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dimanche 25 mars 2018

Masse Critique Babelio: Un bon parti de Curtis Sittenfeld.



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique ! Et voilà, j’ai enfin repris mes bonnes habitudes après des semaines passées la main dans le plâtre et je suis heureuse de vous retrouver aujourd’hui pour un article qu’il me tardait d’écrire : ma présentation du roman Un bon parti, de Curtis Sittenfeld. Ce livre, que j’ai pu recevoir grâce à l’une des opérations Masse Critique de Babelio, se présente comme une nouvelle réécriture d’un roman terriblement célèbre, à savoir Pride & Prejudice de Jane Austen. Passionnée par cette autrice depuis longtemps, j’ai déjà eu plus d’une fois l’occasion de vous parler de son œuvre sur le blog et notamment de Pride & Prejudice, qui se révèle être une source inépuisable d’inspiration pour les réécritures et adaptations. J’étais donc curieuse de voir ce qu’Un bon parti pouvait bien donner… En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une excellente lecture ! :)

Les Masse Critiques de Babelio :
Comme mentionné un peu plus haut, j'ai reçu le roman Un bon parti grâce à une Masse Critique organisée par le site Babelio. Je pense que vous êtes nombreux à déjà connaître ce rendez-vous et ce site, mais pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Babelio est un site communautaire destiné aux amoureux de la lecture. Avis et découvertes s'y échangent sur le site ainsi que sur le forum. Très régulièrement (environ une fois par mois), Babelio organise une Masse Critique: en échange d'une critique postée sur le site, il est possible de recevoir gratuitement un livre. Je vous laisse ci dessous le lien vers le site de Babelio pour que vous puissiez y jeter un oeil! 


Qui est Curtis Sittenfeld ?
Ne changeons pas les bonnes habitudes et commençons cette chronique par une petite présentation de notre autrice du jour, Curtis Sittenfeld. Oui, ne vous laissez pas avoir par ce prénom plutôt masculin, Curtis Sittenfeld est bien une femme. Née Elizabeth Sittenfeld, elle prend pour sa carrière d’écrivaine le nom de Curtis, qui se trouve être le nom de famille de sa mère. Elle voit le jour en 1975 dans une famille comptant plusieurs enfants. Elle se passionne très tôt pour la lecture et l’écriture. Une passion qui se déclare non seulement tôt mais qui porte rapidement ses fruits : en effet, Curtis Sittenfeld se fait remarquer dès le lycée en remportant un concours d’écriture organisé par le magazine Seventeen, une revue phare chez les adolescentes américaines. En 2005, elle publie son premier roman : Prep, suivi à rythme régulier d’autres romans et nouvelles. Sa dernière parution en date est Eligible, traduit en français sous le titre Un bon parti, en 2016. Si vous avez envie d’en apprendre davantage à son sujet, je vous invite à suivre le lien ci-dessous, qui vous guidera à son site internet !


Un bon parti :
Quatrième de couverture :
La tension est palpable chez toutes les mères de Cincinnati : Chip Bingley, beau médecin, célèbre participant d'une émission de téléréalité, vient de s'installer en ville et... c'est un cœur à prendre. Elizabeth, de passage pour aider sa mère après l'accident de son père, se fiche bien de tous cette agitation, d'autant que Chip est toujours accompagné de son insupportable et suffisant collègue, Fitzwilliam Darcy. Elle tente de redresser les finances familiales en dépit d'une mère qui utilise le shopping en ligne comme psychothérapie et de ses trois sœurs qui vivent encore au crochet de leurs parents dans une maison qui part à vau-l'eau. Mais elle doit aussi veiller sur son père, qui préférerait s'enfiler un bon steak plutôt que de respecter les recommandations du médecin, et sur sa sœur Jane, en train de succomber au charme, ennuyeux mais certain, de Chip.
  
Une modernisation de Pride & Prejudice :
Lorsqu’on s’intéresse à Jane Austen et à ses œuvres, il est difficile de passer à côté des nombreuses réalisations qui en sont inspirées. Vous avez les classiques ré-éditions de ses livres agrémentées de notes toujours plus fournies ou de couvertures colorées, des versions illustrées par des artistes d’horizons variés, ou encore les incontournables adaptations cinématographiques ou télévisuelles. Mais depuis une dizaine d’années environ, le phénomène à la mode pour les classiques, dont ceux écrits par Jane Austen, c’est la réécriture. On en trouve de toutes sortes : des très sérieuses, des plus loufoques sur fond de parodie, des versions comics, modernes, ou même des crossovers mettant en scène plusieurs classiques en un.



Pride & Prejudice a fait plus d’une fois l’objet d’une réécriture, l’exemple le plus marquant de ces dernières années étant le fameux Pride & Prejudice & Zombies (que j’ai personnellement détesté) décliné sous la forme d’un roman, d’un comics et même d’un film. 
Avec Eligible, Curtis Sittenfeld reste dans cette thématique très populaire de la réécriture, mais choisit pour sa version non pas d’intégrer des créatures monstrueuses. Non, elle choisit de moderniser l’intrigue de Jane Austen pour l’adapter à notre monde actuel. Alors évidemment, vous faire toute l’analyse des éléments modernisés de ce roman ne serait pas très pertinent pour deux raisons, d’abord parce que ça me prendrait longtemps et ensuite parce que ça vous spoilerait pas mal d’éléments, mais voici tout de même quelques points pour vous donner une petite idée. 
Tout d’abord, l’âge des sœurs Bennet a été avancé. Jane et Elizabeth frôlent toutes les deux la quarantaine, là où dans le roman original elles se situaient dans la vingtaine. Cette décision, qui peut surprendre de prime abord, se révèle en réalité plutôt cohérente. Car pour l’époque de Jane Austen, l’âge de Jane et Elizabeth était considérée comme tardif pour le mariage. Aujourd’hui, dans les mœurs (même si personnellement je m’en fiche royalement), c’est la quarantaine qui parait être un âge inquiétant. 
Le caractère des sœurs a été adapté au monde contemporain. La fougue et la volonté d’indépendance de Lizzie se transcrivent par son emploi comme journaliste dans un magazine féminin où elle réalise apparemment des interviews pointues sur la condition des femmes. La douceur de Jane s’exprime à travers du yoga et de la méditation. Kitty et Lydia, décrites comme superficielles dans le roman de Jane Austen, se passionnent pour le crossfit, les régimes à la mode et le vernis à ongles. Enfin Mary, la plus isolée des sœurs Bennet, devient ici une sorte de recluse qui enchaîne les diplômes sur internet et passe son temps à étudier.
Tout en gardant des thèmes similaires à l’œuvre originale comme la question du mariage et de la position sociale, Curtis Sittenfeld introduit également des éléments plus modernes, comme la téléréalité, la question de la sexualité et de l’identité sexuelle, par exemple. Le but : explorer l’orgueil et les préjugés dans le monde des années 2010 !

