samedi 8 septembre 2012

Challenge Destins de Femmes #2: Joyce Carol Oates, Zarbie les Yeux Verts.




Bonjour à tous!

Aujourd'hui, je vous retrouve pour ma deuxième participation au Challenge de Tête de Litote, Destins de Femmes. Avant de commencer à vous parler du livre que j'ai lu pour l'occasion, je tenais à vous remercier, car vous êtes de plus en plus nombreux sur le blog, et j'en suis très touchée! N'hésitez pas à rejoindre la page Facebook aussi, vous y trouverez du contenu que j'espère intéressant!





Pour ma deuxième participation à ce challenge, j'ai décidé de vous parler d'un roman que j'ai choisi un peu par hasard dans ma librairie, Zarbie les Yeux Verts de Joyce Carol Oates. Ma mère m'avait déjà parlé de Joyce Carol Oates, et j'étais intriguée, bien décidée à découvrir son oeuvre. Le titre a attrapé mon oeil, ainsi que la couverture, montrant une fille, assez floue, rousse, dont la seule chose vraiment définie est sa main. Sans vraiment me pencher sur l'histoire, j'ai ouvert ce livre, que j'ai lu d'une traite! J'espère vraiment vous donner envie de découvrir ce roman, une excellente découverte pour moi!




Résumé: 
Francesca, alias Franky, est la fille de Reid Pierson, un ancien sportif très populaire reconverti en commentateur sportif, et de Krista. Elle vit avec sa soeur Samantha et son demi-frère Todd à Seattle, et s'apprête à rentrer au lycée. La vie est belle pour la famille. Un soir, alors qu'elle est dans une fête, un garçon plus âgé qu'elle tente de la violer. Avec une énergie qu'elle ne soupçonnait et dont elle ne se savait pas capable, Franky se défend; le garçon, paniqué, la surnomme "Zarbie les Yeux Verts".

(la couverture américaine, où les yeux de l'héroïne attire le regard du lecteur)


Mais, peu à peu, des tensions apparaissent dans le couple de ses parents: sa mère, qui ne supporte plus de faire la potiche auprès de son père dans des soirées entre gens de la haute, où personne ne la remarque, où on la dédaigne. Son rêve: devenir artiste, un rêve que son mari ne partage pas. Malgré tout, elle passe de plus en plus de temps dans un petit bungalow qui lui sert d'atelier. La famille se fracture lentement: le grand frère est parti pour ses études, les parents se croisent dans la grande maison où ils vivent. D'un côté, Franky écoute son père qui critique, violemment, son épouse, et en veut à sa mère, cette mère qui l'abandonne; mais de l'autre, Zarbie sent bien que la situation et les apparences ne sont pas forcément pas ce qu'elles ont l'air d'être...

Franky et Zarbie, l'histoire d'une évolution.
Bien plus qu'une histoire familiale, Joyce Carol Oates nous raconte ici l'évolution d'une jeune adolescente, Franky, qui cherche son identité.

Zarbie est le nom que Franky donne "affectueusement" à cette nouvelle partie d'elle qui la pousse à ne pas se laisser faire, à ne pas tout accepter, à se rebeller, à devenir maîtresse d'elle-même, une partie qu'elle cherche parfois à repousser, mais qu'elle accepte de plus en plus...

(photo trouvée sur le net. Le nouveau reflet que le miroir renvoie à Franky lui plaît, et lui fait peur en même temps...)


Dès le premier chapitre, on comprend que Franky est une adolescente qui se cherche: dans une fête avec des gens plus âgés qu'elle, elle est ravie d'arriver à attirer un beau garçon. Une quête du regard et de l'approbation qu'on retrouve à de nombreuses reprises dans le roman, en particulier face aux personnages masculins, une quête typique de l'âge adolescent. L'écrivain cherche à nous montrer la fracture qui se provoque à l'adolescence: notre héroïne est d'une part Franky, la fille qui écoute son père, le suit coûte que coûte, et d'autre part Zarbie, qui voit plus loin, une marque de rébellion, de la "femme" qui se libère de plus du joug de son père et aspire à la liberté que cherche sa mère. L'autorité de son père représente pour elle, malgré la peur qui lui inspire, la sécurité d'une famille, face à la vie de bohème de sa mère. 

