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dimanche 2 avril 2017

Edgar Allan Poe's Mystery Murder Dinner Party #4: Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski.



Bonjour à tous et à toutes!

Je suis AnGee du Livroscope, j'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique! Nous nous retrouvons pour démarrer ensemble un nouveau mois, important, car le blog fête ses cinq années d'existence! Je réfléchis encore à une bonne façon de fêter ça, je vous tiendrai au courant! Le programme reste néanmoins le même sur le blog, avec pour commencer Avril en beauté, je vous propose de nous pencher ensemble sur un quatrième auteur pour mon Challenge personnel autour de la web-série Edgar Allan Poe's Muder Mystery Dinner Party. C'est cette fois un auteur russe, à savoir Fiodor Dostoïevki, qui nous intéresse, avec son roman Crime et châtiment. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture! :)

Edgar Allan Poe's Murder Mystery Dinner Party, c'est quoi?
Histoire de commencer cette chronique dans les formes, je tiens à vous présenter en premier lieu le Challenge ainsi que la web-série dont il est inspiré. Edgar Allan Poe's Murder Mystery Dinner Party est une web-série en onze épisodes, publiés sur Youtube entre août et octobre 2016. Il s'agit d'une création du collectif Shipwrecked, fondé par Sean et Sinead Persaud, frère et soeur, qui ont déjà travaillé sur des projets comme The Tell-Tale Vlog, Kissing in the Rain ou encore I Ship It, dont j'ai parlé il y a quelques mois. Cette web-série raconte la désastreuse soirée organisée par Edgar Allan Poe pour ses copains auteurs (H.G Wells, Hemingway, ou encore Mary Shelley) qui se transforme en huis-clos meurtrier. J'ai tellement aimé cette série que j'ai décidé d'en faire un Challenge: chaque mois pendant un an, je vous présenterai un auteur présent dans la série ainsi qu'un de ses livres. Je vous invite aussi à jeter un oeil au premier épisode d’Edgar Allan Poe's Murder Mystery Dinner Party!



Fiodor Dostoïev-c'est qui?
Histoire de bien démarrer cette chronique, penchons-nous un peu sur Fiodor himself. Né en 1821 à Moscou, il connait une enfance pas vraiment facile: son père est alcoolique et sa mère meurt alors qu'il est encore jeune. Sa passion, c'est la lecture mais c'est une carrière militaire, poussée par son père, qui l'attend. Il se lance tout de même dans l'écriture en 1840, avant d'être envoyé en prison puis au bagne en raison de ses liens avec des partisans de mouvements anti-Nicolas I. Il sort du bagne en 1854 et reste très marqué par son expérience. Fiodor poursuit pendant quelques années sa carrière militaire. Il meurt en 1881 après avoir publié de nombreux romans et nouvelles, les plus connus étant Crime et châtiment en 1866 et Les frères Karamazov en 1880. Aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres de la littérature russe, Dostoïesvki souffrait également d'épilepsie.

Crime et châtiment:
Résumé:
Rodion Romanovitch Raskolnikov est un étudiant ruiné. Voilà des semaines et des semaines qu'il survit plutôt qu'il ne vit, se cachant de sa logeuse pour ne pas avoir à lui payer ce qu'il lui doit, vivotant sur des restes. Comme beaucoup dans sa situation, il se tourne vers Aliona Ivanova, une prêteuse sur gages, pour récupérer quelques pièces. Et puis un jour, il se met à nourrir un projet fou, celui de tuer la prêteuse sur gages...

Argent trop cher:
Le thème principal du roman, celui qui crève les premiers chapitres, c'est celui de l'argent. Ou plutôt, pour être exacte, celui du manque d'argent. Crime et châtiment s'ouvre sur le portrait de Raskolnikov alors qu'il souffre d'une indigence extrême. Etudiant désargenté, il parvenait à subvenir maigrement à ses besoins en donnant des leçons. Mais cela fait longtemps qu'il n'en donne plus et ses ressources sont épuisées. Il se cache de sa logeuse pour éviter qu'elle lui réclame de l'argent, il crève de faim et est vêtu de guenilles. Et notre héros n'est pas le seul à se trouver dans une situation pénible car, au cours de sa route, il rencontrera d'autres personnages à qui l'argent fait cruellement défaut.
En faisant des recherches sur le roman et sur la vie de Dostoïevski en général, j'ai pu découvrir que le roman lui avait apparemment été inspiré par sa propre situation financière. En effet, Fiodor aurait connu lui aussi des difficultés financières, notamment en raison d'une addiction assez forte au jeu mais aussi en raison d'une situation familiale assez compliquée. Cet état lui a donc donné l'idée de Crime et châtiment et du personnage de Raskolnikov...