Ce que j’ai pensé du livre :
Je pense que ce n’est un secret pour personne : j’adore Jane Austen. Il s’agit d’une de mes autrices de classiques préférées, et ce depuis longtemps. Il est tout naturel alors que son œuvre soit régulièrement mise à l’honneur sur le blog. Et j’aime aussi beaucoup découvrir les ré-écritures de ses ouvrages, car j’aime voir comment une même œuvre peut être explorée par des films, séries ou livres. Pour ce qui est de Pride & Prejudice, il y a du très bon (The Lizzie Bennet Diairies, par exemple, une web série très chouette disponible sur YouTube et que je vous recommande de voir sans attendre) et du moins bon (je ne vais pas revenir sur Pride & Prejudice & Zombies, je pense que vous avez compris l’idée). Quand j’ai eu l’occasion de découvrir Un bon parti, j’étais très intriguée par cet ouvrage, me demandant comment Curtis Sittenfield avait pu innover sur ce roman. Voici ce que j’en ai pensé.

Pour résumer simplement mes impressions sur Un bon parti, elles sont dans l’ensemble plutôt bonnes, mais avec tout de même quelques points qui me laissent mitigée. S’il y a des choses que j’ai bien aimées, il y en a également qui me laissent assez dubitative. Je vais donc tenter de vous expliquer tout cela de façon aussi claire que possible, en commençant par l’intrigue.

Ma première interrogation, en ce qui concernait l’intrigue, avant de commencer Un bon parti était de savoir si on allait bel et bien retrouver l’univers de Jane Austen. Si on se focalise sur l’histoire, effectivement, on la retrouve bien dans les grandes lignes. La famille Bennet, les problèmes financiers des parents, l’histoire d’amour entre Jane et Bingley, celle d’Elizabeth et de Darcy, ainsi que d’autres importants jalons de l’intrigue répondent présents. A ce niveau-là, je n’ai rien à redire : les quelques changements (et je ne parle ici de ce qu’elle a fait en terme de modernisation) opérés par Curtis Sittenfield sont plutôt mineurs et ne changent rien par rapport à ce qu’on connait de Jane Austen.

L’intrigue a un côté très divertissant avec un univers qui se veut entre Sex & the City et Bridget Jones (en tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti) dans l’humour et les univers dans lesquels évoluent les personnages. Il y a pas mal d’action, de retournements de situation, ce qui contribue à ce côté divertissant. Cependant, je tiens tout de même à noter que j’ai trouvé que le livre souffrait de nombreuses longueurs qui font un peu patiner le déroulement de l’intrigue. Certains passages (qui concernent surtout des intrigues secondaires, comme le grand nettoyage opéré par Lizzie dans la maison de ses parents ou la téléréalité) paraissent un peu interminables, si bien qu’on a hâte de passer à autre chose. C’est un peu dommage.

Quand on lit une réécriture, on espère et on s’attend également à retrouver les personnages qu’on affectionne dans l’œuvre originale. C’est ici globalement le cas, si ce n’est que les traits des personnages ont été pas mal forcis : Lizzie ne jure que par son statut de journaliste, Jane est à fond dans la méditation, et la pauvre Mary, douce et calme dans l’œuvre originale, apparait ici comme une asociale qui ne jure que par ses diplômes. Mme Bennet est encore pire que dans le livre de Jane Austen. D’un côté, tout cela contribue à donner parfois un peu plus de comique à l’intrigue. Mais de l’autre, je trouve parfois que certains personnages sont ou dénaturés ou trop peu crédibles. Je suis donc assez mitigée par le résultat final. J’ai plutôt bien aimé Jane ainsi que Mr. Bennet. En revanche, j’ai trouvé que Darcy manquait beaucoup de charisme.

J’aimerais à présent me concentrer sur la partie modernisation de l’univers de Jane Austen. Clairement, de ce côté, il y a plutôt du bon et du moins bon. Dans le positif, j’ai trouvé par exemple très cohérent de vieillir les héroïnes et d’adapter leurs centres d’intérêt au monde actuel. Que Jane fasse du yoga est une bonne idée selon moi, tout comme le fait qu’elle et sa sœur arrivent à la quarantaine. L’idée de mettre de la téléréalité avec une version fictionnelle du Bachelor n’est pas mauvaise non plus, c’est assez rigolo même si ça lasse un peu sur la fin. J’ai été plutôt séduite par ces aspects-là. En revanche, Curtis Sittenfield a également fait le choix d’aborder des sujets sérieux d’une manière malheureusement un peu bancale. Je pense principalement au fait que l’un des personnages soit trans, ou que deux personnages secondaires soient lesbiennes, ou encore à la question des couples mixtes : ce sont des sujets importants et si d’un côté j’ai trouvé ça bien d’en parler et d’incorporer ces éléments à l’intrigue, le fait que ces personnages soient surtout vus au travers du regard homophobe/transphobe/raciste de Mrs Bennet me fait me poser des questions sur le message que Curtis Sittenfield a essayé de transmettre… C’est très maladroit.

Pour conclure, Un bon parti est un roman que j’ai trouvé dans l’ensemble sympathique et divertissant. Il ne s’agit pas d’une mauvaise réécriture de Pride & Prejudice et il y a des éléments très plaisants dans cette œuvre, mais quelques petits bémols sont pour moi à noter. Je vous encourage à lire le livre pour vous faire votre propre avis, et n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire ! :)

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette chronique vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup !

AnGee. 

dimanche 18 mars 2018

Coup de projecteur sur Edith Wharton.



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour un nouvel article ! Aujourd’hui, on se retrouve pour une chronique un peu différente des classiques reviews de livres que vous avez l’habitude de trouver sur ma chaîne. En effet, j’ai eu envie de vous proposer un article un peu plus complet sur une autrice que j’apprécié énormément et dont je découvre l’œuvre depuis plusieurs années : Edith Wharton. En commençant mon blog en 2012 (le coup de vieux bonjouuuur), j’écrivais des articles « à thème » où je me focalisais sur un sujet plutôt que sur une œuvre, et j’ai un peu envie de vous proposer à nouveau cela dans les mois à venir. Pour cette première tentative, nous allons donc nous pencher sur Edith Wharton, romancière (entre autres) américaine dont les romans sont aujourd’hui considérés comme des classiques. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une excellente lecture ! :)

(Un petit mot rapide pour vous donner des nouvelles: vous l'aurez constaté, je n'ai pas été présente ces derniers temps, en raison d'une fracture de la main qui m'a bien immobilisée... Mais je vais tout faire pour rattraper mon retard en matière de chroniques!)