Ce roman est composé de plusieurs escalades, qui créent la tension de l'histoire: l'escalade de Franky dans l'adolescence, l'escalade de l'emprise du père sur ses enfants, et surtout sur ses filles, et parallèlement à celle-ci une escalade de la violence. Plus Zarbie se manifeste, plus son père se montre violent avec elle. On le voit par exemple lors du chapitre sur le 4 Juillet. Et plus sa mère cherche la liberté, plus les mensonges se multiplient, plus Franky s'éloigne consciemment de sa mère...

(Joyce Carol Oates a particulièrement travaillé son héroïne)


Joyce Carol Oates a essayé (avec succès, je trouve) d'installer une tension toujours croissante. Du coup, elle privilégie vraiment son personnage à son histoire: certains trouveront certainement l'histoire banale, mais on ne peut pas faire l'impasse sur le personnage de Franky. Sans nous trouver dans la même situation qu'elle, nous avons tous eu, à l'adolescence, cette sensation qu'une partie de nous veut à tout prix rester en enfance, alors qu'une autre cherche à nous faire ouvrir les yeux sur la réalité des choses, même les plus dures.

Je vous conseille donc ce livre, non pas pour l'histoire, intéressante, mais pour Franky, une héroïne intéressante. J'ai beaucoup aimé la façon de dépeindre l'adolescence de Joyce Carol Oates. Je vous donne rendez-vous en Octobre pour ma troisième lecture de ce Challenge, et en attendant, sur le blog, avec d'autres articles!

AnGee Ersatz*

mercredi 5 septembre 2012

Challenge "Destins de Femmes" #1: Fragments, de Marilyn Monroe.





Bonjour à tous!



Aujourd'hui, un nouvel article inédit d'un genre jusqu'à présent dans le blog. En effet, inscrite depuis peu sur le site Livraddict (que je vous conseille vivement!), j'ai décidé de participer à un challenge de lecture, organisé par une demoiselle qui répond au nom original de Tête de Litote. Elle vous propose de lire, pendant un an, autant de livres que vous le pouvez sur les femmes: il peut s'agir de romans, d'autobiographies, d'essais... Le principal: le livre doit avoir comme personnage principal une femme.

Plusieurs catégories sont proposées:

Petite féministe: entre 1 et 5 livres.
Femme libérée: entre 5 et 10 livres.
Militante assumée: entre 10 et 15 livres.
Simone Veil: 15 livres et plus.

Comme je suis une "ouf", j'ai décidé de m'inscrire dans la catégorie "Simone Veil". Si ce challenge vous intéresse, visitez le lien suivant!



Vous pouvez également découvrir d'autres challenges sur le forum de Livraddict.

Pour mon premier livre, j'ai choisi Fragments, de Marilyn Monroe, aux éditions Points.




Pourquoi j'ai choisi ce livre?
Marilyn Monroe est un personnage qui m'intrigue: j'ai eu l'occasion de voir la plupart de ses films (dont the Misfits, que j'ai adoré), et j'ai lu une de ses biographies, par Anne Plantagenet, grâce à laquelle j'ai découvert cette actrice sous un nouveau jour, celui d'une femme qui, sous des airs souriants et un peu naïfs, souffrait d'une grande solitude. Pour moi, Marilyn Monroe est l'une des incarnations de la féminité à l'américaine, mais avec une personnalité bien plus complexe... De plus, la bannière du challenge la représentant, je me suis dit qu'elle était la femme idéale pour démarrer!

(Marilyn dans The Misfits)


Marilyn Monroe, Fragments.