Culpabilité écrasante:
Lorsque Raskolnikov décide de passer à l'acte, celui de tuer la prêteuse sur gages, les idées se bousculent dans sa tête. Comment le faire? Quand le faire? Comment ne pas être pris? Si ces nombreuses hésitations ne sont pas loin de le faire craquer, cela n'est rien face à l'imposante culpabilité qu'il ressent par la suite.
Car Raskolnikov se retrouve littéralement transformé par son crime, et pas dans le sens qu'il imaginait. Si lui croyait ressentir une certaine forme de soulagement, non seulement pour lui mais aussi pour toutes les autres "victimes" de cette femme. Mais au contraire, loin du soulagement espéré, c'est plutôt une profonde détresse que le jeune ressent. Rongé par la culpabilité, il en devient malade: il ne parvient pas à manger, fait des malaises fréquents, est pris de paranoïa et se sent attaqué de toute part.
Cet état est si désespéré qu'il en devient infect avec ceux qui l'entourent, notamment son ami proche Razoumikhine, sa mère Pulchérie et sa soeur Dounia, promise à un mariage qu'il refuse d'accepter.


Ce que j'ai pensé du livre:
Il faut bien l'avouer, la littérature russe n'est pas le domaine dans lequel j'excelle. Probablement parce que j'ai pris l'habitude et le goût, très tôt, des auteurs anglo-saxons et français pour ce qui est des classiques, ma connaissance en auteurs russes est très limitée. J'étais donc assez excitée à l'idée de découvrir Dostoïevski, que je ne connaissais que de nom. Au final, ma lecture de Crime et châtiment s'avère, je dois bien l'avouer, plutôt mitigée... 

Commençons au plus simple, avec l'intrigue. Je dois avouer que c'est le point avec lequel j'ai le plus de problèmes. Dans l'ensemble, je la trouve plutôt intéressante et bien menée, avec des enjeux qui captent l'intérêt du lecteur et qui gardent en haleine. Là où ça coince un peu pour moi en revanche, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup de répétitions. J'ai l'impression que Raskolnikov met un temps fou à se décider à passer à l'acte, et ensuite sa culpabilité est explorée de façon très linéaire pendant des pages et des pages. J'ai vite fini par m’essouffler et c'est bien dommage.

Malheureusement, les personnages n'échappent pas non plus à ma déception. Au début, je me suis prise de sympathie pour Raskolnikov. Tout comme lui (même si je n'en suis heureusement pas arrivée à son stade), il m'est arrivé d'avoir des moments où ça coinçait, où payer mon loyer était difficile, et je me suis retrouvée dans sa détresse. Néanmoins j'ai vite commencé à le trouver très antipathique et j'ai détesté sa façon de se comporter avec ses proches. En revanche, j'ai beaucoup aimé le personnage de Razoumikhine, très loyal et qui désamorce toutes les situations.

Toujours concernant les personnages, je tenais à mentionner le fait qu'il est assez difficile d'arriver à repérer qui est qui, entre les prénoms, les surnoms et les noms de famille. Ce n'est pas vraiment la faute de Dostoïevski, c'est plutôt une chose assez commune dans la littérature russe et je n'y suis pas habituée.

En revanche, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur, que j'ai découvert avec ce livre. J'ai énormément aimé son style, ça ne manque pas de dynamisme et d'intensité. J'ai été particulièrement surprise par les dialogues très nombreux et réussis. 

Après cette lecture en demie teinte, j'ai cependant toujours envie de découvrir l'oeuvre de Dostoïevski. Je suis particulièrement intriguée par L'idiot dont les thèmes me parlent un peu plus. Je pense donc m'y attaquer prochainement, même s'il ne s'agira pas de l'une de mes priorités. 

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que cette petite chronique vous plait, n'hésitez pas à me le faire savoir en commentaire! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant prenez soin de vous et lisez beaucoup! :)

AnGee.

mardi 22 décembre 2015

Les filles de Mrs Bennet #4: Anna Karénine de Léon Tolstoï.