Les coups de projecteur :
Quand j’ai créé mon blog en 2012, je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire avec. Je savais que je voulais parler de littérature mais je n’avais pas vraiment choisi la forme qu’allait prendre mes articles et, pendant un moment, ils se sont beaucoup portés non par sur des livres en particulier mais sur des thématiques plus vastes, comme les pirates ou Blanche-Neige. J’ai ensuite adopté un format plus classique d’un article sur un livre. Cependant, j’ai depuis quelques temps envie de travailler autrement sur mon blog et c’est ainsi que j’ai eu l’idée de faire ces coups de projecteur. Le principe sera simple : à travers un article, je vous présenterai un auteur ou un thème qui me parait intéressant, au feeling. Et aujourd’hui, pour commencer, j’ai choisi Edith Wharton ! J’espère que ce principe vous plaira !

Edith Wharton :
Quelques mots sur sa vie :
Plongeons à présent dans le vif du sujet : Edith Wharton ! Il y a tant de choses à dire à son sujet que je vous propose de commencer d’abord par un petit point sur sa vie avant de nous pencher sur son œuvre en elle-même.
De son nom de jeune fille Edith Newbold Jones, elle est la troisième enfant et seule fille d’un couple américain de la bonne société fortunée. Elle naît en 1862 à New York et y passe ses premières années : cette ville et le cadre social dans lesquels elle évolue seront d’ailleurs souvent représentés dans son œuvre. Mais son univers ne se confine pas à cette grande ville, bien au contraire. Dès l’enfance, elle découvre l’Europe à travers les voyages familiaux. Edith Wharton visitera des pays comme l’Angleterre, l’Italie mais surtout la France, où elle reviendra très souvent et où elle achètera une demeure.
Dès qu’elle parvient à déchiffrer ses premiers mots, elle devient une férue de lecture et dévorera avec passion livre sur livre. Elle se prendra aussi très tôt au jeu de l’écriture, rédigeant, adolescente, ses premiers poèmes. Pourtant, ses élans d’écriture sont vite freinés par sa famille pour qui cette occupation n’est pas digne de son statut de jeune femme de la haute société.
L’année 1885 marque un tournant dans sa vie : elle épouse Edward Wharton, un homme plus âgé qu’elle (comme c’était très souvent le cas à l’époque) mais avec lequel elle partage une passion certaine pour les voyages. Leur vie de couple ne tardera pas à être mise à mal par les problèmes d’Edward : souffrant d’une forme assez forte de dépression, il choisira de vivre reclus, cessant les voyages. Edith ne se laisse pas abattre et se consacre à l’écriture, publiant à 40 ans passés son premier roman. Très prolifique, son rythme d’écriture ne freine pas dans les années qui suivent. Elle démarre aussi dans la seconde moitié des années 1900 une relation extraconjugale avec un journaliste, Morton Fullerton, relation qui restera secrète pendant de nombreuses années, puis divorce en 1913 de son mari Edward, dont l’état mental ne cesse d’empirer.
L’écriture apporte à Edith un succès critique et financier certain : que ce soit des romans, des nouvelles ou même des livres de décoration d’intérieur (son autre grande passion), elle n’arrête pas d’écrire et ses livres se vendent très bien. Elle accomplit un exploit en devant, grâce à The Age of Innocence, la première femme à obtenir le célèbre prix Pulitzer. Elle fréquente de nombreux auteurs de son temps et sera d’ailleurs particulièrement amie avec Henry James, dont l’œuvre comprend des thématiques similaires à celle d’Edith. 
Elle décède d’une crise cardiaque en France en 1937 et reste aujourd’hui considérée comme une autrice culte et classique de la littérature américaine.

Les grands thèmes de son œuvre :
Avec à son actif une très longue bibliographie comprenant aussi bien de la fiction que des essais, des poèmes et des romans, Edith Wharton a pu aborder au cours de sa carrière d’écrivaine de nombreux sujets. Cependant (et même si je suis loin, très loin d’avoir lu toute son œuvre), certains éléments se dégagent comme étant des thèmes de prédilection qui lui sont chers. Je vous invite à présent à en découvrir quelques-uns.

Parmi les sujets qui reviennent souvent chez Edith Wharton, on retrouve une certaine opposition entre l’Europe et les Etats-Unis. Et par Etats-Unis, j’entends la côté est du pays, symbolisée par New York. Edith Wharton connait bien son sujet : issue de la haute classe new-yorkaise, elle grandit dans une famille privilégiée et voyagera beaucoup en Europe, passant chaque année plusieurs mois en France et en Angleterre. Ce qui est intéressant, c’est la représentation assez polarisée qui est faite de ces deux univers. Nombreux ont été les Européens à partir pour les jeunes Etats-Unis dans l’espoir d’y trouver une vie différente voire meilleure et de se libérer de la rigide Europe. Et pourtant, cette image se retrouve inversée ici : New York et la bonne société qui s’y trouvent sont souvent dépeints chez Edith Wharton comme un monde très codifié, où le qu’en dira-t’on prime sur le reste. A l’inverse, l’Europe et le voyage apparaissent comme un échappatoire à cet univers et ses héros s’y réfugient avec l’espoir de tourner le dos à tout cela. 
Les romans d’Edith Wharton se démarquent aussi par l’utilisation fréquente d’héroïnes féminines justement prisonnières de ces codes new yorkais. Ces femmes n’aspirent qu’à la liberté et au choix mais elles se retrouvent souvent coincées par ce que l’on attend d’elles. Tout tentative de dévier du chemin qui a été tracé pour elles est punie par une sorte d’excommunication sociale : plus d’invitations dans les soirées mondaines, un rejet visible de ce qu’elles sont, des commérages nuisant encore plus à leur réputation.
Ce qui les coince le plus souvent, c’est la question du mariage, question on ne peut plus épineuse. Que ce soit les personnages féminins ou masculins d’Edith Wharton, ses héros se retrouvent régulièrement dans des mariages qu’on peut qualifier de malheureux, car régis par ce qu’on attend de leur statut plutôt que par ce qu’ils ont choisi. La question du divorce est fréquente, liée au sort des héroïnes : divorcer est une terrible rupture familiale, sociale, mais aussi parfois financière face à laquelle il faut pouvoir assurer…