En ouvrant ce livre, ne vous attendez pas à une énième biographie sur la blonde pulpeuse. En effet, Fragments est tout sauf une biographie: ce livre rassemble des notes prises par la star, tout au long de sa vie. La plus ancienne remonte à l'époque de son premier mariage, lorsqu'elle était encore une inconnue. Le travail des éditeurs a été de trier toutes ses notes et de les classer dans un ordre chronologique, le plus logique possible. La traductrice a, quant à elle, simplement traduit sans interpréter les mots de Marilyn Monroe. C'est donc un ouvrage très intime qui s'offre à nous.



Le livre s'ouvre sur une petite note des éditeurs, dans laquelle les auteurs insistent sur l'ambiguité de Marilyn Monroe: blonde parfois écervelée à l'écran, elle souffrait beaucoup de son manque de culture, et a donc passé une grande partie de sa vie à lire tout ce qui lui tombait sous la main, profitant également des rencontres (avec Arthur Miller, son mari) pour apprendre un maximum de choses. C'est un véritable hommage à la femme qu'elle était, une sorte de réhabilitation de ce personnage que l'on connaît pour ses frasques amoureuses et ses rôles de femme fatale à l'écran.

(une image de séductrice qui cache beaucoup de choses...)


L'ouvrage suit après un ordre chronologique, et propose une mise en page très intéressante, qui permet au lecteur de comparer le texte tel qu'il a été rédigé, souvent au crayon de papier, un peu vite, dans tous les sens, par Marilyn, et la version traduite (je dois saluer le travail de la traductrice, qui a cherché à rendre au mieux le cours de la pensée de l'actrice).

Le lecteur découvre alors Marilyn sous plusieurs jours: une femme qui réfléchit beaucoup sur elle-même, sur ses relations avec les autres. La solitude de Marilyn transparait tout au long de ses écrits, et elle s'entremêle avec d'autres notes dans lesquelles elle témoigne de son attachement proche de l'addiction à ceux qu'elle aime (notamment à Arthur Miller, ou à Lee Strasberg). Marilyn a écrit de nombreux poèmes, qui sont une vraie représentation de sa pensée profonde, et là encore, la solitude transparait.

(Marilyn et son mari l'écrivain Arthur Miller)


Plus on avance dans les textes, plus on s'aperçoit que certains événements de sa vie ont fragilisé au plus haut point l'actrice: un abus sexuel lorsqu'elle était jeune, son comportement par rapport à une camarade de classe... Elle semble porter un poids très lourd, et une peur très lourde aussi: celui de la folie, folie qui enferma sa mère et sa grand-mère. On rencontre donc très souvent cette peur de la folie et cette volonté de s'en sortir dans les différentes notes, avec des mots très émouvants qui témoignent de la difficulté de vivre de Marilyn.

Mais le lecteur découvre aussi Marilyn en femme organisée, bien loin de l'image de femme stupide qui ne sait rien faire: de nombreuses notes sont en fait des listes de choses à faire pour des repas, des recettes... Des notes qui nous montrent Marilyn comme une femme qui sait être organisée!

Tout le livre est agrémenté de très belles photos de l'actrice, la plupart d'elle en train de lire (encore une façon d'éloigner l'image de la blonde stupide), et de scans de ses notes. Vous pourrez également trouver une petite biographie, qui vous familiarisera avec l'actrice si vous ne la connaissez pas plus que ça...







(Marilyn en train de lire...)


Mon avis:
Ce livre est une bonne surprise à plusieurs niveaux:

-Tout d'abord, visuellement, j'ai trouvé ce livre très beau, et bien organisé: la lecture est rendue fluide grâce à la mise en page, et j'ai aimé pouvoir consulter les notes originelles pendant ma lecture. Les photos sont magnifiques, très bien choisies.

