En plus de ces trois intervenants, on en découvre beaucoup d'autres, spécialisés dans des domaines très précis (les vitraux, la laine, le papier, par exemple) qui sont eux aussi très intéressants.

Six épisodes d'une heure chacun, ça peut s'avérer très long si le programme est ennuyant. Mais heureusement, je n'ai pas trouvé que c'était le cas ici. Chaque épisode propose de découvrir non seulement plusieurs activités, mais mixe aussi les différents thèmes que j'ai mentionnés un peu plus haut. Ce qui donne un résultat très dynamique: il se passe tout le temps quelque chose. Et moi qui m'intéresse davantage à l'aspect "vie quotidienne", je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer sur les sujets qui m'intéressent un peu moins, comme l'agriculture.



Un autre élément que j'ai particulièrement apprécié, c'est le sujet en lui-même: une ferme monastique. Nous voilà donc propulsés dans une Angleterre pré-Henry VIII, alors que le pays est encore catholique. C'est une période que je connais au final assez peu, n'ayant étudié que la réforme et les changements religieux. J'ai donc trouvé que c'était passionnant et que ça donnait un autre aperçu de l'Angleterre.

Tudor Monastery Farm est un programme vraiment passionnant, que j'ai énormément aimé découvrir et que je recommande à celles et ceux qui s'intéressent à cette période. Je n'ai pas encore eu l'occasion de me pencher sur l'épisode spécial Noel, mais je sais que je le ferai prochainement!

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que cette chronique vous plait, n'hésitez pas à me le faire savoir en commentaire. On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant prenez soin de vous et lisez beaucoup! :)

AnGee.


jeudi 26 mars 2015

In Love With Shakespeare #6: In Search of Shakespeare (Documentaire BBC).



Bonjour à tous et à toutes! 

Je vous souhaite la bienvenue sur le Livroscope! J'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour nouvelle chronique! Mars touche à sa fin, et il nous reste trois chroniques à découvrir dans le cadre du mois Shakespeare. Après vous avoir présenté l'une de ses pièces ainsi qu'une biographie le concernant, j'ai choisi aujourd'hui de m'attaquer à un format un peu différent: le documentaire! En effet, en préparant ce mois à thème, je suis tombée sur un documentaire de la BBC datant de 2004, portant le nom de In Search of Shakespeare. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture! :)

Le Mois Shakespeare:
Petit rappel, avant d'aller plus loin, pour ceux qui découvrent le blog pour la première fois ou ne sont pas venus depuis longtemps: ce mois de Mars est consacré au célèbre dramaturge et poète William Shakespeare, qui est l'une des incarnations de la littérature britannique. Cinq articles seront en tout postés sur le blog, et deux vidéos sont également en préparation pour ma chaîne YouTube. Si le programme vous intéresse, je vous laisse suivre les liens ci-dessous.


In Search of Shakespeare:
Présentation du documentaire:



Entrons à présent dans le vif du sujet, et penchons nous un peu sur le documentaire en question. In Search of Shakespeare est un documentaire en quatre parties (chacune dure environ une heure), réalisée par la célèbre chaîne BBC. Il fut diffusé pour la toute première fois en 2004, sur plusieurs semaines. Le documentaire est présenté par Michael Wood, un historien et présentateur anglais né en 1948, et qui travaille régulièrement sur des programmes historiques (c'est un peu le Stéphane Bern anglais, en fait!). 
Les quatre parties (que je présenterai plus loin) s'intitulent A Time of Revolution, The Lost Years, The Duty of Poets et For All Time. Elles sont montées sous la forme d'un road-trip chronologique, où Michael Wood entraîne le spectateur dans divers lieux où Shakespeare a vécu ou aurait vécu. On retrouve également des extraits de différentes pièces de l'auteur, ainsi que la visite de nombreux domaines et la découverte de documents rares. Le but est de faire découvrir la vie peu connue de l'auteur le plus connu du monde. 
Si vous souhaitez voir le documentaire, sachez qu'il est disponible en DVD (notamment via Amazon), ou sur YouTube. En revanche, il n'existe pas, à ce que je sache, de version française. 