Quelques livres d’Edith Wharton :
Si elle a publié son premier roman à 40 ans, la bibliographie d’Edith Wharton n’en reste pas moins très impressionnante. Depuis que je l’ai découverte il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de lire plusieurs de ses œuvres mais je reste encore loin, très loin d’avoir tout lu. Voici cependant quelques livres que je vous conseille si vous souhaitez découvrir Edith Wharton.
-The Age of Innocence : Commençons par le roman le plus célèbre d’Edith Wharton, celui qui lui a permis d’obtenir le prix Pulitzer en 1921. Ce roman raconte l’histoire de Newland Archer, avocat prometteur de bonne famille, qui doit épouser la jeune, jolie et fraîche May Welland. Tout va bien dans le meilleur des mondes lorsqu’il rencontre une parente de sa fiancée, la comtesse Olenska, qui revient tout juste d’Europe. Cette femme séduisante fait jaser tout autour d’elle car elle a choisi de se séparer de son époux. Newland va se retrouver en proie à l’hésitation, sous le charme de la belle comtesse… Un roman absolument passionnant, dépeignant avec beaucoup de justesse l’étroitesse de la pensée de la haute société new yorkaise. Avec ses personnages mémorables, The Age of Innocence offre au lecteur une plongée dans un autre temps. A noter aussi qu’il a été adapté au cinéma par Martin Scorcese avec un casting élégant composé entre autres de Daniel Day Lewis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder.
-Summer : Publié en 1917, Summer nous présente une héroïne, Charity, au destin difficile. Alors âgée de 18 ans, la jeune fille rencontre Lucius Harney, un architecte dont elle tombe vite amoureuse, au grand dam de Mr. Royall, son protecteur qui veut l’épouser. Les problèmes s’enchaînent lorsque Lucius doit quitter Charity pour en épouser une autre alors que Charity se retrouve enceinte, une situation terrible pour une femme à l’époque. Dans ce roman, Edith Wharton explore la complexité des rapports amoureux et humains comme elle sait si bien le faire. 
-The House of Mirth: Retournons dans la bonne société new-yorkaise avec un autre roman très connu d’Edith Wharton: The House of Mirth, traduit en français sous le titre de Chez les heureux du monde, se focalise à nouveau sur un personnage principal féminin. Lili Bart vient d’une très bonne famille mais n’a pas d’argent pour vivre, ayant notamment contracté des dettes de jeu. Elle recherche activement un époux qui pourra subvenir à ses besoins, une mission bien plus ardue qu’il n’y parait. Un livre montrant la grande précarité dans laquelle les femmes pouvaient se trouver si elles ne pouvaient pas compter sur le soutien financier d’un homme, ainsi que les dangers de l’addiction…
-Ethan Frome: Tout comme The Age of Innocence, Ethan Frome fait partie des romans les plus connus d’Edith Wharton. C’est également l’un de ses plus surprenants en raison du cadre dans lequel il se déroule : cette fois, adieu les soirées mondaines de New York, et bonjour la campagne ! Un milieu très différent de celui auquel nous sommes habitués chez Wharton mettant en scène un personnage tout aussi différent. Ethan Frome, un homme pauvre et boiteux, un handicap qui le pousse à être confronté encore plus durement aux difficultés de la vie et de l’amour.
-The Gods arrive: Pour terminer cette sélection, j’ai eu envie de me pencher rapidement sur un roman que j’ai eu l’occasion de lire récemment, The Gods arrive. Suite de Sur les rives de l’Hudson (que pour le coup je n’ai pas eu l’opportunité de lire pour le moment, mais ça ne m’a pas dérangée dans ma découverte de celui-ci), nous y découvrons Vance, jeune auteur à succès, et Halo, sa maîtresse mariée qui décide de tout quitter pour le suivre en Europe. J’ai pu lire des critiques assez déçues sur ce livre ; en ce qui me concerne, je l’ai beaucoup aimé et je trouve qu’on y voit tous les grands thèmes chers à Wharton, comme le mariage, la question sociale, le couple, mais aussi la littérature et l’écriture… Une belle découverte pour moi !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère sincèrement que cette chronique un peu différente de celles que j’écris habituellement vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire ! Je ne sais pas encore sur quoi mon prochain coup de projecteur portera, donc si jamais vous avez des suggestions ou des envies, je suis preneuse ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

dimanche 21 janvier 2018

Mary and Maria by Mary Wollstonecraft & Mathilda by Mary Shelley.



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique, placée aujourd’hui sous le signe (des gémeaux, aha la bonne blague, qu’est-ce qu’on rigole ici) de la famille. En effet, nous allons parler aujourd’hui de deux femmes passionnantes : Mary Shelley, connue pour avoir écrit l’un des classiques les plus célèbres du monde (Frankenstein), et Mary Wollstonecraft, sa mère, également autrice. J’ai récemment reçu pour le Secret Santa de Whoopsy Daisy un recueil compilant deux courtes œuvres de Mary Wollstonecraft, ainsi qu’un des écrits de sa fille. Passionnée par Mary Shelley, j’avais hâte de me plonger dans ce livre. Alors aujourd’hui, les femmes seront à l’honneur, avec Mary, Maria et Mathilda. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture ! :)

Mary Shelley et sa mère :
Comme toujours, je vous propose de démarrer cette chronique par une petite présentation de nos deux autrices du jour. Ou plutôt de l’une d’entre elles : Mary Wollstonecraft. J’ai déjà eu l’occasion de parler plus d’une fois de Mary lors de précédents articles, mais jamais de sa mère. En préparant cette chronique et pendant ma lecture, j’ai découvert des choses passionnantes à son sujet. Je tenais donc à vous la présenter un peu plus longuement.
Mary Wollstonecraft est née en 1759, dans une famille qu’on peut qualifier d’aisée mais pas d’heureuse. En effet, son enfance sera marquée par les fréquents accès de colère de son père, un homme porté sur la boisson, et le désamour de sa mère qui s’intéressera plutôt à son frère. L’affection de Mary se tourne donc vers ses camarades féminines : plusieurs amitiés marqueront sa vie, la plus importante d’entre elles étant sans aucun doute celle qu’elle entretiendra pendant plusieurs années avec Fanny Blood. Une amitié pas vraiment placée sous le signe du bonheur non plus, Fanny mourant tragiquement en couches au Portugal.
Mary voyagera aussi en France, où elle sera inspirée par l’esprit de la révolution française. Contrairement à ce que dictait la bienséance de l’époque, elle n’hésite pas à avoir des rapports amoureux avec des hommes sans se marier, surtout des artistes et penseurs. Sa première relation marquante sera avec Imlay, dont elle aura une fille, Fanny. Une relation qui se termine mal : Imlay l’abandonne et Mary tentera alors, par deux fois, de mettre fin à ses jours. En 1797, elle se marie avec Wollstonecraft alors qu’elle à nouveau enceinte, cette fois de la future Mary Shelley. Qui ne la connaîtra jamais, car Mary Wollstonecraft décède quelques jours plus tard des suites de son accouchement.
De Mary, on retient plusieurs travaux : principalement Vindication of the rights of women, dans lequel elle défend le droit des femmes d’accéder à une éducation égale à celle des hommes ; mais aussi des œuvres de fiction inspirées en partie de sa vie personnelle, comme Mary & Maria que je vous propose de découvrir aujourd’hui !