-Ne vous attendez pas à lire des quantités et quantités de mots: en effet, les notes de Marilyn sont souvent succinctes, mais d'une intensité incroyable. Les mots de cette femme étaient chargés d'émotion, et ses sentiments semblaient couler de la pointe de son stylo. C'est une lecture très intime, très émouvante, et qui absorbe totalement le lecteur! A plusieurs reprises, j'ai eu l'impression d'être dans sa peau, un sentiment assez étrange. Plusieurs fois, j'ai été émue, presque aux larmes, devant l'étalage de sa solitude qu'elle tente de combler avec des rencontres éclairs (les marins dans le bus), et de son sentiment d'infériorité, qu'elle cherchait à combler en devenant sans cesse meilleure, comme en témoigne son cours avec Lee Strasberg. 

Pour conclure, je conseille cet ouvrage tout d'abord aux fans de l'actrice, mais aussi à celles et ceux qui veulent découvrir Marilyn Monroe sous un autre jour. N'hésitez pas à vous inscrire à ce challenge, et je vous donne rendez-vous bientôt pour ma seconde lecture du Challenge (pas encore décidée...).


AnGee Ersatz*

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Les Rougon-Macquart #3: Le Ventre de Paris!




Bonjour à tous!

Je vous souhaite la bienvenue pour ce troisième article consacré à la saga mythique d'Emile Zola, les Rougon-Macquart. Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur le troisième tome de la série, baptisée le Ventre de Paris. Ce roman a un statut un peu particulier dans la saga, puisqu'il ne traite pas à proprement parler de la famille des Rougon-Macquart, contrairement à ses deux prédécesseurs. Je vous propose donc de nous pencher sur ce troisième volet, en espérant vous donner envie de le lire!


Pour vous aider...
Une nouvelle fois, voici un petit arbre généalogique de la famille, pour vous aider à vous repérer parmi les personnages de ce roman. Comme vous allez le constater, les Rougon sont absents du Ventre de Paris; mais du côté des Macquart, seuls trois personnages sont présents: Lisa et sa fille Pauline, et le cousin de celle-ci, le peintre Claude Lantier...

(n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour agrandir!!)


Petit résumé de l'histoire:


(les Halles de Paris au 19ème, théâtre de l'histoire!)


Arrêté par erreur après le coup d'état du 2 Décembre 1851, Florent s'enfuit du bagne où il est enfermé pour retourner à Paris, rejoindre son frère, Quenu, propriétaire d'une charcuterie du côté des Halles. Ce frère et sa femme, Lisa, l'accueillent dans la charcuterie, et, pour ne pas éveiller les soupçons, le font passer pour un lointain cousin de madame. Florent devient ensuite le remplaçant d'un inspecteur des Halles, au rayon poissonnerie, où il découvre la vie si particulière de ce monde de commerce. Suite à une querelle entre Lisa et la Normande, une poissonnière, Florent se retrouve au coeur d'un conflit de femmes, qui l'entraîne dans l'univers des commérages et des mensonges. Les femmes lui inventent une liaison avec sa "cousine", puis de multiples relations avec diverses femmes du voisinage... Pendant ce temps, l'ancien bagnard mort de faim retrouve goût à la vie, et, tout en travaillant, fréquente un café dans lequel lui et ses camarades préparent une révolte contre le gouvernement....


L'intérêt de ce roman: 


(Emile Zola, en pleine réflexion...)

Ce qui intrigue immédiatement avec ce livre, c'est le titre si particulier. Zola a en effet un don incroyable pour trouver des titres qui intriguent et qui font mouche. C'est le cas ici: le lecteur se demande tout de suite ce qu'est ce "ventre". Pendant tout le roman, vous pourrez découvrir de nombreuses allusions à la nourriture, à la faim (Florent) et à l'indigestion (Claude Lantier), mais aussi la belle image des "Maigres"et des "Gras"...