Michael Wood.
Résumé des différentes parties:
Comme mentionné plus haut, le documentaire se découpe en quatre parties, qui durent chacune à peu près une heure. 
Le premier volet du documentaire se nomme A Time of Revolution et sert à nous présenter, dans le même temps, les premières années de la vie de William Shakespeare et également l'époque dans laquelle il grandit. William Shakespeare est né en 1564, vraisemblablement (selon les registres) le 26 Avril à Stratford-Upon-Avon. La deuxième moitié du 16ème siècle est une période troublée, minée par les conflits religieux qui déchirent le pays depuis des décennies. Mais de nombreuses avancées sont à noter: William a l'opportunité de suivre une bonne éducation, apprenant le Latin et étudiant les auteurs classiques. L'art, et notamment le théâtre, devient de plus en plus présent dans le quotidien: des troupes itinérantes parcourent le pays pour présenter de très nombreuses pièces. Pourtant le parcours prometteur de William Shakespeare connait un premier revers à l'adolescence, lorsque son père, qui était jusqu'alors à la tête d'un commerce florissant dans les gants, perd son argent et aussi sa bonne réputation. Le jeune homme doit donc arrêter ses études et travailler. Très vite, il se retrouve également à la tête de sa propre famille, puisqu'il épouse (à 18 ans) Anne Hathaway (comme l'actrice), enceinte et âgée de plusieurs années de plus. La première partie se clôt donc sur ce tournant dans la vie du futur dramaturge. 
La seconde partie, The Lost Years, s'attaque à la lourde tâche de trouver des réponses à des questions qui se posent souvent lorsqu'on s'intéresse à Shakespeare: comment et pourquoi a-t'il quitté Stratford-Upon-Avon, comment est-il arrivé à Londres, et qu'a t'il fait entre temps? Le documentaire propose une piste selon laquelle Shakespeare aurait passé quelques années dans le Lancashire, terre des catholiques (Shakespeare aurait été élevé par une famille catholique), avant de retourner auprès de sa femme, avec laquelle il a déjà trois enfants. Shakespeare rejoint ensuite la troupe des Queen's Men, une compagnie théâtrale avec laquelle il parcourt le pays. Il commence également à écrire ses premières pièces, arrive à Londres et rencontre Christopher Marlowe, un autre auteur très prometteur. Le documentaire nous présente un peu plus en détails ce personnage de Christopher Marlowe, sa carrière mais aussi son potentiel rôle d'espion. En 1592, Shakespeare connait son premier gros succès avec Henry VI, succès qui marque un tournant dans sa carrière. 
The Duty of Poets, la troisième partie, nous entraîne à l'apogée du théâtre élisabéthain, dans les années 1590. De très nombreux dramaturges et poètes se font connaitre et rencontrent le succès. Néanmoins, c'est une période difficile pour les catholiques: la répression des catholiques est de plus en plus sévère, les maisons sont fouillées, des personnes arrêtées. Se posent alors la question du devoir du poète: doit-il glorifier Dieu (et si oui, quelle conception de Dieu? Celle des catholiques ou des anglicans?) ou autre chose? Chez Shakespeare, la réponse est claire: c'est l'amour qui guide sa plume, thématique que l'on retrouve dans plusieurs de ses oeuvres. Shakespeare est également très marqué par la mort de son unique fils, Hamlet, en 1596, une mort qui marquera son oeuvre. Le documentaire aborde aussi les difficultés qu'affrontent les artistes à l'époque, difficultés qu'ils décident de résoudre en traversant la Tamise pour construire un nouveau théâtre: le Globe, symbole du théâtre élisabéthain. C'est aussi l'époque des grandes tragédies de Shakespeare, comme Hamlet ou Othello, qui renforcent définitivement son statut d'auteur phare de la fin du siècle. 

The Globe.


Nous arrivons à la dernière grande partie de In Search of Shakespeare, For All Time. Le théâtre s'est imposé comme une force culturelle mais aussi politique, avec laquelle on fait passer des messages. En 1603, la reine Elizabeth meurt, et est remplacé par James I, le fils de son ennemie de toujours. James se présente comme un roi cultivé, qui fait de la troupe de Shakespeare les King's Men, autrement dit la troupe royale. Cependant, l'espoir qui était arrivé avec ce nouveau roi se fane petit à petit: les persécutions religieuses reprennent, et le Gunpowder Plot (un attentat avorté contre la famille royale et le parlement, en 1605) est loin d'apaiser les tensions. Shakespeare se sert de son oeuvre pour questionner et traiter ce qui se passe: c'est le cas de Macbeth, par exemple, ou de King Lear. En 1608, il ouvre un second théâtre, plus confidentiel, le Blackfriars. C'est une période de prospérité pour lui, mais aussi pour les artistes en général: les acteurs sont de plus en plus reconnus, leur statut est reconnu. Cependant, alors qu'il est au sommet de sa gloire, Shakespeare choisit de retourner à Stratford-Upon-Avon, auprès des siens. Pourquoi? Michael Wood avance plusieurs idées: le choix de retourner dans sa famille, qui s'agrandit avec des petits-enfants, ou la volonté de s'effacer avant l'arrivée d'une nouvelle génération? Quoi qu'il en soit, il meurt en 1616, dans des circonstances assez floues. Son oeuvre est rassemblée par ses amis, en trente-sept pièces, imprimées et publiées: c'est cet héritage qu'il nous reste aujourd'hui de cet immense dramaturge. 