Mary & Maria de Mary Wollstonecraft :
Résumé:
Il est temps de nous intéresser à présent aux œuvres de Mary Wollstonecraft présentes dans ce recueil. Tout d’abord, nous avons Mary : même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, elle est lourdement inspirée par la vie personnelle de Mary Wollstonecraft. Le titre lui-même suffit à évoquer l’autrice. Nous y suivons la vie de Mary, une jeune femme au destin plutôt malheureux. Grandissant dans une famille où l’amour n’est pas, entourée d’une mère absente et d’un père alcoolique, dilapidant l’argent à tout va. Elle trouve du réconfort dans son amitié avec Ann, une voisine, en laquelle elle trouve toute l’affection dont elle avait besoin. Les deux amies, pleines d’espoir, entreprennent un voyage au Portugal pour tenter d’améliorer la faible santé d’Ann…
C’est une autre histoire de femme blessée que nous retrouvons dans Maria. Egalement intitulé The Wrongs of Woman, ce livre se focalise sur le personnage de Maria, une jeune femme de bonne éducation enfermée dans un asile par son époux. Une situation rendue plus dure encore par le fait que sa fille, encore un nourrisson, lui a été enlevée et qu’elle ne peut avoir aucun contact avec le monde extérieur. Petit à petit, le lecteur découvre les raisons derrière l’internement injuste de Maria ainsi que son histoire tragique.

Mathilda de Mary Shelley:
Résumé:
Pour conclure ce recueil, nous avons donc Mathilda de Mary Shelley. Une histoire qui n’aborde pas des thèmes très drôles puisqu’on y parle entre autres d’inceste et de suicide. L’enfance de Mathilda ressemble, par certains aspects, à celle de Mary Shelley : elle n’a pas la chance de connaître sa mère, morte après sa naissance. Son père quitte alors le pays et laisse l’enfant à la charge d’une tante qui ne se caractérise pas par son amabilité. Tout change lorsque le père de Mathilda revient enfin, des années plus tard : devenue une jeune femme, elle apprend petit à petit à connaître son père et une forte relation s’établit rapidement entre eux. Jusqu’au jour où, sans raison, le père de Mathilda s’enferme dans une humeur sombre qu’elle ne comprend pas…

Des thèmes communs entre mère et fille :
A travers les trois histoires de ce recueil, le lecteur découvre ou redécouvre les plumes de Mary Shelley (2) et de sa mère, Mary Wollstonecraft (1). Et même si Mary 2 n’a pas connu Mary 1 en raison du décès de cette dernière, elle a grandi avec, partout autour d’elle, l’influence de sa mère. Elle allait même avec Percy Shelley sur la tombe de Mary 1 pour des rendez-vous à l’abri du regard désapprobateur de son père. Même si elle a été élevée par son père et sa nouvelle épouse, il est clair que l’absence de Mary 1 jouait un rôle important sur Mary 2. 
Dans ces trois œuvres, on retrouve donc des thèmes communs entre la mère et la fille. Le premier, et le plus évident, est sans aucun doute l’utilisation pour personnage principal d’une femme. Mary, Mathilda, Maria, trois œuvres qui dépeignent la vie de femmes. Mais pas de n’importe quelle femme, non : de femmes dont la vie est caractérisée par le malheur. Ce malheur est familial : Mary grandit dans une famille sans amour ; Mathilda entretient une relation complexe avec son père, qui la plonge tour à tour dans la plus grande peine ou la plus grande joie ; et Maria souffre de l’absence de sa fille dans l’asile où son mari la retient.
Ces trois femmes possèdent des profils assez similaires : elles viennent toutes de familles plutôt aisées et jouissent d’une bonne éducation pour l’époque. Que ce soit pour Mary ou Mathilda, une première personne est employée, un choix intéressant dans la façon de raconter l’intrigue. 
Les différentes œuvres évoquent toutes des événements tragiques : emprisonnement, décès, pensées suicidaires, amitiés tragiques, maltraitance, bref, rien de très joyeux. Une lecture à ne pas faire quand vous avez un petit coup de mou !

Ce que j’ai pensé de cet ouvrage :
Il y a longtemps que je voulais me plonger encore davantage dans l’œuvre de Mary Shelley. Séduite par ses œuvres et intriguée par sa vie, j’avais demandé, dans ma liste de livres pour le Secret Santa Whoopsy Daisy 2017, ce recueil pour découvrir un peu plus son travail mais aussi pour en apprendre davantage sur sa mère, Mary Wollstonecraft, donc j’ai été très heureuse de recevoir cet ouvrage qui faisait partie de ma WL depuis un bon moment. Au final, que dire de ma lecture ? Et bien j’ai trouvé ce recueil absolument passionnant, une lecture très prenante et qui possède de nombreuses qualités… Voyons ensemble lesquelles !

Avant même de me pencher sur les qualités des œuvres proposées dans ce recueil, je tenais à mentionner la présence d’une introduction réussie : composée d’une biographie détaillée pour chacune des autrices, elle nous propose également une première approche thématique de ce qu’on peut retrouver dans les différentes histoires. Je suis habituellement du genre à passer rapidement sur ce genre d’éléments car ça ne me passionne pas toujours, cependant j’ai été ici agréablement surprise. Non seulement j’ai appris beaucoup de choses sur Mary Wollstonecraft (pas autant sur sa fille, que je connaissais déjà bien) mais en plus cette introduction apporte des éléments qui nous sont bien utiles pour notre lecture. Un bon point, une première bonne approche !

Avec deux œuvres sur trois, Mary Wollstonecraft inaugure le recueil. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre : je la connaissais de réputation et de nom. Mes cours à la fac sur Mary Shelley commençaient souvent par une présentation de sa mère, mais je n’avais jamais eu l’opportunité de me pencher sur son œuvre. Je savais qu’elle était célèbre plutôt pour des essais ou des traités et je me demandais donc ce que pouvait bien donner son travail de fiction. Au final, j’ai été agréablement surprise et par Mary et par Maria, deux histoires que j’ai trouvées absolument passionnante.

J’ai tout d’abord énormément aimé le style d’écriture de Mary Wollstonecraft. Contrairement à ce qu’on peut imaginer lorsqu’on pense à « classiques du 18ème siècle », c’est long d’être incompréhensible ou ardu. Au contraire, j’ai trouvé ces deux textes plutôt faciles à lire : j’ai déjà lu des choses beaucoup plus prises de tête dans ma vie ! Le style est fluide, c’est élégant et bien écrit : Mary Wollstonecraft parvient à garder son lecteur passionné du début à la fin du récit. Elle emploie la première personne, fait des récits enchâssés, réussit ses dialogues… Rien à redire.