Bonjour à tous et à toutes!

Je suis AnGee du Livrscope, j'espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique!  Noël approche à grands pas, et la fin de l'année aussi: et pour patienter, je vous propose de découvrir ma quatrième chronique pour le Challenge Les filles de Mrs Bennet, un challenge original qui tourne autour du célèbre roman Pride & Prejudice de Jane Austen! Ce mois-ci, j'ai décidé de mettre un classique à l'honneur avec Anna Karénine de Léon Tolstoï, que je voulais découvrir depuis plusieurs années. En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture! :)

Le Challenge Les filles de Mrs Bennet:
Commençons cette chronique par une petite introduction au Challenge Les filles de Mrs Bennet. Il s'agit d'un challenge lancé par Deedee1310 du blog Petits Bonheurs et Grandes Lectures et qui, comme je l'ai mentionné plus haut, tourne autour du roman Pride & Prejudice de Jane Austen. C'est un Challenge à consignes: chaque mois, plusieurs consignes en rapport avec le roman sont proposées. Les participants doivent ensuite en choisir une, puis lire et chroniquer un livre en rapport avec celle-ci.
Si vous avez envie d'en savoir plus sur ce Challenge, je vous invite à relire mes précédentes chroniques mais aussi à faire un petit tour sur le billet de présentation de l'organisatrice!



Consigne: Un classique.


Léon Tolstoï, c'est qui?
Il est temps de nous pencher sur notre auteur du jour, le célèbre Léon Tolstoï! Né le 28 août 1828 ou le 9 septembre 1828 (selon les calendriers), Léon Tolstoï est l'un des auteurs russes les plus connus du monde. Il grandit à la campagne, et se lance dans des études universitaires, se destinant d'abord à être diplomate ou à travailler dans le domaine du droit. Néanmoins, il passa les années suivantes à expérimenter la vie de propriétaire terrien ou de soldat. Il se marie à Sophie Behrs, avec laquelle il aura plusieurs enfants. Tolstoi commence à écrire et à se faire publier dans les années 1850, mais c'est à partir de la décennie suivante qu'il rédige ses chefs d'oeuvre les plus connus: Guerre et Paix, par exemple, est écrit entre 1864 et 1869. Anna Karénine, dont nous allons parler aujourd'hui, voit le jour entre 1873 et 1877. Il écrit également des nouvelles, des essais et des contes. Léon Tolstoï meurt en 1919 et reste plus d'un siècle après sa mort l'une des valeurs sûres de la littérature russe.

Anna Karénine:
Résumé:
Anna Karénine, l'un des plus célèbres romans de Léon Tolstoï, raconte l'histoire de nombreux personnages, se focalisant principalement sur un petit noyau. Tout d'abord, nous avons Anna Karénine, mariée à Alexis Karénine, avec lequel elle a un fils: leur mariage est mis à rude épreuve lorsqu'Anna, qui avait toujours été fidèle, tombe sous le charme du comte Wronski, un homme à la réputation légèrement sulfureuse. Entre eux naît une passion si forte qu'elle va tout bousculer sur son passage.
Tolstoï nous présente également le personnage de Lévine, qui aime vivre à la campagne et qui est fou amoureux de la jeune et jolie Kitty dont la soeur, Daria, est mariée au frère d'Anna Karénine, Oblonski. Dans ce roman, l'auteur nous propose donc de découvrir plusieurs couples à l'histoire différente.