L'un des grands attraits de ce roman est la description que Zola nous donne des différents lieux que le personnage, Florent, visite: les Halles, en particulier, sont analysées sous nos différents sens; la vue avec la "mer de légumes", l'odorat avec les poissons et les fleurs, le goût à la charcuterie; l'ouïe avec les voix des poissonnières qui attirent les clients; et le toucher, avec cette nourriture qu'on palpe et examine. Personnellement, j'ai beaucoup aimé les passages descriptifs, alors qu'ils ont d'habitude tendance à m'ennuyer. 

L'action est également centrée dans ce cadre assez restreint des Halles, dans une ville aussi immense que Paris. Les Halles semblent former un monde à part, un monde dans lequel les femmes semblent faire la loi. Il faut le dire, la gent masculine est soumise à ses femmes fortes, comme Quenu, totalement soumis à sa femme Lisa. Zola pousse loin cette image de la "cour" des Halles, avec ses deux reines, la Normande et la belle Lisa, avec la scène de leur réconciliation, par exemple.

Pour moi, les Halles étaient le véritable personnage principal de ce roman, bien plus que les différents personnages que vous allez y rencontrer...

Le rapport à la saga:
Comme je vous le disais plus haut, ce troisième tome des Rougon-Macquart a un statut un peu particulier: seuls deux membres de la famille sont représentés, et dans des seconds rôles (même si Lisa est assez importante dans l'histoire). Zola s'intéresse davantage au personnage de Florent, et aux oppositions entre les différents personnages: le frère maigre et son frère gros, le poisson et la viande...

Cependant, quelques fils conducteurs permettent de rattacher ce roman à la saga: 

-Tout d'abord, l'histoire se déroule à Paris, comme dans le tome précédent. Plutôt qu'un monde bourgeois, Zola nous présente ici un monde de commerçants, un peu comme si ce roman était le pendant de la Curée.

-En parlant de pendant, Emile Zola a choisi, après les Rougon, de traiter des Macquart. C'est un peu "à chacun son tour". L'argent est là encore un sujet important: après les petites magouilles d'Aristide dans le tome prédécent, on assiste ici à l'économie et à la bonne tenue du ménage, géré par Lisa d'une main de fer. Un important héritage est à l'origine de ce rapprochement monétaire. 

-La politique reste présente dans ce troisième roman: le personnage de Florent a une dent contre le gouvernement, qu'il tient pour responsable de son emprisonnement. Si le sujet est beaucoup moins exploité, il reste quand même bien présent. On a même un petit parallèle avec la Fortune des Rougon: souvenez-vous, les hommes se réunissaient dans le salon jaune des Rougon pour parler politique. Là encore, on se réunit, dans un café, pour parler entre hommes de révolte contre le gouvernement...

En bref, ce roman est celui que je préfère pour l'instant, les descriptions vraiment originales jouant pour beaucoup dans mon avis. Je vous conseille ce roman, pour découvrir un peu le monde des Halles, bien exploité par Zola, et je vous donne rendez-vous très prochainement pour le quatrième volet, la Conquête de Plassans!


AnGee Ersatz*

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lundi 3 septembre 2012

Crise, quête, affirmation, de l'auteur au personnage: l'identité sans dessus dessous!




Bonjour à tous, je vous souhaite la bienvenue sur le blog en ce début de mois de Septembre! Pour bien commencer le mois, voici un nouvel article.

Aujourd'hui, je vous propose de découvrir une composante importante de la littérature, une composante à laquelle nous pensons tous, plus ou moins consciemment quand nous choisissons un livre: l'identité. L'identité de l'auteur influe souvent sur notre choix, et l'identité des personnages jouent un rôle très important dans notre attachement à une histoire. J'ai donc décidé d'analyser cette notion sous le regard du Livroscope... Bonne lecture!



Les auteurs et l'identité: une relation compliquée...