Les grandes thématiques abordées:
En environ quatre heures, le documentaire In Search of Shakespeare nous introduit à la vie de Shakespeare, mais traite aussi divers thèmes autour de l'auteur et de l'époque dans laquelle il vit.
L'une de ces thématiques est la question religieuse, très présente: le pays est alors enfoncé dans des conflits religieux complexes depuis plusieurs décennies. Henry VIII s'est mis à dos le pape, a renié la religion catholique pour fonder l'anglicanisme. Depuis, les persécutions sur les croyants de "the old faith" se multiplient, les retournements de situations s'enchaînent, les catholiques se réfugient dans des terres réputées catholiques. On nous parle aussi beaucoup des croyances de Shakespeare.
Le statut des artistes à l'époque est également évoqué: quel rôle ont-ils? Que peuvent-ils se permettre?  Quelles sont les tendances de l'époque? C'est surtout la troisième partie sur le rôle des poètes que ces questions sont abordées, mais elles sont très intéressantes! 
Le documentaire traite aussi beaucoup de la vie personnelle de Shakespeare, en avançant plusieurs théories pour les questions un peu plus floues. On nous présente une grande quantité de lieux et de documents qui enrichissent vraiment le documentaire! J'ai par exemple beaucoup aimé les différentes façons d'écrire Shakespeare, c'est assez surprenant!

Ce que j'en ai pensé:
En préparant le mois Shakespeare, je cherchais à vous présenter non seulement des oeuvres de l'auteur, mais aussi à trouver d'autres éléments pour ceux qui voulaient découvrir Shakespeare autrement. Après la très bonne biographie de Stephen Greenblatt, c'est donc un documentaire que j'ai choisi de vous présenter. J'aime beaucoup regarder des documentaires historiques (j'adore par exemple les Secrets d'Histoire) ou littéraires, aussi celui-ci m'intéressait beaucoup! Alors, qu'est-ce que ça donne? Et bien In Search of Shakespeare est un documentaire très intéressant, avec beaucoup de qualités, mais pas dénué de points qui sont pour moi des petits défauts.


Le Blackfriars.
Commençons par les points forts. Tout d'abord, j'ai trouvé que le documentaire était dans l'ensemble passionnant: Michael Wood est un hôte vraiment sympathique et agréable, on a envie de le suivre à la découverte de Shakespeare. Et en parlant de découverte, on apprend énormément de choses dans ce documentaire! Même moi qui travaille souvent sur Shakespeare avec mes études ou le blog, j'ai appris des choses, découvert des théories, des noms, des lieux que je ne connaissais pas grâce à In Search of Shakespeare. C'était vraiment très enrichissant, j'ai pris beaucoup de notes pendant mon visionnage.

Le documentaire est également plutôt bien construit. J'ai apprécié le côté "road-trip", avec notre présentateur qui nous entraîne dans de nombreux endroits, un peu partout, et les rencontres effectuées dans ces endroits: j'ai adoré, par exemple, le passage chez les tailleurs qui montraient les tissus utilisés pour les cérémonies de couronnement, ou dans les théâtres. Il y a aussi un bon équilibre entre la présentation de Shakespeare et de son oeuvre, l'explication du contexte, les rencontres... J'ai aimé l'utilisation des documents et des sources, on a vraiment accès à des éléments précieux et rares! 

En ce qui concerne la durée, j'avoue que l'idée de regarder un documentaire de quatre heures fait un peu peur, mais le découpage en partie permet de regarder un épisode quand on le veut (en ce qui me concerne je les ai regardés deux par deux, sur deux semaines). Il est aussi possible de regarder chaque partie à partie, si une partie vous intéresse plus que les autres, mais vous risquez de passer à côté de quelques éléments. 



Les thématiques abordées sont elles aussi vraiment très intéressantes. Ce n'est pas juste un documentaire biographique tout bête, non, on nous détaille également beaucoup de choses sur le contexte, les proches de Shakespeare, la situation politique, religieuse, sociale, culturelle de l'époque. Mon seul bémol dans cette catégorie: j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de répétitions en ce qui concerne les conflits religieux, au détriment peut-être des autres thèmes. Certains éléments reviennent très souvent et c'est un peu dommage.

Mon gros bémol après avoir vu ce documentaire réside dans l'utilisation des extraits de pièces (d'ailleurs, on voit un jeune Eddie Redmayne à un moment!), utilisation parfois hasardeuse. Si à certains moments les extraits sont cohérents avec ce qu'on nous présente (une oeuvre, un élément dans la vie de Shakespeare, un thème), il y a parfois plusieurs minutes où des extraits sont condensés de façon un peu aléatoire, sans vraiment de raison. Et ça donne malheureusement l'impression que les monteurs ont voulu faire du remplissage pour arriver à 55 minutes ^^. C'est un petit point négatif, rien de très grave, mais je tenais à le mentionner. 

En bref, si vous êtes intéressés par Shakespeare et que vous êtes anglophones, je vous conseille fortement ce documentaire! 

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que cette chronique vous a plu, n'hésitez pas à me le faire savoir en commentaire, je vous répondrai avec plaisir! On se retrouve d'ici quelques jours, en attendant prenez soin de vous! :)

AnGee Ersatz*



Si vous avez aimé...

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...