Deux couples opposés:
Comme j'ai pu le découvrir en faisant mes petites recherches sur le livre, Anna Karénine devait s'intituler à la base Deux mariages, deux couples. Ce titre fait référence de façon très directe à ce que l'on peut trouver dans le roman, à savoir une comparaison entre plusieurs couples.
Le mariage et les relations amoureuses sont au coeur de ce roman. Nous suivons plusieurs couples qui se font et se défont, qui s'aiment et se déchirent.
Le titre définitif du roman le montre clairement: Anna Karénine est l'un des personnages que nous découvrons à travers l'histoire. Elle est prise entre deux hommes: tout d'abord son mari Alexis, avec lequel elle a un fils et vit une vie somme toute plutôt paisible. Néanmoins, lorsqu'elle rencontre le comte Wronski, toute sa vie est chamboulée: elle se rend compte des défauts de ceux qui l'entourent, et elle découvre une passion sans limite. Mais n'oublions pas que nous sommes à une époque où le divorce est très compliquée, et où les bonnes moeurs prévalent sur tout le reste...
En parallèle, nous suivons l'histoire du couple formé par Lévine et Kitty. Si l'amour y est aussi sincère, ils représentent cependant une autre forme d'amour, celui d'un mariage heureux et où règne la félicité et la complicité. La situation de Kitty et Lévine est très différente de celle d'Anna et de Wronski.
Mais si l'intrigue se focalise en alternance sur ces deux couples, il y a également un troisième couple qui traverse le roman, et qui sert d'ailleurs de point de départ: ce couple est celui formé par Diara et Oblonksi. Déjà mariés depuis plusieurs années, ils ont des enfants, et leur couple est sévèrement mis à mal par l'infidélité d'Oblonski. Cette situation (réglée par Anna, d'ailleurs) fera écho plus tard dans le roman à la propre histoire de notre héroïne et de Wronski.

Ce que j'ai pensé du livre:
Aaaah, Anna Karénine! Voilà un livre qui a fait trembler plus d'un lecteur, un livre qui me tentait depuis longtemps. Néanmoins, après avoir lamentablement échoué à lire Guerre et Paix, j'avais un peu peur de me lancer dans un autre pavé de Léon Tolstoï. J'ai cependant acheté Anna Karénine en me promettant de le lire un jour, et lorsque j'ai vu cette consigne, je me suis dit que c'était la bonne occasion de le sortir de ma PAL. Alors, que dire de ma lecture de ce roman? Et bien même si ma lecture a été parfois un peu laborieuse, j'ai tout de même beaucoup apprécié découvrir l'histoire d'Anna Karénine.

Commençons par l'histoire. Le premier point que j'ai aimé, c'est que Tolstoï ne nous fait pas perdre de temps et nous plonge assez rapidement dans l'intrigue: j'ai apprécié ce démarrage qui nous met dans l'ambiance en quelques pages. Ensuite, je trouve qu'il se passe beaucoup, beaucoup de choses, et du coup j'ai passé la majeure partie de ma lecture à dévorer les pages les unes après les autres. Je dis "majeure", car il a tout de même des moments où j'ai trouvé que certains passages traînaient en longueur, ou des personnages que j'appréciais un peu moins suivre. J'ai particulièrement aimé découvrir l'histoire si tragique d'Anna Karénine, qui brosse un portrait très intéressant de la société russe de l'époque.



Les personnages sont eux aussi très réussis. C'est déjà un élément que j'avais noté lors de ma lecture de Guerre et Paix, et j'ai été contente de retrouver cet aspect ici. Pour la plupart, les différents personnages sont intéressants et travaillés: Anna et Lévine sont selon moi les plus fouillés, et j'ai apprécié suivre leur évolution à travers le roman. J'ai également trouvé sympathique la façon dont chacun interagissait avec les autres: on a vraiment l'impression de suivre un groupe tout entier, et non pas juste un ou deux personnages. Comme beaucoup, je me suis surtout attachée au personnage d'Anna, que j'ai trouvée émouvante et assez complexe. En revanche, Wronski me laisse un peu de marbre... 

Je tiens également à souligner le fait que j'aime beaucoup la façon d'écrire de Léon Tolstoï. Alors évidemment, j'ai lu une traduction, mais j'aime sa façon de dépeindre les personnages avec beaucoup de justesse et de détails, et sa plume est vraiment très agréable à lire. C'est vraiment l'un des points forts pour moi. 

J'ai mentionné plus haut le fait que le roman oppose plusieurs couples, et plus particulièrement ceux d'Anna/Wronski et Lévine/Kitty: c'est un parallèle assez bien mené et qui fait réfléchir, en montrant l'évolution de deux couples dont le destin a été lié à un moment du récit. A travers ces personnages, l'auteur nous livre une réflexion sur le mariage, l'amour, les attentes qu'on peut avoir d'une relation, et aussi sur l'importance du jugement d'autrui. 

Cette lecture n'est pas loin d'être un coup de coeur: j'ai adoré le personnage d'Anna Karénine et son histoire. Cependant, j'ai moins accroché à toute l'intrigue autour de Lévine et de Kitty, ce qui fait que j'ai eu un peu de mal à aller jusqu'au bout. Le livre fait tout de même près de 1000 pages selon les éditions! Mais je suis ravie de l'avoir lu, et je compte bien regarder une adaptation très prochainement.