Si je vous dis Amélie Nothomb, Frédéric Beigbeder ou encore Marc Lévy... Ces noms vous évoquent sûrement quelque chose et, peut-être, les visages de ces auteurs apparaissent dans votre esprit. De nos jours, les "auteurs-stars" sont de plus en plus nombreux, on peut les croiser sur les plateaux télévisés entre les footballeurs et les acteurs. Mais il fut un temps où les auteurs n'étaient pas aussi connus...

(Amélie Nothomb, un visage qui reste dans les mémoires!)


En effet, au Moyen-Âge, les "auteurs" devaient garder le plus possible l'anonymat: apposer son nom sur un document littéraire était un crime, puisque cela revenait à se revendiquer comme Dieu, le créateur de toutes choses. Un auteur qui s'affirme est donc ni plus ni moins un affront à Dieu! Pendant longtemps donc, les textes étaient ou anonymes, ou signés par un nom d'emprunt: il est aujourd'hui difficile de mettre un nom sur les oeuvres de cette époque. On peut citer en exemple le Roman de Renart, dont on pense que de nombreux passages sont attribués à des plumes différentes...

(le Roman de Renart a été rédigé par de nombreux auteurs, dont certains restent anonymes)


Par la suite, un autre phénomène a vu le jour, celui de l'emploi de "nègres", des auteurs inconnus qui écrivaient pour le compte de grands noms de la littérature: Alexandre Dumas, notamment, a employé Auguste Maquet pour la rédaction du Comte de Monte-Cristo. Il existe plusieurs cas: l'auteur talentueux mais qui manque de temps, et qui demande l'aide à une autre plume pour certains travaux préliminaires; l'auteur sans talent qui "achète" l'écriture d'un autre... Aujourd'hui, les "nègres" n'ont pas disparu: il est fréquent de voir des polémiques soulevées autour de certains romans, notamment les "best-sellers"; J.K Rowling, la maman d'Harry Potter, avait un temps été accusée d'avoir utilisé des nègres pour la rédaction des aventures de son héros. Certains hommes politiques utilisent aussi les services de certains auteurs pour la rédaction de leur autobiographie, pour une question de style...

2012 n'est cependant pas synonyme de clarté absolue concernant les auteurs: le saga du Bourbon Kid (le Livre Sans Nom, l'Oeil de la Lune...) suscite un intérêt particulier, puisque son auteur est... anonyme! Un petit tour sur le web vous permettra de découvrir les multiples théories auteur de ce mystérieux écrivain...

(la saga de l'Anonyme)


Les personnages: la marque de l'identité.
Passons à présent au cas des personnages.

L'identité d'un personnage est souvent composée de deux pôles: sa personnalité, et son physique. Le plus souvent, le premier contact avec le personnage se fait par le physique. Dans les livres pour enfants, il n'est pas rare d'avoir une image représentant le personnage en question, ainsi qu'une description assez détaillée de celui-ci: s'il est vieux, jeune, les vêtements qu'il porte, la couleur de ses cheveux, de ses yeux... Le physique détermine en partie ce que le jeune lecteur pense de ce personnage: il n'est pas rare de lire que tel ou tel trait de son visage lui donne l'air "gentil", "sérieux" ou "méchant", comme si le physique était le miroir de la personnalité.

Dans les contes, l'identité physique est centrée sur quelques détails marquants, qui permettent de reconnaître le personnage parmi tout le monde: Blanche-Neige en est le meilleur exemple, avec sa "peau blanche comme la neige, ses cheveux noirs comme l'ébène, et ses lèvres rouges comme le sang". Le conte offre une description et une identité bien plus poétique. En parlant de poésie, on peut citer les blasons, dans lesquels le poète réduit l'identité de la femme qu'il dépeint à une seule caractéristique physique.

(les traits de Blanche-Neige, définis par la couleur, apportent de la douceur à ce personnage et le rend facilement identifiable)


On constate d'ailleurs qu'une caractéristique physique particulière conditionne souvent l'identité d'un héros: Harry Potter et sa cicatrice, par exemple, qu'il cherche parfois à dissimuler pour dissimuler son identité. 