Les intrigues de Mary et Maria sont très prenantes. On sent clairement l’influence de sa vie personnelle sur la première : même si elle est qualifiée de fiction, cette histoire s’inspire clairement d’événements qui lui sont vraiment arrivés, au point qu’on se demande même s’il s’agit d’une fiction ou d’une autobiographie… J’ai aimé cette histoire pour sa force, mais comme je voyais où tout cela allait aboutir, je n’ai pas été très surprise par le déroulement de l’intrigue. En revanche, j’ai été absolument captivée par Maria. C’est une histoire absolument violente et un peu difficile à lire même en raison des sujets qu’elle aborde, mais passionnante. J’ai trouvé cette œuvre incroyable du début jusqu’à la fin. Un coup de cœur pour cette femme au destin injuste. 

Passons à présent à Mary Shelley. C’est une chose d’adorer Frankenstein, mais une autre d’aimer ses autres œuvres. J’espérais ne pas être déçue et la bonne surprise était là : j’ai énormément aimé ma lecture de Mathilda. Là encore, les thèmes sont durs, mais on y retrouve la plume de Mary Shelley. J’aime toujours autant sa façon d’écrire, et surtout de décrire les sentiments humains. Ses héros et héroïnes sont toujours en proie à des tempêtes d’émotions assez intenses, très «romantiques » dans le sens littéraire du thème. Là aussi on peut se poser la question du rapport avec la vraie vie de Mary Shelley car on trouve des points communs à l’œuvre et sa vie personnelle (décès de la mère, éducation par une autre femme, relation au père). Une œuvre prenante !

Pour conclure, j’ai donc énormément aimé ce recueil. Il a été pour moi l’occasion de découvrir, avec succès, Mary Wollstonecraft mais aussi de passer un peu de temps avec Mary Shelley. Je recommande la lecture de cet ouvrage à toutes celles et à tous ceux qui s’intéressent à Mary Shelley et à sa mère. En revanche, soyez prévenus : ce ne sont pas des lectures faciles en raison des thèmes lourds abordés, donc prévoyez peut-être un roman plus doux à côté !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette petite chronique vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

mercredi 10 janvier 2018

Raison & Sentiments de Jane Austen version Manga (Po Tse).



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique ! On se retrouve aujourd’hui pour mélanger deux univers que j’aime énormément : les classiques de la littérature britannique et le manga. Depuis plusieurs années fleurissent en librairies des adaptations de classiques littéraires en manga, une façon plutôt sympathique de faire découvrir ou redécouvrir un monde à l’autre (et vice-versa) et j’ai souvent été tentée de m’y plonger. J’ai fini par craquer pour une version d’un de mes romans préférés de Jane Austen : Sense & Sensibility, traduit en français sous le titre de Raison & Sentiments. Cette adaptation en manga nous vient de Po Tse, qui a déjà travaillé sur d’autres œuvres de Jane Austen (Orgueil & Préjugés, par exemple). En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une excellente lecture ! :)

Jane Austen sur le Livroscope :
Vous le savez si vous connaissez un peu mes chroniques, j'ai pour habitude de les démarrer avec une petite présentation de l'auteur du jour. Cependant, Jane Austen est un cas un peu particulier car il s'agit d'une habituée parmi les habitués. J'ai souvent eu l'occasion de parler de ses romans ou d'oeuvres qui s'en inspirent et donc de vous parler d'elle. Je vais éviter alors éviter de me répéter et vous laisser retrouver les articles précédemment écrits à son sujet en lien ci-dessous!


Po Tse & Nobi Nobi !:
Intéressons-nous à présent à Po Tse, le mangaka derrière cette adaptation de Raison & Sentiments. Mes recherches sur internet n’ont pas été très fructueuses et j’ai trouvé au final assez peu de choses le concernant : Po Tse serait originaire de Taïwan et vivrait à Hong Kong. On le connait aussi sous le pseudonyme de LemonPo, qu’il utilise sur son blog (que je vous laisse en lien ci-dessous). En France, il est surtout connu pour son travail sur des adaptations de classiques en manga, comme Orgueil & Préjugés ou encore Emma, deux autres romans de Jane Austen.
C’est la maison d’édition nobi nobi ! qui, en France, propose une collection de classiques en manga. Créée en 2010, cette maison (qui appartient au groupe Hachette) a plus d’une corde à son arc : son ambition principale est de promouvoir la culture japonaise auprès du public français et plus particulièrement la jeunesse. Pour y parvenir, plusieurs collections pour petits et grands sont proposées, dont la collection des classiques en manga. On y retrouve notamment du Shakespeare, avec Roméo et Juliette, mais aussi des œuvres françaises (Les misérables ou encore Les trois mousquetaires). Je vous laisse en lien ci-dessous leur site internet !


Raison & Sentiments :
Résumé :
Après la mort de leur père, Eleanor et Marianne Dashwood, accompagnées de leur mère et de leur jeune sœur, sont poussées par l’épouse de leur demi-frère à quitter leur demeure pour aller s’établir à Barton Cottage, loin de tout ce qu’elles ont connu. Mais très vite, les deux sœurs s’intègrent à merveille dans leur nouvel environnement grâce à la compagnie de Sir John Middleton et de Mrs Jennings. Si Eleanor ne peut s’empêcher de penser, en silence, à Edward Ferrars, Marianne s’épanouit quant à elle face à la présence de Willoughby, un jeune homme très charmant dont tout le monde vante les charmes. Tout le monde, sauf le colonel Brandon, qui semble lui vouer une haine féroce…  Edward Ferrars donnera-t’il des nouvelles à Eleanor ? Marianne trouvera-t’elle le bonheur avec Willoughby ? 