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que cette chronique vous a plu, n'hésitez pas à me le faire savoir en commentaire! On se retrouve très vite pour une nouvelle chronique, en attendant prenez soin de vous et lisez beaucoup :). 

AnGee.

vendredi 23 mai 2014

Stanley Kubrick #2: Lolita (1962).



Bonjour à tous et à toutes, amis lecteurs!

J'espère que vous allez bien et que vous êtes tous prêts pour un nouvel article! Je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui pour une petite escapade cinéma, au cours de laquelle nous allons poursuivre le rendez-vous démarré le mois dernier au sujet du grand réalisateur Stanley Kubrick! Après Spartacus (j'en profite au passage pour vous remercier pour vos nombreuses réactions lors de cette première chronique, je suis toujours touchée de voir que ce que je vous propose vous plait!), j'ai décidé de me pencher sur l'un de ses films les plus connus et que j'avais hâte de traiter, à savoir Lolita, sorti en 1962. Je vous souhaite une très bonne lecture de cet article, en espérant qu'il vous plaise ;)


Kubrick et James Mason sur le tournage de Lolita.
Kubrick en 1962...
Après le succès (à la fois commercial et critique) de Spartacus, sorti en 1960, Stanley Kubrick décide de partir s'installer en Angleterre (où il vivra jusqu'à la fin de sa vie, en 1999), et de s'atteler à un projet un peu plus personnel et surtout très différent du genre péplum et mollet huilé: l'adaptation du roman de Vladimir Nabokov, Lolita, publié en 1955. C'est un véritable défi que se lance le réalisateur, puisque l'histoire traite d'un sujet extrêmement compliqué à représenter dans une oeuvre de fiction: la pédophilie. La partie la plus longue (et probablement la plus complexe) du processus fut de caster  l'actrice que allait tenir le rôle titre. Suite à la sortie du film, Kubrick s'attaqua à la préparation de son film suivant, Dr.Strangelove, dont nous parlerons le mois prochain!
A noter (petite anecdote marrante) que l'une des premières répliques de Lolita fait référence au précédent film de Kubrick, Spartacus, mais je vous laisse découvrir ça ;).

Le film:
Quelques informations:



Entrons dans le vif du sujet avec quelques informations basiques sur le film! Sorti en 1962, il est basé sur le roman ainsi que sur le scénario de Vladimir Nabokov (dont nous parlerons un peu plus loin) même si il est de notoriété publique que le résultat final s'éloigne de ce scénario. D'une durée de plus de deux heures, le film bénéficia d'un budget de 2 millions (dérisoire aujourd'hui!) et récolta presque cinq fois cette somme. La musique, assez marquante, a été composée par Nelson Riddle.

En ce qui concerne le casting, on retrouve dans le rôle de Humbert Humbert l'acteur James Mason, qui a joué dans une liste assez impressionnante de films. Le rôle titre est tenu par la jeune Sue Lyon, dont c'est le premier film. Shelley Winters (The Diary of Anne Frank) interprète sa mère, et, pour conclure, je dois également mentionner la présence du grand Peter Sellers dans le rôle de Clare Quilty.

En raison de son sujet plutôt sensible, Kubrick a fait quelques modifications par rapport au roman original (cnous en reparlerons plus loin), mais le film fut tout de même censuré à sa sortie. Il reçut néanmoins plusieurs nominations pour des prix comme les Golden Globe Awards.

Je vous laisse regarder la bande-annonce ci-dessous pour avoir un petit aperçu de ce que le film peut donner!



Résumé:
Le film est divisé en deux parties.
Humbert Humbert est un homme d'âge mûr qui arrive dans la petite ville de Ramsdale, où il cherche à s'installer. Il rencontre Charlotte Haze, une veuve louant une partie de sa maison. Elle tombe sous le charme de Humbert, mais celui-ci est attiré par une autre personne: Dolores, surnommée Lolita, qui n'est autre que la fille très jeune et très jolie de Charlotte. Pour rester auprès de sa bien aimée, il accepte de se marier avec Charlotte, mais le mariage tourne à la catastrophe lorsqu'elle décide d'envoyer Lolita loin de la famille.
Suite à un événement tragique (que je vous laisse découvrir), Humbert se retrouve à traverser les Etats-Unis d'un bout à l'autre avec Lolita, mais l'ombre d'un autre homme plane sur son bonheur... Jusqu'où Humbert est-il prêt à aller pour garder Lolita pour lui seul?