(Harry ne va pas exhiber longtemps sa cicatrice...)


Mais l'identité n'est pas uniquement physique: dans les romans dits pour adultes, les descriptions physiques se font plus rares, et, s'il y en a, elles ne cherchent pas vraiment à différencier le personnage des autres humains. Ce qui joue, ici, c'est l'identité psychologique.

La quête d'identité est un sujet que l'on retrouve très souvent, même plus que souvent dans les romans: le personnage rencontre un problème, qui le fait se remettre en cause sur lui-même, et le livre raconte son parcours en quête de ce qu'il est, de qui il est vraiment. Cette remise en cause peut venir de plusieurs choses: une rupture amoureuse, la disparition d'un être-aimé,... Tout simplement une rupture. On peut aussi parler de "perte d'identité". 

Certains personnages sont plus prédestinés que les autres à une quête d'identité, tout simplement parce qu'il leur manque au départ les éléments censés construire l'individu et son identité:

-Il est orphelin: Harry Potter est sûrement l'orphelin le plus célèbre de la littérature. Même lorsqu'il se trouve une famille à Poudlard, comme il le dit, il est fréquent de voir dans les romans des passages dans lesquels il cherche sa famille, où il regrette de ne pas avoir connu sa famille. Lorsque Sirius, son parrain, et donc sa plus proche famille, disparaît, Harry regrette souvent de ne plus avoir ses conseils. L'absence d'une famille aimante provoque en Harry une quête d'identité. Il cherche sa famille dans les élèves de Poudlard, dans Dumbledore, dans la famille Wesley et dans l'Ordre du Phénix...

(Harry et sa quête d'une famille)


-Il est un bâtard: deux exemples ici. Celui de Fitz-Chevalerie de la saga de l'Assassin Royal de Robin Hobb, et Jon Snow dans le Trône de Fer de G.R.R Martin. Les deux héros partagent plus que leur condition de bâtards: ils sont des bâtards nobles par leurs pères, et tout deux ignorent qui est leur mère. Tout deux sont promis à un avenir compliqué, après une enfance à être détesté, par son oncle pour Fritz, et par sa belle-mère pour Jon: Fritz devient assassin, et Jon doit partir sur le Mur... Tout deux doivent se bâtir leur propre identité, en changeant complètement de vie. Une quête d'identité complexe...

(Jon Snow et Ghost, deux rejetés de Winterfell)


-Il ne cesse de déménager: un dernier exemple avec l'héroïne de Serge Brussolo, Peggy Sue, qui ne cesse de déménager dans les romans. Cette absence de point d'ancrage rend complexe la fabrication de son identité, puisqu'elle est sans cesse confrontée à de nouveaux environnements...


Bien entendu, si votre personnage cumule ces trois caractéristiques...

De l'auteur au personnage: quand écrire rime avec construire.
Terminons cet article avec un troisième cas: les auteurs, de plus en plus aujourd'hui, écrivent pour raconter des histoires, mais aussi pour se chercher aussi, pour trouver leur "identité". Une identité en tant qu'auteur, certes, stylistique, mais aussi personnelle, en racontant des événements de leur vie: Frédéric Beigbeder parle de son frère dans Un Roman Français, un frère par rapport auquel il cherche à se construire. Mathias Malzieu raconte sa perte de repères à la mort de sa mère dans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi... L'écriture devient pour l'auteur un moyen de confesser sa perte ou sa quête d'identité, qu'il cherche à retrouver grâce à sa plume...

(écrire pour se reconstruire)



L'identité est donc un sujet capital en littérature. Bien entendu, l'article ne présente pas la totalité des facettes de l'identité, mais j'ai essayé de vous en présenter un maximum. En ce qui me concerne, j'attache beaucoup d'importance à la psychologie des héros pour ma lecture... Et vous?

AnGee Ersatz*






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