Le travail de Po Tse :
Par le passé, j’ai déjà eu l’occasion de me pencher sur Sense & Sensibility, en vous présentant notamment l’adaptation en mini-séries réalisée par la BBC en 2008. Il s’agit de l’un de mes romans préférés de Jane Austen, dans lequel on retrouve plusieurs thèmes importants de son œuvre : les finances, le mariage, le statut social, ou encore des héroïnes féminines importantes. Cette fois, plutôt que de me pencher sur ces éléments, je vous invite à nous intéresser un peu au travail réalisé par Po Tse pour cette adaptation en manga.
On peut qualifier son travail de « détaillé ». Les expressions faciales des personnages, avec leurs yeux immenses bordés de cil à faire pâlir les mannequins des pubs Maybelline, reflètent les sentiments réels ou trompeurs qu’ils ressentent. Marianne et Eleanor portent des robes aux détails soignés, avec des coiffures élégantes qui collent à leur personnalité. Chaque page est garnie de minuscules détails : des fleurs, des volutes, des rubans…



Ce que j’ai pensé de ce manga :
Depuis que je me suis remise à la lecture des manga il y a quelques mois, j’étais très attirée par la collection de classiques version manga proposée par nobi nobi !. Un simple petit tour sur mon blog suffira à vous montrer à quel point j’adore les classiques (il s’agit sans aucun doute du genre que je préfère le plus lire) et j’étais donc intriguée par l’idée de les voir adaptés de la sorte. Tombée sur Raison & Sentiments, j’ai décidé de tenter l’expérience avec cette valeur sûre, un de mes Austen préférés… Et c’était une lecture plutôt originale et que j’ai dans l’ensemble plutôt bien aimée !

Je ne vous le cache pas, j’étais un peu inquiète avant de commencer ma lecture. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et j’espérais que l’intrigue ne serait pas trop changée : pour avoir lu des réécritures ou adaptations modernes de Jane Austen calamiteuses, mon inquiétude pouvait se comprendre. Mais bonne surprise de ce côté-là : l’intrigue du roman est très bien respectée par Po Tse. Je n’ai pas remarqué de changements notables par rapport à l’œuvre originale, on y retrouve l’histoire de Jane Austen dans son ensemble, du début à la fin. Un bon point que je tenais à mentionner à celles et ceux qui auraient peur de se lancer dans ce manga pour cette raison.

Dans ce manga, on retrouve tous les éléments phares du livre de Jane Austen : tout d’abord, les thèmes chers à son cœur sont bien présents. On peut mentionner l’importance de la famille, représentée par les liens qui unissent Eleanor et Marianne mais aussi par les difficultés d’Edward Ferrars de faire ce qu’il souhaite dans la vie, sa mère s’y opposant. Les finances et les questions d’argent en général font également partie du tableau et ce dès le début, lorsque les Dashwood sont contraintes de quitter leur demeure pour s’établir dans un lieu plus modeste. Enfin, il me faut aussi souligner la présence évidente du mariage, grande question qui revient souvent chez Jane Austen.

J’étais heureuse de retrouver les héroïnes de Raison & Sentiments, que j’aime beaucoup. Je trouve que Po Tse est plutôt bien parvenu à retranscrire leurs différences de caractère. Là où Marianne est vive, animée et très expressive, Eleanor se distingue par son calme, sa douceur et son côté un peu « renfermé » : Marianne affiche des expressions multiples, semble toujours en mouvement, tandis que les sourires d’Eleanor se font plus discrets. Eleanor est un de mes personnages préférés de Jane Austen, alors j’étais très contente de la voir plutôt bien représentée dans ce manga. 

Passons au travail de Po Tse. Je ne connaissais pas ce mangaka avant de plonger dans Raison & Sentiments et je ne savais donc pas à quoi ressemblait son coup de crayon. Au final, mes impressions sont plutôt positives dans l’ensemble. Je trouve qu’il dessine très, très bien, et qu’il est particulièrement doué pour réaliser les personnages : les héroïnes de Po Tse sont très belles, les personnages masculins sont aussi très réussis. Il y a beaucoup de détails et c’est un manga très joli à lire.

Mon seul petit bémol, c’est le côté un peu trop « kitsch » qui ressort de l’ensemble. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres adaptations de classiques en manga, mais j’ai trouvé qu’ici on était souvent dans le « too much », ça frise parfois le ridicule. J’ai déjà vu des adaptations de l’œuvre de Jane Austen où on retrouvait justement ce côté kitschouillard, donc je peux comprendre que ce soit un choix de représenter ainsi l’intrigue mais personnellement ce n’est pas ce que je préfère.

Dans l’ensemble, cette version manga de Raison & Sentiments est une lecture qui a su me plaire. J’ai passé un bon moment avec et je pense me pencher sur d’autres classiques de la collection (je pense par exemple à Sherlock Holmes : vous connaissez mon amour pour Sherlock Holmes). Si vous aimez Jane Austen, n’hésitez pas à jeter un œil à ce livre : on ne sait jamais, il peut peut-être également vous séduire !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette chronique vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire ! Si vous avez des suggestions de classiques transformés en manga, je suis preneuse ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

dimanche 31 décembre 2017

Murder on the Orient Express (2017)



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique ! Les jours se raccourcissent de plus en plus, l’humidité est présente partout et la neige impose sa présence glaciale avec un peu plus de force chaque jour. Une ambiance hivernale et froide qui colle parfaitement au film que j’ai envie de vous faire découvrir aujourd’hui : Murder on the Orient Express, réalisé par le célèbre Kenneth Branagh et adapté du roman éponyme de la non moins célèbre Agatha Christie. Voilà longtemps qu’Hercule Poirot n’avait pas éclairé nos écrans et le voilà avec l’une de ses plus célèbres aventures. Grande fan du personnage, je n’ai pas résisté longtemps à l’envie de vous en parler un peu sur ce blog. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une très bonne lecture ! :) 

Agatha Christie & Hercule Poirot :
Quand on s’intéresse comme moi à la littérature britannique et à ses figures emblématiques, il est difficile de passer à côté d’Agatha Christie et de son célèbre Hercule Poirot, l’un de ses personnages phares. Avec son élégance travaillée, sa moustache au millimètre et ses fameuses petites cellules grises, Hercule Poirot apparait dans plusieurs romans considérés comme classiques aujourd’hui : Meurtre sur le Nil par exemple, ou bien sûr Le crime de l’Orient Express qui nous intéresse pour cette chronique. J’ai déjà eu plus d’une fois l’occasion de me pencher sur Agatha Christie et son travail et je vais donc éviter de me répéter et vous inviter, à la place, à consulter mes précédents articles à son sujet en suivant le lien ci-dessous !