L'adaptation d'un célèbre roman:
Vladimir Nabokov, c'est qui?
Comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises au cours de cet article, Lolita est basé sur le roman éponyme de Vladimir Nabokov. Je vous propose de nous pencher quelques instants sur cet auteur, pour cerner un peu mieux le personnage.

Né en 1899, Vladimir Vladimirovich Nabokov est un auteur russe qui grandit dans une famille plutôt aisée. Il reçoit une éducation variée et apprend plusieurs langues très tôt. Il déménage ensuite à Berlin avec sa famille, où son père meurt assassiné en 1922. Il se marie en 1925 et part vivre aux Etats-Unis à cause de la guerre. Il voyage beaucoup, et meurt en 1977 à Montreux, en Suisse.
En ce qui concerne son travail, il a publié un nombre assez impressionnant d'écrits, allant des romans (écrits en Russe ou en Anglais, le plus connu étant évidemment Lolita), des nouvelles ainsi que des essais. Nabokov avait plusieurs cordes à son arc puisqu'il pratiquait régulièrement l'entomologie ainsi que les échecs, et il fut également enseignant pendant plusieurs années.

Lolita, un livre à scandale...
Parmi tous les romans écrits par Vladimir Nabokov, celui qui est encore aujourd'hui le plus connu est Lolita, publié en 1955. Il fut à l'origine écrit en Anglais, puis traduit en Russe par l'auteur lui-même, et il fit l'effet d'une bombe à sa publication.
Car Nabokov nous présente dans ce récit à la première personne Humbert Humbert, un Européen qui ne se sent sexuellement et émotionnellement attiré par de très jeunes filles, qu'il appelle plus simplement des nymphettes et dont Lolita fait partie. Le roman fut quasiment impossible à être publié aux Etats-Unis, les éditeurs étant profondément choqués par le sujet de la pédophilie, et par l'attitude du héros qui ne cache pas et assume "cette passion". Cependant, les critiques lui reconnaissent des caractéristiques littéraires exceptionnelles, et Lolita fait "exploser" la carrière de Nabokov. Encore aujourd'hui, le livre a un double-statut assez particulier, puisqu'il est à la fois reconnu comme un chef d'oeuvre de la littérature mondiale, mais aussi comme un livre très dur et qui peut mettre mal à l'aise ou être détesté.
Personnellement, j'ai lu Lolita pendant l'été 2013, et je dois avouer que j'ai été très marquée par ce roman. J'ai trouvé la langue extrêmement belle (et je l'ai lu en version française: je pense qu'en VO le rendu doit être encore plus spectaculaire), et j'ai adoré lire Nabokov ne serait-ce que pour son style. Mais le livre met aussi mal à l'aise, ne serait-ce que pour le sujet de la pédophilie, mais aussi à cause de la relation assez étrange qu'entretiennent Lolita et Humbert, puisqu'on s'aperçoit que Lolita en sait plus qu'il n'y paraît... En bref, c'est vraiment une lecture très particulière, dont je me souviens comme si je venais de la finir!

...Et un film à scandale.
En ce qui concerne le film de Kubrick, là aussi la controverse fut au rendez-vous. J'ai pu voir à plusieurs reprises sur le net ou dans les livres consultés pour écrire cet article que la publicité autour du film avait été réduite au minimum, et le succès du film est principalement le résultat du bouche à oreille et des critiques. A noter qu'ils ont été tout de même nombreux à démonter le film, jugé trop vulgaire, voire décevant.



Kubrick a essayé au possible d'éviter la censure en faisant plusieurs choix en amont. Parmi ces choix, il y a celui de vieillir Lolita par rapport au roman: Sue Lyon était en effet âgée de 16 ans lors du tournage, alors que la Lolita de Nabokov avait elle environ 12 ans. Un vieillissement qui peut nous paraître symbolique, car on voit toujours que la demoiselle est très jeune, mais qui était tout de même important pour la censure. Ensuite, il a été décidé de privilégier le côté "émotionnel" de la relation, plutôt que l'aspect sexuel, en mettant en avant l'implicite et l'imagination du spectateur. Pas de scène de nu, ni de scène de sexe explicite, mais Kubrick a au contraire choisi de multiplier les passages montrant la jalousie ressentie par Humbert, ses appréhensions et angoisses. Le personnage de Quilty (joué par Peter Sellers) a également été développé pour contribuer au côté "relation amoureuse" en installant une sorte de triangle amoureux.

A savoir que malgré ces précautions, le film a néanmoins été censuré et interdit aux plus jeunes selon les pays, et qu'il existe donc plusieurs versions du film de Kubrick. Depuis, le roman a été adapté une nouvelle fois en 1997 par le réalisateur Adrian Lyne!


Mon avis sur le film:
C'est en re-regardant des films de Kubrick que j'ai eu l'idée de consacrer un cycle cinéma au réalisateur. Parmi ces films, il y avait Lolita, que j'ai regardé à plusieurs reprises, après avoir traduit un extrait du roman pour les cours. Comme je considère ce film comme l'un des plus importants de la filmographie de Kubrick, il me semblait logique de vous le présenter. D'autant plus que Lolita est l'un de mes films préférés, et une expérience assez particulière. Voici pourquoi.

Le premier point que j'aime énormément dans ce film, c'est le casting. Stanley Kubrick a principalement qu'avec des acteurs que j'admire, et dans Lolita c'est encore une fois le cas. J'aime beaucoup James Mason, par exemple, et je trouve qu'il s'en sort très bien dans le rôle de Humbert. Shelley Winters campe une Charlotte convaincante, à la fois hilarante et touchante. Je ne connaissais pas Sue Lyon avant de voir ce film, mais j'ai été charmée par sa fraicheur. Mon coup de coeur absolu va à Peter Sellers, qui est tout bonnement excellent: il multiplie les visages, les accents, et les personnalités dans ce film, et fait office de fil rouge jouissif qu'on est heureux de retrouver tout au long de l'histoire. Je suis donc d'autant plus impatiente de vous en reparler d'ici quelques semaines pour Dr. Strangelove, car c'est vraiment un acteur que j'aime énormément!

Ensuite, j'ai fondu devant les aspects un peu plus "techniques" du film. Je suis assez sensible au charme du noir et blanc (même si je sais que pour certains spectateurs, c'est vraiment quelque chose qui ne passe pas), donc c'est un point que j'ai apprécié. En ce qui concerne la réalisation, j'ai aimé la façon de filmer les plans, le choix de commencer de façon un peu particulière avec la fin avant de faire un flashback... Il y a énormément de travail dans les détails, et je découvre de nouvelles choses à chaque fois que je regarde le film. Je dois aussi souligner que j'adore la musique de Lolita, en particulier la chanson qui s'appelle "Lolita Ya Ya", que je pourrais écouter en boucle, et qui nous rappelle à quel point Lolita est jeune. Je vous laisse l'écouter ci-dessous.



Une photo du tournage, Kubrick avec Sue Lyon.
Pour en venir à l'histoire, elle est, comme le roman, assez particulière: en même temps je la suis avec intérêt, voulant découvrir le dénouement, mais en même temps on se sent mal à l'aise à cause de la relation très étrange entre Humbert et Lolita. C'est vraiment très spécial à regarder, que ce soit la première ou la centième fois! J'ai trouvé que ce qui avait été fait au niveau de l'adaptation était intéressant: je pense que Lolita est un roman extrêmement compliqué à adapter à plusieurs niveaux, et du coup j'ai aimé les choix effectués par Kubrick.


En bref, j'ai vraiment adoré ce film, malgré son sujet très particulier! Si vous n'avez pas encore vu d'adaptation de Lolita et que vous avez envie d'en voir une, n'hésitez pas à jeter un oeil à celle-ci. Je suis très impatiente de me lancer dans la préparation de la chronique sur Dr. Strangelove, mais il faudra patienter quelques semaines pour la découvrir!

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! J'espère que cet article vous a plu, n'hésitez pas à me laisser vos avis en commentaire, je réponds à tout le monde! Je vous retrouve d'ici quelques jours pour un nouvel article, qui sera consacré à une nouvelle lecture pour le Baby Challenge Manga de Livraddict! En attendant, prenez soin de vous, lisez beaucoup, et à très vite ;)


AnGee Ersatz*



Si vous avez aimé...

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