Murder on the Orient Express :
Résumé:
1934. Hercule Poirot, le célèbre détective belge, vient de résoudre une affaire à Jérusalem et n’aspire qu’à une chose : des vacances, bien méritées. Mais sans avoir le temps de dire ouf, il se retrouve sollicité pour une nouvelle enquête. Il doit rentrer à Londres au plus vite et, grâce à son ami Bouc, obtient une place dans l’Orient Express. Le voyage aurait pu permettre à Poirot d’avoir un peu de répit au milieu des voyageurs, mais l’un d’eux, un certain Ratchett, vendeur d’antiquités au commerce plutôt frauduleux, lui demande sa protection. Une protection que le détective refuse. Or, lorsque Ratchett est retrouvé assassiné dans son lit et que le train est immobilisé par la neige, Poirot n’a pas le choix : il doit mettre ses petites cellules grises en action pour tenter de comprendre ce qu’il a bien pu se passer dans l’Orient Express…

Quelques informations sur le film:
Sorti au début de ce mois de Décembre, Murder on the Orient Express est la quatrième adaptation du roman éponyme d’Agatha Christie. Elle a été réalisée par le célèbre Kenneth Branagh : né en 1960, cet irlandais est connu non seulement pour son travail en tant qu’acteur (je pense que la plupart d’entre vous le connait pour son rôle de Gilderoy Lockhart dans le second volet des Harry Potter), de réalisateur mais aussi de scénariste. Il a travaillé sur de nombreux films, comme une série de films adaptés des pièces de Shakespeare ou, plus récemment, le Cendrillon de 2015 ou le film Thor. Sur Murder on the Orient Express, il endosse plusieurs rôles : celui d’acteur, dans le rôle principal, de réalisateur de producteur. Le reste du casting est composé d’acteurs que l’on peut qualifier de stars. On peut citer tout d’abord la grande Judi Dench, accompagnée d’Olivia Colman dans les rôles de la princesse Dragomiroff et de sa dame de compagne, Michelle Pfeiffer dans celui de la croqueuse d’hommes Mme Hubbard, ou encore Johnny Depp dans celui de Ratchett. Des acteurs dont la carrière est en plein essor sont aussi présents : Daisy Ridley (Rey dans Star Wars) ou encore Manuel Garcia-Rulfo, pour ne citer qu’eux.
Le tournage du film a commencé à la fin de l’année 2016, après un long processus de casting (et ça se comprend quand on voit l’importance des différents personnages !), et s’est terminé au printemps dernier.
Depuis sa sortie, le film récolte des critiques plutôt très positives dans l’ensemble et est bien parti pour être un joli petit succès au box-office. Je vous laisse découvrir, ci-dessous, quelques images avec la bande-annonce de Murder on the Orient Express !



Ce que j’ai pensé du film :
Depuis quelques mois, j’ai 25 ans. Un âge en général associé à une certaine maturité et à un état d’adulte plutôt posé. Et pourtant, malgré cette supposée maturité, je dois bien avouer que mes réactions sont parfois (souvent en fait) dignes d’un enfant de quatre gavé de sucre. Et c’est tout à fait comme cela que je qualifierais mon excitation en découvrant, au fil des mois, de nouvelles informations sur la sortie de Murder on the Orient Express. Enormément de choses dans ce projet me donnaient envie de le voir et rendaient l’attente encore plus difficile : parmi ces choses, on peut citer, pêle-mêle, le fait qu’il s’agisse d’une adaptation d’un roman incroyable, qui plus est par Agatha Christie, ou encore le très élégant casting. J’ai donc foncé le voir quelques jours après sa sortie avec l’espoir de passer un bon moment. Alors, qu’est-ce que ça donne ?

Et bien commençons justement par le casting, qui est vraiment l’une des forces de ce film. D’ailleurs, un grand pan de la promotion de Murder on the Orient Express jouait sur ses acteurs à la fois connus et réputés. Voir, dans un seul film, Kenneth Branagh, Michelle Pfeiffer, Judi Dench ou encore Willem Dafoe, ça fait rêver ! J’ai, dans l’ensemble, trouvé ce casting plutôt très bon. Ce que j’ai bien aimé, en premier lieu, c’est le mélange des générations : j’ai mentionné juste avant des acteurs considérés comme des pointures, mais ce film nous propose aussi de retrouver des acteurs dont la carrière est plein essor, comme Leslie Odom Jr., surtout connu au théâtre (et que j’ai trouvé particulièrement bon), ou Daisy Ridley. Elle gagne en confiance à chacun de ses rôles et ça se voit. Gros coup de cœur pour Judi Dench et surtout ma chérie, Michelle Pfeiffer, éclatante comme toujours.

Pour ce qui est de Kenneth Branagh en Hercule Poirot… J’avoue ne pas trop savoir quoi penser. C’est un acteur et réalisateur que je respecte beaucoup, avec énormément de talent et un amour pour le goût du détail qui transpire à l’écran. Si sa performance est plus qu’honorable et respecte plutôt bien le Hercule Poirot des romans d’Agatha Christie, je dois cependant admettre avoir eu du mal à ne pas penser à David Suchet, l’acteur que beaucoup (dont moi) considèrent comme LE Hercule Poirot. De 1989 à 2013, il a incarné le célèbre détective à la télévision et est devenu le visage d’Hercule Poirot. Un visage dont j’ai eu du mal à me détacher !

Intéressons-nous à l’intrigue : par rapport au roman d’Agatha Christie, Kenneth Branagh a pris la décision de rester très près de la structure initiale. Pas de folie ni de gros changements en perspective, même si quelques détails sont modifiés ou ajoutés si on compare le film au texte original. Une bonne chose car j’aime énormément le roman d’Agatha Christie et je ne suis pas sûre que j’aurais apprécié qu’il soit modifié. Si vous connaissez déjà l’intrigue du roman, vous n’aurez donc pas de grosses surprises. Pour les autres… Et bien vous verrez !

Avec une histoire aussi connue, le Challenge est donc de proposer un moyen intéressant, voire innovant, de la raconter. Kenneth Branagh n’en est pas à son coup d’essai en terme de réalisation : depuis 1988, il a réalisé de nombreux films, dont plusieurs adaptations de Shakespeare et des blockbusters (Thor, Cinderella). Ici il propose une réalisation soignée et sobre, avec quelques bonnes idées en terme de cadrage. Par exemple, la scène de la découverte du corps est présentée en vue du dessous, tandis que les interrogations des différents personnages privilégient un cadrage serré.

Il y a aussi un travail visible sur les couleurs, dans des tons plutôt froids, à l’exception de l’ouverture du film. Pour ce qui est des costumes, s’ils sont superbes, ils restent cependant très sobres, loin du clinquant que l’on peut trouver parfois dans ce genre de film. Les personnages ont un look réaliste et c’est quelque chose que j’ai apprécié. Les paysages enneigés sont superbes, la musique l’est aussi. Beaucoup de positif, donc !

Mon seul petit bémol concerne les quelques longueurs dont souffrent parfois le film : rien de bien dramatique, heureusement. Je trouve aussi que, même si très fidèle et bien réalisée, cette adaptation reste très sage et manque un peu de piquant ou d’enjeu. Ce qui n’empêche d’être Murder on the Orient Express d’être un film que je vous conseille si vous avez envie de voir Hercule Poirot sur grand écran !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette petite chronique vous plait, n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire avec vos impressions ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

Si vous avez aimé...

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